The Project Gutenberg EBook of Le Japon, by Charles de  Montblanc

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Title: Le Japon

Author: Charles de  Montblanc

Release Date: November 22, 2008 [EBook #27313]

Language: French

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Le Japon

par

Le Comte Charles de Montblanc

PARIS

IMPRIMERIE DE J. CLAYE

1865




TABLE.


I. Considrations gnrales

II. Aspect de la question occidentale au Japon de 1854  1865

III. Le dari ou mikado

IV. Le shiogoune ou takoune

V. Les grands feudataires

VI. Le peuple japonais

VII. Le Japon par rapport  l'Europe




LE JAPON




I.

CONSIDRATIONS GNRALES.


Le Japon prend peu de place dans les proccupations politiques de
l'Europe, et cependant les vnements qui se passent dans ce pays
prsentent,  tous les points de vue, un intrt considrable, soit
qu'on envisage la question en elle-mme, soit qu'on l'examine dans ses
rapports avec l'Occident.

C'est la prsence des trangers qui fit natre ces crises qui
bouleversent aujourd'hui l'empire du Soleil Naissant, et par eux
l'lment de la civilisation occidentale est venue se choquer contre
l'autorit du pass et de la tradition. Pour chacun de ces deux
principes s'armrent des partisans dont les intrts taient depuis
longtemps spars. Au nom du respect de la tradition, la noblesse
fodale vint se grouper autour du mikado, souverain incontest du pays.
Au nom de la pression des circonstances, le takoune prsente, ds le
commencement de la lutte, des observations  son souverain, en lui
refusant son puissant concours contre les trangers, non parce qu'il les
aime et dsire servir leurs intrts, mais parce qu'il est oblig de
reconnatre leur puissance, et de tenir compte des canons qui garnissent
leurs vaisseaux.

Tel est encore aujourd'hui l'aspect japonais des deux camps. En ralit,
la position rciproque est bien plus tranche: le mikado et la vieille
noblesse ont tout  perdre en laissant s'effacer le respect du pass,
tandis que le takoune, en centralisant tout pouvoir civil et militaire
en son propre nom, a tout  gagner.

Ce qui,  nos yeux, donne un intrt immense  la question, c'est qu'il
ne s'agit pas ici d'un peuple confondu dans l'immobilit orientale, mais
d'un peuple jeune, actif, intelligent et courageux, qui seul prsente,
dans ces lointaines contres, des lments d'avenir capables de hautes
destines.

Le progrs dont le peuple japonais est susceptible s'affirmera
videmment d'une faon plus ou moins nette, suivant la nettet de la
politique intrieure et internationale qu'adoptera le takoune, mais il
dpendra aussi de la position que prendront les puissances trangres 
l'gard du Japon et particulirement  l'gard du pouvoir rsidant 
Yedo. Celles-ci ont trait avec le takoune, comme avec l'autorit
suprme de l'archipel. Si elles acceptent les consquences rigoureuses
de ce point de dpart, elles confondront en un seul tout, le pays entier
avec le gouvernement reconnu par les traits, et regarderont comme
trahison ou mauvaise foi, toute hsitation du takoune, dans
l'accomplissement des engagements qu'il a pris. C'est l'aspect moral
qu'une politique troite voudrait donner  la question. C'est en
dfinitive compliquer la position en se privant du seul appui intress,
par consquent rel, sur lequel il est permis de compter. Si l'on
envisage, au contraire l'aspect vritable du Japon, avec ses pouvoirs
divers, il ne sera pas permis de confondre les actes et les intentions
du takoune avec les actes et intentions des autres pouvoirs existant en
dehors de lui; il ne sera plus permis de rendre le takoune solidaire de
l'action de ces pouvoirs qui se manifestent aujourd'hui contre les
trangers et contre les intrts personnels du takoune.

Htons-nous d'ajouter que la conduite tenue, d'accord avec le
gouvernement de Yedo, contre le prince de Nagato isolment, est l'indice
d'une politique claire, qui devra se continuer sous toutes les formes
pour amener d'heureux et de prompts rsultats. Le takoune a pris dans
ces vnements une part personnelle, comme alli de l'tranger. A la
suite de plusieurs rencontres o ses troupes ont t engages, pendant
que l'Europe agissait dans le dtroit de Simo-no-Saki, les provinces de
Nagato-no-Kami ont t dfinitivement annexes au domaine imprial.

Cette action du takoune contre un parti hostile aux trangers montre,
sans ambigut, la direction par lui prise, en conformit de ses
intrts. A ct de cela des contradictions videntes semblent appeler
la mfiance: ainsi le ministre du takoune fit arrter la dernire
ambassade japonaise  son arrive  Yedo. Cette hostilit contre les
membres de l'ambassade avait pour double raison la non-russite en
Europe de la mission d'exclusion dont ils avaient t chargs et le
droit qu'ils s'taient arrog de traiter avec le gouvernement franais;
en promettant l'appui du takoune contre le prince de Nagato. Ce double
grief pouvait tre considr comme un crime, car sans respect pour la
constitution du pays et l'initiative de l'assemble fodale, ils
avaient, non-seulement manqu  la mission confie, mais encore avaient
ralis un acte en opposition directe avec cette mission. Ils taient du
reste sans excuse, car ils avouaient leurs sympathies pour un plan de
politique qui runissait dans un mme faisceau la civilisation de leur
pays et l'alliance intime avec l'tranger.

La cour de Yedo, en adoptant ces considrations, prsente une
contradiction relle dans le fait, mais apparente seulement, par rapport
au takoune. L'explication de cette nouvelle confusion est simple: c'est
que le takoune, comme mandataire du mikado, n'a pas un gouvernement
compos de ses seules cratures, mais aussi des agents du pouvoir
central que la constitution politique introduit dans ses conseils. Il en
rsulte que le mauvais accueil, fait  l'ambassade japonaise, n'est
nullement une condamnation de l'alliance occidentale par le takoune,
mais simplement une preuve que le mikado et sa politique ont de
puissants adhrents qui, chaque jour, devront s'affaiblir devant une
union franche des puissances trangres avec le takoune du Japon.




II.

ASPECT DE LA QUESTION OCCIDENTALE AU JAPON DE 1854 A 1865.


L'expression des diffrents intrts qui sont aujourd'hui en lutte se
traduit d'une manire fort claire dans l'examen des vnements qui
forment au Japon l'histoire des nouvelles relations trangres. En
effet, dans cette courte histoire, on assiste  un rveil graduel de
passions rivales qui d'abord hsitent en face des circonstances
nouvelles amenes par l'tranger, puis se reconnaissent et veulent
enfin, au dtriment les unes des autres, se servir de ces circonstances.

Deux cents annes s'taient passes dans un isolement presque absolu. Il
ne restait d'autre souvenir des Europens que la complication apporte,
dans une poque lointaine de troubles intrieurs, par leur prsence,
l'influence de leurs doctrines religieuses, et leur activit
commerciale. Les trangers reprsentaient donc, pour les pouvoirs
tablis, un pril commun, en dehors de tout parti. Ils n'avaient t
l'ennemi d'aucun, mais pouvaient l'tre de tous. Leur prsence tait en
suspicion comme dissolvant des moeurs et habitudes japonaises. Aussi,
ds l'origine, lorsque la question occidentale fut de nouveau pose au
Japon, nous voyons les hsitations d'un gouvernement, qui, depuis 1638,
se complaisait dans sa politique d'isolement.

L'attention ne fut pas vainement provoque. La prudence et la curiosit
plaidrent en faveur de l'tranger. Cependant, au dbut de la question,
un parti puissant s'leva, pour combattre toute innovation et rappeler
les Japonais au respect du pass. Ce parti tait peu nombreux, mais il
avait  sa tte le puissant gosank Mito dono, dont les violences ne
purent empcher l'admission trangre, qui eut lieu en 1854.

Cette admission veilla des penses tout  fait nouvelles. Les Japonais
furent frapps du progrs de l'occident dans les sciences, l'industrie,
l'organisation militaire, la puissance de la navigation  vapeur. En
face de ce dveloppement suprieur d'une civilisation scientifique,
industrielle et commerciale, sous la sanction d'un gouvernement unique
par nation, les Japonais, trop actifs et trop intelligents pour admirer
simplement, voulurent savoir, voulurent possder les mmes forces, et,
sans tarder, se mirent au travail.

Alors se manifesta dans tout l'empire japonais un mouvement inconnu. La
curiosit scientifique, le travail industriel et la discipline des
armes cherchrent des guides nouveaux auprs de l'tranger. La Hollande
profita de ses anciennes relations pour se rapprocher davantage. Un
rapport intressant du ministre des colonies des Pays-Bas, en date du 12
fvrier 1855 et insr dans les Annales du commerce extrieur, constate
ce mouvement pacifique et le rle qu'y prenait la Hollande. Elle se fit
institutrice des officiers, fonctionnaires, mcaniciens et marins
japonais, dans l'tude de la construction navale, des arts mcaniques,
du maniement du fusil et du canon, du travail des forges et de
diffrents autres travaux. Elle tablit, pour les Japonais, des cours de
sciences naturelles, de chimie, de mcanique. Dans toutes ces tudes les
Japonais se faisaient remarquer par leur intelligence, leur facilit 
comprendre, et leur ardente curiosit.

Ce cordial rapprochement ne dura gure qu'un an. Il se calma au milieu
de nouvelles proccupations et finit par se confondre dans les rapports
plus rservs du Japon avec les trangers en gnral. Ce fut alors que
se manifesta une phase nouvelle dans laquelle s'affirmrent des intrts
opposs, parmi les grands pouvoirs du Japon. La cour de Yedo comprit
tout le parti qu'elle pouvait tirer du nouvel lment qui s'imposait 
elle. S'en rendre matresse, c'tait possder une source de puissance
pour elle et d'affaiblissement graduel pour ses rivaux en fodalit.
Traite en souveraine par les trangers, elle en conservait le rle 
leurs yeux, et rpondait en souveraine aux Japonais eux-mmes dans leurs
rapports avec les hommes de l'occident. Les ports ouverts, faisant
partie du domaine de la couronne, semblaient poser la question trangre
comme un monopole imprial. Par contre, les seigneurs, ayant des
intrts opposs  ceux du takoune, sentirent le danger qui rsultait
pour eux de l'entente cordiale des occidentaux avec la cour takounale.
Ils comprirent les esprances de Yedo, et formrent autour du mikado un
parti qui chaque jour s'affirma plus nettement dans sa politique de
rsistance contre le takoune aussi bien que contre les trangers.

Le Japon fut ainsi divis en deux camps nettement caractriss: d'un
ct, le takoune l'esprit d'innovation, et les sympathies populaires
acquises  l'Europe; de l'autre, la vieille constitution et la fodalit
range pour la dfendre autour du souverain le mikado.

Le camp de la fodalit n'avait pas, au commencement, adopt un plan
d'hostilit ouverte, car recherchant dans un sens favorable  ses
intrts, les consquences possibles, de la prsence dsormais
invitable des trangers, il esprait voir l'Europe se poser comme une
puissance en contradiction avec le pouvoir du takoune. Tous ses efforts
tendirent ds lors  rompre l'entente takounale, et se caractrisrent
surtout par l'emploi de deux moyens opposs: le premier consistait 
semer de la dfiance entre l'Europe et la cour de Yedo. Cette mfiance
pouvait amener la guerre de l'tranger contre le takoune; celui-ci
rentrerait ainsi forcment dans leur parti, et se verrait oblig de se
soumettre  leurs conditions. Ensemble ils espraient alors refouler les
trangers. C'est en vue d'inspirer cette mfiance de l'occident contre
le takoune que le parti du pass entrave d'obstacles la ralisation
complte des traits conclus, et qu'il ne cesse d'exciter contre les
trangers des hommes d'armes dclasss, connus sous le nom de Ionines.
De l des insultes, des assassinats et tout un cortge d'embarras, de
mfiances et d'hostilits, pour la cour de Yedo, seul pouvoir reconnu
par la colonie trangre. Dans l'emploi de ce premier moyen se retrouve
ainsi l'explication de plusieurs meurtres, qui ont en effet failli en
1859, 60 et 61, produire les rsultats qu'en attendaient leurs
instigateurs.

Le parti du pass cherche galement  faire suspecter  la cour de Kioto
la politique du takoune comme rebelle  son souverain, ambitieuse et
antinationale. Ce parti se pose comme le dfenseur quand mme des droits
du mikado, comme le gardien de la tradition, et de la hirarchie
politique dont il voudrait remettre en honneur le respect en relevant le
vieux pouvoir du mikado. En agissant ainsi, il s'entoure d'un semblant
de lgalit qui voile ses proccupations personnelles et qui lui permet
d'exercer au nom du souverain une pression lgitime, dans le sens de ses
ides, sur le gouvernement de Yedo. L'emploi de ce second moyen explique
la situation embarrasse du takoune et les apparentes contradictions
qui dterminrent la dernire ambassade japonaise avec la mission
d'exclusion dont elle tait charge.

Cette ambassade tait pour ainsi dire une transaction entre les dsirs
du takoune et la pression du mikado. Sa mission se rsumait ainsi: la
cour de Yedo a de plus en plus le dsir de cultiver l'alliance
trangre, en resserrant les rapports d'amiti, qui dj relie le Japon
 plusieurs nations; mais des embarras de politique intrieure se
compliqueraient encore pour son gouvernement, comme pour les trangers
si elle tait oblige d'ouvrir actuellement, suivant la lettre des
traits, les ports de Nigata, Yedo, Shiogo et Osaka. Le takoune doit
compter avec le mikado rsidant  Kioto et avec les princes, gosanks,
gokshis et damios qui regardent la prsence des trangers comme une
violation des lois du Japon, et qui rendent le gouvernement de Yedo
responsable de cet outrage aux lois. La conclusion tait une restriction
des privilges accords aux trangers.

Les ambassadeurs porteurs de cette mission taient des serviteurs du
takoune, attachs  sa fortune. Cette position adoucissait forcment
leur mission par les sympathies contraires qui se glissaient auprs
d'eux, et qui finirent par les dominer compltement. Ils ne se
dissimulaient pas l'intrt qu'avait le takoune  ne pas pousser  bout
l'irritation de la noblesse range autour du Mikado. Ils dsiraient en
consquence, sans restreindre les privilges des trangers, ne pas les
tendre pour le moment et conserver le _statu quo_. Par contre, les
avantages particuliers du gouvernement d'Yedo dans l'alliance trangre
ne se dissimulaient pas  leurs yeux. Les ambassadeurs prvoyaient les
rsultats possibles d'avenir, et se trouvaient entirement domins par
ces ides, lorsqu'ils quittrent la France, aprs avoir directement
apprci les merveilles de l'industrie et les moyens formidables dont
disposait l'arme, par sa discipline, la rgularit de ses manoeuvres
et la puissance de ses armes. C'est alors qu'ils purent comprendre que
l'assimilation de toutes ces forces par le takoune devait lui permettre
de triompher un jour  l'intrieur, et d'tre  la tte de la
civilisation du Japon.

Tel est actuellement l'tat de la question.

La politique de l'Europe n'est pas de compliquer cette position par son
impatience  revendiquer la plus large et la plus minutieuse acception
de la lettre des traits. Cette politique doit avoir pour guide
indispensable la connaissance de l'tat social et des divers intrts
qui s'agitent sur le sol japonais. Malheureusement ce que l'on en peut
arracher  la jalouse surveillance du gouvernement indigne est fort
limit.

Sans m'tendre sur ce sujet, je rsumerai quelques notions acquises dans
mes rapports avec les Japonais pendant mon sjour dans leur pays. Je
ferai remarquer que dans le cours du rcit, je choisirai, pour
l'orthographe des noms et des dignits, celle qui reproduira la
prononciation que j'entendais mettre: les bases des critures
japonaises rendent fantastique tout essai d'orthographe par traduction
littrale.




III.

LE DAIRI OU MIKADO.


Le peuple japonais se divise en plusieurs classes,  la tte desquelles
se trouve celle des kougus ou caste impriale d'origine divine. Elle
forme la maison impriale range autour du souverain, le mikado ou
dari. Sous cette premire autorit viennent les bouks, ou nobles
guerriers prsids par le shiogoune ou takoune. Les prtres des
diffrentes sectes religieuses forment une classe dont l'action isole
n'emporte aucune influence relle. Les savants et mdecins, gagsha et
ischa, se rattachent  la classe dont leurs travaux prennent le
caractre. Puis viennent les agriculteurs, shiakshios, les constructeurs
et industriels, shiokounines, les marchands, akinedos. Au-dessous d'eux
se trouve la classe impure des hittas qui versent le sang des animaux et
travaillent le cuir. Les mendiants, disent les Japonais, sont encore
infrieurs aux hittas, car ceux-ci, malgr leur impuret, vivent de leur
travail, tandis que les mendiants vivent du travail des autres. Chacune
de ces classes est pour ainsi dire libre dans ses arrangements
intrieurs, sans avoir pour limite un cercle infranchissable; les
moeurs sociales admettent surtout le mouvement ascensionnel. Nous le
verrons dans la suite.

                   *       *       *       *       *

Le mikado, nomm aussi dari, est le souverain du Japon. Il rside 
Kioto, qui par ce fait est la capitale du pays. Miako signifiant palais
et capitale, on dsigne quelquefois la ville de Kioto sous le nom de
Kioto-Miako, ou simplement Miako. Cette dernire expression employe
seule est ambigu, car on dit aussi Yedo-Miako. Le mikado est le
descendant des dieux crateurs du Japon.

Ces dieux, issus d'un premier principe mystrieux, mais actif comme
centre divin et primordial, ont ds le commencement des choses cr et
organis le monde terrestre. De ces dieux sont nes des divinits, qui
chacune ont rgn plusieurs centaines de mille ans sur la terre
japonaise. Toute la famille ou classe des kougus descend de ces
divinits, et le mikado ou dari est le chef de la famille souveraine du
Japon comme descendant des dieux souverains. Cette gnalogie explique
suffisamment sa position, et rend compte de cette malencontreuse
pithte de souverain spirituel qui lui a t donne en dehors de son
pays. Cette pithte est d'autant plus impropre qu'on oppose le
souverain prtendu spirituel  une autre personnalit dcore du titre
de souverain temporel. On peut trs-certainement nommer le takoune un
souverain; il est mme trs-probable que l'avenir verra cette
souverainet se dgager de plus en plus; mais en ralit lgale, le
titre de souverain dsigne aujourd'hui encore exclusivement le mikado,
dont le caractre religieux s'explique par sa fabuleuse origine. De mme
que chez les peuples idoltres, les dieux prsident  l'invention des
arts, des sciences, de l'industrie, au dveloppement moral et matriel
de l'homme et de la socit, au culte,  l'expression de la formule
religieuse, de mme le mikado prside au dveloppement social sous
l'influence de l'ide morale, religieuse, artistique et scientifique.

Le mikado appartient donc  l'ide religieuse, non comme ministre d'un
culte, mais comme descendant des dieux et comme divinit lui-mme. Il
n'est pas le chef d'une religion spciale, mais il domine toutes les
religions qui existent ou peuvent exister au Japon, en se subordonnant 
sa suprmatie. C'est dans cette acception suprieure qu'il protge les
divers clergs bouddhistes, quoiqu'il fasse pour ainsi dire partie de la
rvlation divine du sineto ou religion des kamis, car tout en prsidant
 l'ide religieuse en gnral, un lien spcial rattache sa personnalit
au sineto, qui confond sa rvlation religieuse avec l'expression des
droits divins du souverain.

Le sineto se rsume en un monothisme obscur, d'o sortent les dieux
dont la succession et les actes appartiennent  la gense aussi bien
qu' l'histoire de famille du mikado. Le sineto enseigne encore que
la divinit se manifeste dans les grandes personnalits de gnie ou de
vertu. De mme que ces hommes dominent leur poque pendant leur vie, la
religion leur attribue, aprs leur mort, une influence dans l'avenir des
destines de leur pays. De ces croyances remarquables il rsulte pour
les populations un caractre pratique qui ne se spare pas d'un idal
constant, et qui ne s'y perd jamais.

Malgr le lien qui existe entre le sineto et la personnalit du mikado,
celui-ci protge les autres cultes qui reconnaissent son autorit. Il
trouve mme dans ces cultes des positions pour ses enfants. Ainsi, parmi
les fils du souverain, les uns reoivent des emplois de cour, d'autres
prennent place comme grands prtres du sineto ou comme bonzes
bouddhistes. Les grands prtres du sineto forment un collge suprieur
sous le nom de Sineto-no-Kashira. Ils se marient, tandis que les prtres
de Boudha se vouent au clibat et portent au Japon le nom de bouppo,
suivant la prononciation ko, et otok, suivant la prononciation konh.
Les filles du mikado sont recherches en mariage par les grands damios,
le takoune, les prtres suprieurs du sineto, ou bien encore occupent
comme prtresses des dignits religieuses. La descendance du dari peut
tre considrable, car outre douze pouses lgitimes, il peut avoir sept
fois plus de femmes d'un rang infrieur.

Quoiqu'un grand nombre de sectes religieuses ou philosophiques rgnent
au Japon, le sineto et le bouddhisme runissent la grande majorit des
Japonais. Ces deux religions, loin de se combattre, exercent
simultanment leur influence vis--vis des mmes individus. Les prires,
les intercessions, les ftes religieuses rapprochent les populations des
mias, ou yashiros, qui sont les temples du sineto, tandis que les
crmonies funbres rclament les bonzes bouddhistes auprs des dfunts
et remplissent leurs temples qui se nomment tra. La coexistence des
deux cultes est si complte, que le mikado lui-mme est livr aprs sa
mort aux prtres de Bouddha.

A ce propos, il est curieux de remarquer que souvent un dari se retire
aprs avoir choisi son successeur. Il prend alors dans le culte sineto
une position ecclsiastique sous un nouveau nom. Quelques-uns se sont
mme, dans ces circonstances, fait consacrer prtres de Bouddha, ce qui
se nomme devenir fo-ouo.

La divinit du mikado a ncessairement provoqu quelques mots sur la
religion. La reconnaissance de cette divinit se complte  la mort du
dari par son apothose que prononce son successeur. C'est  son
caractre divin aussi bien qu' sa dignit souveraine que se rattachent
les honneurs, les hommages et le crmonial minutieux dont il est
entour, et qui s'tendent mme aux objets dont il se sert: ainsi la
vaisselle en bois laqu dans laquelle il mange doit tre brise et
brle, et ne doit lui servir qu'une seule fois; il en est de mme de
ses vtements et de tout ce qui est  son usage.

Le mikado, comme souverain, a prs de lui un conseil d'tat et huit
ministres qui transmettent ses ordres au shiogoune ou takoune, gnral
de ses armes et gouverneur des provinces impriales. Ces ministres
sont ceux de la maison impriale, de la direction centrale, de
l'instruction publique et de la lgislation, de l'intrieur, de la
police, de la guerre, de la justice et du trsor. C'est par son
entourage immdiat que se rvle le mikado. Cet entourage apprend  la
nation la mort et le nom d'un souverain, en mme temps que l'avnement
de son successeur. Tout mikado,  son avnement au trne, perd le nom
qu'il portait jusqu'alors pour prendre la dsignation anonyme
d'empereur rgnant. Son nom imprial n'est connu qu' sa mort. C'est
ordinairement une pithte caractristique, ou le nom spcial dont il a
dcor son palais. Les kougus rdigent alors les annales de son rgne.
Son successeur semble tre choisi dans la famille souveraine, plutt par
suite de circonstances arbitraires que par suite d'une rgle d'hrdit
invariable: des femmes ont rgn, des ascendants ont succd  des
princes plus jeunes, des cadets  leurs ans. Le plus souvent c'est
l'empereur rgnant qui dsigne son successeur. Le choix se fait du reste
en famille, et comme la cour du mikado et son entourage font tous partie
de la classe divine et souveraine, ce qui est fait est bien fait, et
l'acte de la famille qui dtermine son chef devient pour la nation un
acte social qui dtermine son souverain.

Peut-tre est-ce  ce mode d'lection dans la famille et par la famille,
sans autre reconnaissance lgale, ainsi qu' l'anonymat du souverain,
qu'est due la persistance et la fixit de la dynastie rgnante. Les
annales des empereurs japonais donnent l'an 660 avant Jsus-Christ comme
premire date vraiment historique, et depuis ce temps il n'y a point eu
de changement de dynastie. Des mikados ont t mis  mort, d'autres ont
t dposs, mais jamais les shiogounes n'ont pu s'en dbarrasser. Car,
en effet, comment se dbarrasser d'un dari qui renat constamment de
ses cendres, et dont il ne reste qu' constater la renaissance, sans
pouvoir lui opposer aucun veto lgal. Ceux-l mmes qui l'ont reconnu
forment son gouvernement, et nulle autre reconnaissance n'est ncessaire
 son lection. Contre ce fait de droit divin, l'arme la plus redoutable
que pourrait employer le takoune serait de favoriser la libert des
cultes qui feraient justice des prtentions divines des kougus. Si la
cour de Yedo tait assez forte pour reconnatre aussi un code politique,
civil et administratif qui assurt l'existence et les droits de la masse
nationale, sous sa souverainet, elle aurait entre les mains une seconde
arme  opposer aux daris; car elle crerait ainsi un pouvoir national
avec un droit suprieur de sanction morale. Or ce droit n'existant
actuellement nulle part au Japon en dehors du mikado et des kougus, il
s'ensuit qu'aujourd'hui rien n'est lgal en dehors de leur assentiment
libre ou forc. Se reposer sur la contrainte exerce, c'est se reposer
sur un danger de tous les instants.

Aux besoins du mikado et de sa cour doit subvenir le takoune, comme
gouverneur des provinces impriales. Il affecte spcialement  cet
entretien les revenus de la ville de Kioto, et chaque anne envoie de
riches prsents  son souverain. Celui-ci trouve encore une source de
revenus dans ses dignits de cour dont il dcore le takoune et les
princes les plus puissants; ce qui donne lieu  des envois considrables
de cadeaux de toutes sortes.

Ces dignits rglent, dans les crmonies publiques, les prsances, et
 ce titre le takoune, mme chez lui  Yedo, est oblig de cder le pas
 plusieurs personnages de la cour de Kioto. La plus puissante de ces
dignits est celle de tako. De tous les shiogounes un seul Hakshiba
Tsikoutzne-no-Kami fut lev au grade de tako. C'est pourquoi
aujourd'hui encore le dsigne-t-on sous le nom de Tako ou Tako-Sama.
Sous cette premire dignit se trouve celle de kampakou ou premier
ministre, inspecteur gnral. Puis sont rangs par hirarchie les
conseillers d'tat, dont les trois plus levs portent les titres de
dadjiodadjine, sadadjine, oudadjine. Aprs ces trois dignitaires
viennent les Nadadjines, danagons, tshounagons, et Shionagons et
plusieurs autres en descendant graduellement.

Le takoune actuel Tokougaoua Minamotono H Moutshi, fils du gosank de
Kishiou, reut, lors de son avnement au takounat, le titre de
danagon, comme plusieurs grands seigneurs, entre autres les gosanks
d'Owari, le gosankio de Taasou. Plus tard, lorsque le takoune vint 
Kioto pour rendre hommage  son souverain, celui-ci l'leva  la dignit
de Nadadjine. Ainsi le prince, auquel on donne le nom d'empereur
temporel n'est que le sixime en dignit  la cour de Kioto. Il faut
cependant ajouter que le takoune possde rellement la puissance qui,
dans l'origine, faisait l'objet d'un mandat rvocable, et que, sa
position le rendant plus accessible  toute initiative de progrs,
l'avenir lui appartient s'il sait se servir, pour le bien de son pays,
des circonstances nouvelles cres par l'admission des trangers au
Japon.




IV.

LE SHIOGOUNE OU TAIKOUNE.


Le shiogoune ou takoune, rsidant  Yedo, est le gnral en chef des
armes impriales, gouverneur des provinces de la couronne. Le premier
titre, qui est le plus ancien, dsigne surtout le commandant militaire.
Les caractres idographiques qui servent  le dsigner par l'criture
signifient gnral en chef. Le second titre est de date plus rcente, et
semble s'appliquer au shiogoune considr dans les fonctions de
gouverneur politique, administratif, judiciaire et financier. Le
principe de la distinction et sparation des pouvoirs parat inconnu au
Japon, et c'est l qu'il faut rechercher la raison de la grandeur des
takounes et de la dcadence des mikados. Ce double mouvement s'est pour
ainsi dire affirm sans rmission le jour o l'hrdit des fonctions
takounales a t impose au souverain. Cependant le principe de la
souverainet de la cour de Kioto subsiste, et le takoune se reconnat
vassal et mandataire du mikado, charg par lui de gouverner, et de
maintenir entre tous les seigneurs le lien fodal qui les groupe autour
du souverain. On comprend mieux l'tat du pouvoir actuel en suivant les
principales phases du takounat depuis son origine.

Le mikado Tsoui-tsine-tne-O, qui rgna soixante-sept ans et mourut en
l'an 30 av. J.-C., cra, pour la premire fois, quatre shiogounes, qui
devaient se partager le commandement militaire par rgions impriales.
Jusque dans la seconde moiti du XIIe sicle, cette position est
oublie ou reste relativement trs-efface et trs-secondaire; mais
alors commena une poque agite dans laquelle le noble Yori-Tomo
s'leva en puissance. Il fut cr shiogoune en 1181 par le mikado
Taka-Koura. Les grands services qu'il rendit centralisrent entre ses
mains un pouvoir qu'il lgua  ses successeurs. De lui datent
l'abaissement des daris et l'indpendance croissante des shiogounes.

Cette indpendance ne parvint cependant  s'affirmer rellement que dans
la fin du XVIe sicle. Ce fut surtout l'ouvrage de trois takounes
remarquables: Novnaga, Hakshiba, Has.

En 1558, Oki-Matshi-No-Ine monta sur le trne des mikados. Ds la
premire anne de son rgne, des rvoltes eurent lieu contre lui; les
liens de vasselage se brisrent, et des troubles clatrent de tous
cts. Du sein de ce dsordre se fit remarquer l'infatigable prince
Novnaga, seigneur de la province d'Owari. Il triomphait partout de ses
adversaires, et, sans se montrer hostile  son souverain, faisait la
guerre pour son propre compte. Le mikado, priv de ressources, inhabile
 rassembler les lments pars de sa puissance, et incapable d'agir par
lui-mme, eut la faiblesse de lgitimer les actes de Novnaga, et le cra
shiogoune. C'tait abandonner le pouvoir au plus audacieux, en rsignant
toute initiative entre les mains du gnral. Novnaga, aprs avoir
bataill durant toute sa vie, prit en 1582, sous la rvolte d'un de ses
lieutenants, le prince Akti Shiouga-no-Kami.

A la fortune de Novnaga s'tait attach celui que les annales des Daris
appellent Fid-Yosi, en se taisant sur son origine, car le grand rle
qu'il a jou ne permet pas de rappeler officiellement sa basse
extraction. Je crois intressant de donner sur ce sujet la version
populaire qui m'a t raconte par un Japonais instruit. Il
m'avertissait que plusieurs versions existaient, que la suivante tait
la vritable, quoique non autorise par le gouvernement, et il
restituait au hros son nom primitif de Tokoutshi.

Or Tokoutshi, fils d'un cultivateur, naquit vers le milieu du XVIe
sicle. Son caractre remuant l'empcha de cultiver tranquillement le
champ de son pre. Il se mit au service de plusieurs matres, d'o sa
mauvaise conduite le fit constamment chasser. Pendant quelques jours, il
vcut d'aumnes, et s'accroupit un soir, accabl de misre, au coin du
pont d'Okasaki, dans la province de Mikaoua. Un voleur de profession, du
nom de Hatshiska-Kohati, vint  passer, l'engagea  le suivre, et,
ensemble, ils allrent dvaliser la maison d'un riche agriculteur. Ayant
reu sa part de butin, il se spara de son complice, qui devint
kasokou, c'est--dire pirate, acheta des habits convenables, des armes,
et se fit admettre au service du prince Imagaoua-Ioshi-Moto, seigneur de
la province de Sourouga, alors en guerre avec le prince Novnaga.
Tokoutshi ne tarda pas  apprcier les positions respectives; se
rangeant prudemment du parti le plus fort, il abandonna son nouveau
matre pour se mettre au service de son adversaire. La victoire et
l'avenir justifirent les prvisions de Tokoutshi, qui se montra
intelligent et courageux, se fit remarquer et monta en grade. Bientt
Novnaga le rapprocha de sa personne, lui confia des troupes et des
expditions dont il se tira avec honneur. Enfin, en 1577, son protecteur
lui donna la province de Harima avec le chteau de Shimsi. Tokoutshi se
rendit  Kioto pour en recevoir l'investiture du mikado, qui le reconnut
noble damio sous le nom de Hakshiba-Tsikoutzne-no-Kami.

Hakshiba tait dans la province de Bitshiou quand il apprit la mort de
Novnaga. Il opra sa jonction avec un fils du gnral, et ensemble
livrrent bataille  Akti, qui fut dfait  Yama-Saki, et qui prit
dans sa retraite. Aprs avoir ainsi puni l'assassin de Novnaga, Hakshiba
se runit aux grands officiers de son ancien matre, et s'entendit avec
eux pour faire nommer shiogoune le petit-fils de Novnaga. Ce dvouement
ne l'empcha pas d'agir comme un protecteur tout-puissant, c'est--dire
comme un matre qui n'a d'autre volont  consulter que la sienne, ne
relevant que de lui-mme. En effet, la puissance qu'il avait su
conqurir s'imposait au mikado, qui lui donna le titre important de
kampakou, et peu de temps aprs celui de tako, titre le plus lev que
puisse porter un sujet du mikado. Toute ambition possible tait alors
satisfaite; les instincts guerriers du gnral ne trouvant plus 
s'exercer au Japon, car tous les grands seigneurs fodaux
reconnaissaient sa suprmatie, Hakshiba tourna les yeux vers la Core, y
envoya une puissante arme, et mourut en 1598, entour de gloire, au
chteau de Foushim, qu'il s'tait fait construire prs de Kioto.

Fid-Yori, fils de Hakshiba, succda  son pre, et Minamoto-no-Has,
alors bouo de Kanto, fut, sous le titre de dafou-sama, le chef du
ministre qui inaugura l'administration du prince.

Has prit les rnes du gouvernement sans compter avec Fid-Yori.
Celui-ci voulut rsister aux empitements de son ministre, qui,
soutenant ses prtentions  main arme, fut vainqueur dans la bataille
de Skigahara, dans la province d'Omi. Cette victoire ayant t salue
par l'adhsion de la noblesse, le mikado cra Has shiogoune, en mme
temps qu'il donnait  Fid-Yori les fonctions et dignits de nadadjine.

Tokougaoua-Minamoto-no-Has, fondateur de la dynastie actuelle des
takounes, s'empressa de reconnatre les services de ses partisans par
des rcompenses gnrales et des honneurs. Il cra trois cent
quarante-quatre kovda-damios ou nobles vassaux auxquels il donna des
fiefs, et quatre-vingt mille hattamotos ou guerriers nobles. Par cette
cration, il s'assura le pouvoir. Les conventions qu'il fit ensuite avec
les seigneurs japonais, dont il reconnut les pouvoirs au dtriment des
mikados, et dont il rgla les rapports hirarchiques, en les groupant
autour de lui, compltrent son oeuvre. Le nouveau shiogoune fixa sa
rsidence  Yedo. Il soumit tous les princes  l'obligation
d'abandonner, une anne sur deux, leurs domaines, pour venir rsider
dans sa capitale. En retournant dans leurs provinces, ils devaient
laisser leur famille, comme un otage, entre ses mains. Has, aprs
avoir fortifi son pouvoir de tout ce qu'il avait enlev  l'autorit
des mikados, mourut en 1616, et fut difi sous le nom de Gongune-Sama.
Il laissa un fils lgitime, Shid-Tada, qui fut son successeur direct,
et huit fils de rang secondaire, qui furent l'origine des Gokamongks.
Shid-Tada eut lui-mme quatre fils, dont l'an, H-Mits, fut takoune,
et dont les trois autres donnrent naissance aux trois puissantes
familles de Gosanks. Depuis H-Mits, douze shiogounes se sont succd,
y compris le takoune actuel, Tokougaoua-Minamoto-no-H-Moutshi, fils du
Gosank de Kishiou.

Ce fut sous le gouvernement d'Has que le seigneur de Satsouma s'empara
des les Liou-Tshou, qui font, aujourd'hui encore, partie des domaines
de ce fief. Peu d'annes avant l'administration takounale de Novnaga,
les Portugais pntrrent pour la premire fois au Japon. Dans ces
poques de troubles, sous Novnaga, Hakshiba, Has, se dveloppa le
christianisme, qui fut proscrit sous Tokougaoua-Minamoto-no-H-Mits,
petit-fils d'Has. Ce fait eu lieu en 1638,  la suite de la rbellion
chrtienne d'Arima et de Sima-Bara. Alors commena pour le Japon cette
politique d'isolement qui dura jusqu'en 1854. Les Hollandais furent
relgus  Dcima, au milieu des restrictions de toutes sortes, et les
Chinois  Nangasaki.

Afin de se rendre compte de la puissance relative du territoire confi
directement au gouverneur des takounes, il faut savoir que le Japon se
divise en soixante-douze provinces, dont cinquante dans l'le de
Nippoune, neuf dans l'le de Kioushiou, et quatre dans l'le de Sikokou.
Les les suivantes: Yesso, Iki, Tsoushima, Sado, Oki, Aouadji,
Hatidjiou, forment chacune une province avec quelques annexes d'les
infrieures. Sur le nombre total des provinces, trente-sept relvent de
l'empereur avec plusieurs enclaves dans des provinces appartenant  des
seigneurs fodaux.

A la couronne appartiennent entirement les deux grandes contres de
Kanto et de Gokina. Toutes les deux font partie de l'le de Nippoune.
La premire de ces contres se compose de huit provinces, et la seconde
de cinq. L'empire possde en outre dans l'le de Nippoune dix-sept
provinces et six enclaves, sans compter les deux provinces de Tshio-Shio
et Nagato, dernirement annexes au dtriment du prince de Nagato. Dans
l'le de Sikokou, la couronne ne possde entirement que la province de
Sanoki et une partie de celle de Rio. Dans l'le de Kioushiou, elle
possde la province de Bonzne, la partie sud de Shizne, dans laquelle
se trouve Nangasaki, et une partie de Shiouga, dans le nord. De son
pouvoir relvent directement les les de Sado, de Iki, de Hatidjiou et
de Oki. Il y a peu d'annes, sous prtexte de protger contre les
prtentions russes l'le de Yesso, qui appartenait au prince de Matsma,
le takoune annexa l'le aux domaines impriaux, donna en change, au
prince Matsma, un fief dans le nord de Nippoune, et ne lui laissa qu'un
petit territoire dans le sud de ses premires possessions.

Sur l'tendue du domaine imprial se trouvent de grands vassaux relevant
immdiatement du takoune et portant le nom de kovda damio, avec le
titre de kami. Ce sont des chefs militaires plus ou moins importants,
qui transmettent leur pouvoir  leur descendance, avec l'assentiment du
takoune. Ils ont reu en apanage des terres et des chteaux, mais leur
rsidence peut tre mobile. Ils changent alors de garnison, et se
transportent avec leurs hommes suivant les ordres que leur transmet le
gouvernement de Yedo. Dans la hirarchie civile, les kovda-damios
forment une ppinire d'hommes d'tat, destins au gouvernement
suprieur. C'est principalement parmi eux que le takoune choisit ses
ministres, en les rapprochant successivement de sa personne par
plusieurs grades hirarchiques. De commandants de place sur les domaines
impriaux ils peuvent devenir oshosia: ils occupent alors un poste dans
la rsidence mme du takoune, veillent  sa sret, et l'accompagnent
dans ses voyages. Le takoune a constamment plusieurs kovdas de service
autour de lui. Ces princes commandants, servent pendant vingt-quatre
heures, sont relevs le jour suivant par un nombre gal, et tous les
deux jours reprennent leur service, jusqu' changement de garnison
notifi par le ministre. A la suite des fonctions d'oshosia, le kovda
damio peut tre promu au grade de kioto-shoshida, c'est--dire
ambassadeur du takoune auprs du mikado, ou comme rang analogue, il
peut tre nomm wakadoshiiori, ou directeur suprieur des grandes
fonctions. Ces derniers grades conduisent au ministre de Yedo.

Tous les hommes qui suivent ces kovda-damios appartiennent  la classe
noble des guerriers. Ils peuvent s'lever aux plus hautes fonctions,
dont chacune embrasse confusment toutes sortes d'attributions.

C'est  la suite de cette confusion des pouvoirs que se sont produits
les empitements des shiogounes, dont les capacits politiques,
judiciaires, administratives et financires semblent subordonnes  la
capacit militaire. La hirarchie se compose de trois classes: gokanine,
hattamoto et damio. Chacune de ces classes compte plusieurs degrs.
C'est dans la seconde classe que sont ranges les fonctions de
gakokou-bouo ou gouverneur d'une des trois villes ouvertes aux
trangers. A partir de ce grade les fonctionnaires acquirent le titre
de kami. Les gakokou-bouos ne sont jamais isolment en fonctions.
L'esprit de dfiance administrative a introduit l'usage de l'action
simultane de plusieurs fonctionnaires occupant le mme poste. C'est
ainsi qu'un mme district peut possder cinq ou six gakokou-bouo, qui
se relvent, se succdent ou se contrlent alternativement. Au-dessus du
grade prcdent, se trouve le gokandjo-bouo, receveur gnral,
trsorier et juge suprieur, dont les fonctions offrent un rang analogue
 celui des gouverneurs de Yedo, Kioto ou Osaka, (matshi-bouo). Ils
reoivent, comme les gakokou-bouos, des appointements de deux mille
kokous de riz, sans compter des revenus ventuels qui peuvent tre
trs-importants. Le kokou est une mesure d'une capacit de 174 litres.
Le kokou de riz reprsente une valeur de 25 francs. En s'levant
graduellement dans la srie administrative, on rencontre les omtsks,
inspecteurs, contrleurs des grands fonctionnaires, ou sur le mme
rang, les orosous, officiers des rapports fodaux et secrtaires
gnraux pour l'tat civil des damios. Ces dignitaires sont infrieurs
aux osobas ou chambellans du takoune qui forment l'chelon le plus
lev de la classe des hattamotos. La charge d'osoba est rtribue cinq
mille kokous de riz; tant exerce pendant dix ans, elle donne le rang
et le titre de damio, de mme que l'lvation aux grades suprieurs:
discha-bouo, inspecteurs, contrleurs des religieux et fonctionnaires
du culte; wakadoshi-iori, directeur, immdiats des grands
fonctionnaires. Ils sont cinq en fonction simultane et reoivent dix
mille kokous de riz. Les gorodjios, ou ministres, au nombre de cinq,
terminent cette srie. Lorsque le takoune est mineur, le ministre est
domin par le gotaro ou rgent. Comme dignitaire, la famille
takounale, gokamongk, gosankio et gosank, prend rang entre le
ministre et le takoune, dont l'organisation administrative se retrouve
 peu prs chez les grands seigneurs fodaux, sauf les fonctions de
centralisation fodale, comme la charge d'orosou. Les emplois
prennent auprs du takoune une grande importance par suite de la
puissance toute spciale de la cour d'Yedo.

Il est inutile de faire ressortir les vices d'une organisation qui, par
la confusion des pouvoirs, le dfaut d'un code crit et le respect de
l'autorit dgnr en dlation, laisse place  tous les abus et
remplace la loi par la personnalit des fonctions.




V.

LES GRANDS FEUDATAIRES.


Le takoune ne gouverne pas seulement avec les gorodjios. Trois fois par
mois, elle runit sous sa prsidence la grande assemble du Toujo, et
porte devant elle les affaires qui intressent le Japon. Toute
innovation au pacte social doit tre approuve par le toujo, puis
ensuite par le mikado. Cette assemble runit la grande noblesse du
Japon, qui se trouve ainsi avoir autorit et pouvoir lgal sur les
dcisions du takoune.

Dans cette assemble, les chefs des familles issues d'Has sont placs
immdiatement derrire le takoune,  la droite et  la gauche duquel
se rangent les gorodjios. A une distance relativement grande, sont
placs par ordre les reprsentants de la noblesse, kokshi et toudama,
puis les grands kovdas, vassaux de la couronne. Entre le trne et
l'assemble, un hrault choisi parmi les seigneurs de la famille
takounale rpte les paroles changes des deux cts.

Du toujo est tir un comit national nomm tshioguiakou dont l'autorit
est suprieure  celle du ministre du takoune. Dans le gorodjio se
trouve plus naturellement l'lment takounal, tandis que dans le
tshioguiakou l'lment fodal est surtout reprsent.

A la tte de la noblesse sont places les trois familles des gosanks
issues de trois frres du takoune, Shid-Tada fils et successeur
d'Has. Les chefs de ces familles portent le titre de dono. Ce sont:
Owari dono, seigneur de la province d'Owari, Ki dono, seigneur de la
province de Kishiou, Mito dono, seigneur de la province de Mito. Ces
trois provinces sont situes dans l'le de Nippoune, et reprsentent une
grande puissance par l'tendue, la richesse et la population de ces
domaines, sur lesquels vivent les vassaux respectifs de ces trois
princes.

Aprs les gosanks viennent deux familles de gosankio, dont les chefs
portent galement le titre de dono. Leur origine remonte  trois frres
de H-tsua-ioshi, cinquime takoune de la famille d'Has. Ces trois
gosankios sont: Stouts-bashi dono, Taasou dono, Shimidsou dono. Ce
dernier fief est rentr par extinction dans les domaines de la couronne.
Le premier fief stouts-bashi, dont la famille seigneuriale s'tait
galement teinte, a t relev en faveur d'un cadet d'un gosank de
Mito.

Enfin sous les gosankios viennent, par ordre hirarchique, huit
familles, aujourd'hui rduites  sept, de damios gokamonks, descendant
de huit fils des concubines d'Has. Ces princes portent le titre de
kami. Le plus puissant des gokamonks est le prince Itshisne, qui
dsirait partir en ambassade en Europe. Il en avait reu l'autorisation
du takoune, mais cette permission ne fut pas ratifie par le mikado.
Cette triple hirarchie de familles princires forme, autour du
takoune, un puissant parti. Elles sont issues du mme auteur et
conservent les mmes intrts vis--vis des tiers. Mais entre elles se
manifestent parfois de vives luttes, par suite de la rivalit qui
souvent les divise. Lorsqu'un takoune meurt sans enfants, on choisit
jusqu' prsent son successeur parmi les trois gosanks, et chacun
cherche  se faire des partisans dans le conseil suprieur de l'empire,
afin d'agir sur le mikado. Le dernier takoune, actuellement au pouvoir,
est fils du gosank de Kishiou, comme dj son second prdcesseur.

En regard de cette puissance, dont Has est le point de dpart, se
trouvent les dix-huit grands seigneurs fodaux appels kokshi et dcors
du titre de kami,  l'exception du seigneur de Kaga, qui porte le titre
de dono. Comme il est intressant, dans l'tat actuel de la question, de
noter ces dix-huit seigneurs, leurs noms et leurs seigneuries suivent
par ordre hirarchique:

Kagadono, seigneur de Kaga, Noto, Itshiou, et d'une partie de Shida
(dans l'le de Nippoune).

Satsouma no Kami, seigneur de Satsouma, Osmi, Shiouda (dans Kioushiou)
et seigneur des les Lioutshou.

Senda ou Mouts no Kami, seigneur de Mouts (Nippoune).

Fosokaoua no Kami, seigneur de Shigo (Kioushiou).

Cloda no Kami, seigneur de Tshigousne (Kioushiou).

Akino Kami, seigneur d'Aki (Nippoune).

Tshioshio no Kami, seigneur de Tshioshio et Nagato, dernirement
annexes  la couronne.

Nabsima no Kami, seigneur de Hisne (Nippoune).

Inaba no Kami, seigneur de Inaba (Nippoune).

Ikda no Kami, seigneur de Bizne et Bitshiou (Nippoune).

Toodo no Kami, seigneur de Is et de Higa (Nippoune).

Awa no Kami, seigneur de Awa et Awadji (Sikokou).

Tsa no Kami, seigneur de Tsa (Sikokou).

Arima no Kami, seigneur de Tshikougo (Kioushiou).

Sutak no Kami, seigneur d'Akita et Doua (Nippoune).

Nambou no Kami, seigneur de Nambou et Mouts (Nippoune).

Ousgui no Kami, seigneur de Iounsaoua et Doua (Nippoune).

Tsousima no Kami, seigneur de l'le de Tsima.

Il faut remarquer que dans cette liste les noms de seigneuries rptes
indiquent une autorit sur des districts diffrents dans la mme
province.

A ct des kokshis sont placs les toudamas damios, dont la puissance
s'tend sur un petit territoire, mais qui, comme les kokshis, sont
matres chez eux. Ils sont au nombre de quatre-vingt-deux, et portent le
titre de kami. Une grande partie de ces familles princires remontent 
des frres cadets de kokshis en faveur desquels les fiefs ont t crs
ou relevs. Les Toudamas damios font cause commune avec les grands
seigneurs fodaux dont ils partagent les intrts en opposition aux
envahissements des takounes.

Les kokshis et mme les toudamas damios ont sous leurs ordres des
vassaux, qui sont, comme les capitaines de leur arme respective,  la
tte d'un certain nombre d'hommes de guerre, qu'ils entretiennent sur le
domaine. Ces vassaux comptent eux-mmes parmi la principale noblesse, et
sont connus sous le nom de basing damio. Ils sont aux kokshis et
toudamas ce que les kovdas sont au takoune, tiennent garnison sur les
domaines de leurs seigneurs, l'entourent dans ses voyages, ou font prs
de lui alternativement un service de garde dans ses rsidences. Plus la
puissance et les domaines d'un seigneur sont tendus, plus grand est le
nombre de ses basings damios. C'est ainsi que Satsouma-no-Kami en
compte cinquante-deux.




VI.

LE PEUPLE JAPONAIS.


A la suite de l'organisation aristocratique, l'chelle sociale se
continue dans le peuple par une organisation de pouvoirs en contact
immdiat avec les individus. Dans les villes, chaque rue reprsente un
rudiment de commune, ayant ses chefs et ses archers. Les chefs sont lus
parmi les propritaires de la rue. Ils sont accepts par le gouvernement
sur la prsentation des habitants, et choisissent  leur tour, dans les
mmes conditions, plusieurs d'entre eux pour former prs du gouverneur
un conseil d'administration. En dehors des villes, cette mme
organisation, forme dans la campagne par groupes d'habitations, se
trouve en relation administrative avec le gokandjo bouo. Les fonctions
municipales sont hrditaires avec l'assentiment du gouvernement
suprieur et des administrs qui conservent un droit de veto, et qui,
dans tous les cas d'abus, possdent un droit de dnonciation signe,
contre tout fonctionnaire auprs de son chef et mme contre le takoune
auprs du mikado.

L'administration municipale tient des registres de naissance, de mariage
et de mort. Dans ces registres sont galement consigns les noms des
habitants, leur position sociale, leur prsence ou leur absence, par
suite de voyage dont ils ont notifi le but et la dure. C'est
l'administration locale qui asseoit et peroit l'impt, et qui prlve
pour son service des taxes municipales. L'impt gnral est simplement
foncier; il est pay par les propritaires d'aprs la superficie de leur
proprit, et la valeur des terres et terrains diviss en trois classes
suivant leur estimation. Les contestations qui s'lvent ou les crimes
qui se commettent, donnent aussi lieu  l'intervention de
l'administration municipale, qui d'abord instruit l'affaire, juge dans
les moindres cas, ou bien en rfre  l'autorit suprieure dans les cas
plus importants. Le gouverneur  son tour juge ou renvoie l'affaire au
ministre auquel il est toujours permis d'en appeler.

En examinant en dehors des moeurs chaque organe du corps social, on
pourrait conclure  une immobilit tout orientale qui assimilerait le
Japon aux autres peuples asiatiques. Il n'en est rien; l'activit domine
au contraire dans cette socit, o les classes sont distinctes, mais ne
forment pas castes. S'il est vrai que la noblesse tienne beaucoup de
place, il est galement vrai que la vie sociale n'en est pas touffe,
grce au profond respect qu'on a au Japon pour toute personnalit, grce
 la libert individuelle, qui rencontre, dans la forme hirarchique de
la socit japonaise, un cadre directeur plutt qu'une prison. La
noblesse n'tant pas exclusive et restreinte  la naissance, chacun a
le droit d'y prtendre, en s'levant par son mrite, dans la hirarchie
administrative du takoune ou dans celle des grands seigneurs fodaux.
Ceux-ci mme pourraient tre lgalement remplacs en temps de guerre,
mais, leur nombre tant naturellement limit par le nombre des fiefs, et
ces fiefs tant hrditaires, il s'ensuit, qu'en temps de paix, de
nouveaux venus ne peuvent trouver place parmi eux.

Le respect de l'initiative individuelle se manifeste encore dans le
droit entier et non motiv de reconnaissance et d'adoption. Ces deux
actes simplement exprims dterminent une filiation nouvelle qui devient
la seule reconnue. Par l'usage de ces droits, un quilibre s'tablit
entre des familles du mme rang dont les unes sont surcharges d'enfants
et dont les autres manquent de postrit. C'est encore par l'usage de
ces droits que se forme un autre genre d'quilibre comme un trait
d'union entre une famille qui dchoit et une autre qui, en grandissant,
recherche une nouvelle sphre  son activit. Dans le droit d'adoption
et de reconnaissance se confondent souvent les distinctions qui
subsistent entre les classes. Ainsi le mariage n'tant gnralement
admis qu'entre personnes du mme rang, toute union, en dehors de ces
conditions deviendrait impossible ou malheureuse, si l'on n'avait ce
remde facile pour rgulariser la position et donner gain de cause  la
libert de l'initiative individuelle en mme temps qu'au maintien de la
hirarchie sociale. Enfin, grce  ces droits largement pratiqus, les
familles se mlent dans leurs lments les plus actifs, l'horizon
s'largit pour chaque individualit, la concorde remplace l'antagonisme
et la haine, la famille se consolide au lieu de se dtruire,
l'aristocratie prsente une nouvelle possibilit d'accs, et reste par
cela mme, pour la foule un type  atteindre.

Tak-no-Outchi Si-Mots-no-Kami, ambassadeur japonais  l'tranger dans
le printemps de l'anne 1862, offre un exemple de cette libert
d'initiative individuelle qui forme l'expression des moeurs sociales
au Japon. Dans sa jeunesse, il tait horloger, et bientt dsirant, un
champ plus large  son activit, il conclut un arrangement avec un
gokanine nomm Tak-no-Outchi, qui lui reconnut son nom et lui facilita
l'accs de la noblesse militaire. Passant successivement par les grades
de gokandjo, shirabakou, komigashira, il parvint aux fonctions de
gako-kou-bouo. Ce fut dans l'exercice de ses fonctions, tant
gouverneur de Hakodadi, qu'il fut dsign par son gouvernement pour
diriger la premire ambassade japonaise qui vint  Paris. Tak-no-Outchi
est aujourd'hui gokandjo-bouo, et se rapproche des plus hautes
fonctions politiques.

Les moeurs sociales sont, plus que les institutions, l'expression
d'une socit;  ce compte, les Japonais possdent des lments srieux
d'avenir et de progrs. Ces lments se trouvent dans leur caractre
national plus que dans leurs institutions, car l'organisation tolre des
abus, comporte des vices dplorables et possde des bases totalement
fausses, comme la confusion des pouvoirs, l'arbitraire des dcisions
administratives et judiciaires. Le caractre gnral de fodalit
trouve, il est vrai, un correctif dans l'galit dmocratique d'une
libre expansion permise aux facults de tous; c'est peut-tre 
l'alliance de ce contraste que les Japonais doivent cette valeur
individuelle qui les distingue si profondment de leurs voisins les
Chinois. Non-seulement ces deux nations sont diffrentes, mais elles
prsentent, sous tous les rapports, des oppositions directes. L'tude et
la comparaison de ces pays offrent galement un exemple curieux de
l'inefficacit des institutions  raliser seules et  reprsenter par
elles-mmes une direction sociale; car c'est l'expression des moeurs
qui dtermine en ralit l'expression d'un peuple, et c'est dans ses
moeurs que nous devons rechercher sa vritable physionomie.

En comparant sous ce point de vue les Japonais aux Chinois, nous
retrouvons chez les deux nations un caractre dominant. En Chine le
mobile pivotal des actions est l'intrt matriel. Cette soif du gain
reprsente en argent est elle-mme alimente par le besoin exclusif de
satisfactions matrielles. Les besoins moraux n'existent pour ainsi dire
pas en Chine, et l'indiffrence en matire de sentiments religieux est
complte. Les Japonais possdent galement un mobile principal qui
domine leurs actions, mais ce mobile c'est l'honneur. Si ce sentiment
prend chez eux une direction souvent fausse, il n'en reprsente pas
moins un des plus nobles besoins de la nature humaine, et demeure pour
l'homme qui le possde un stimulant nergique de progrs vritable.
L'honneur n'est pas un vain mot pour les Japonais, qui, sans hsitation,
lui sacrifient leur vie. Ils manifestent ce sentiment en harmonie d'un
dveloppement gnral des besoins moraux, et d'une modration
matrielle, relle, malgr des dtails de moeurs, dont l'expression
isole paratrait avoir une signification diffrente.

Si des moeurs nous passons  l'esprit des institutions nous trouvons
en Chine les principes thoriques de libert et d'galit prsidant 
l'organisation sociale, tandis qu'au Japon domine essentiellement le
principe de l'ingalit avec le respect de la hirarchie. Les principes
de l'organisation en Chine sont plus conformes  notre civilisation,
mais ces principes dgnrent en applications arbitraires, et
disparaissent devant l'individu ou la fonction. Sous ce rapport, le mal
est le mme au Japon, mais se corrige sous le puissant contrle de la
hirarchie.

Le rapport des moeurs aux principes des institutions prsente chez les
deux peuples les mmes contrastes. Tous les grades chinois se gagnent au
concours, et malgr cette entire galit, qui paratrait devoir
surexciter l'mulation de chacun, le peuple chinois est corrompu,
matriel et lche. Le peuple japonais, gouvern par une aristocratie,
non exclusive mais privilgie, est artiste, courageux, franc et actif.
Le niveau de l'individualit est donc plus lev au Japon qu'en Chine.
Est-ce parce que le premier peuple a sous les yeux un type constant de
perfection libre, auquel il peut librement aspirer, tandis que chez le
second tout dveloppement individuel n'a lieu que sanctionn par
l'opinion gnrale, car le mrite rside dans la personnalit, et
celle-ci se brise sous la sanction de l'opinion. D'un ct,
l'individualit dans l'intelligence, et la moralit se conserve
indpendante dans la classe aristocratique, et le peuple, libre dans son
activit, se modle sur cette classe; d'un autre ct, chez les Chinois,
toute individualit est oblige de se soumettre  la masse qui la juge,
et se trouve brise lorsqu'enfin elle parvient  une situation o il lui
aurait t possible de se produire. Quoi qu'il en soit, le niveau social
en Chine se courbe vers le bas, tandis qu'au Japon, il s'lve
constamment vers le haut.

A l'examen, dans les deux pays, des bases de l'organisation sociale
juges  notre point de vue moderne, on aurait attendu un rsultat
diffrent. Cette contradiction apparente n'infirme en rien les
principes, et prouve simplement  nos yeux que les principes de
constitution ne suffisent pas  rendre le caractre particulier d'une
socit. Ce phnomne est du reste conforme aux lois de la nature
humaine, qui veulent des hommes libres dans leur moralit et non pas
des syllogismes incarns.

Nous retrouvons encore dans les deux pays voisins une autre opposition
dont l'existence peut rendre compte de la dissolution sociale de la
Chine en regard de la solidarit compacte de la nation japonaise. Dans
le Cleste Empire l'individualit simple est le premier lment de la
socit qui repose au Japon sur l'individualit concrte, c'est--dire
sur la famille. L'influence du nom est pour le Japonais un lien qui
n'existe pas pour son voisin; de l ncessairement une srie d'actes
qui, d'une part, aboutiront au triomphe de l'gosme, et qui de l'autre,
au contraire, tendront au dvouement. Ces faits viennent se compliquer
du caractre gnral propre  chacun des deux peuples, et c'est ainsi
qu'un Chinois, aprs s'tre lev dans le gouvernement des affaires
publiques, laisse simplement  son fils l'argent qu'il a pu amasser dans
sa carrire, tandis que, dans les mmes conditions, le Japonais transmet
 son enfant le respect et l'honneur dont il a su entourer son nom. Ce
sera pour le jeune Japonais une source nouvelle d'mulation, un devoir 
remplir, et un droit  sauvegarder. Le sentiment de la solidarit du nom
est tellement dvelopp au Japon, que souvent un pre, sous l'empire de
ce sentiment et du respect d  l'initiative individuelle, transmet 
son fils sa position ds que celui-ci est arriv  l'ge viril. On
retrouve dans ces faits un grand respect pour la dignit de l'individu.

Le privilge de porter deux sabres se lie aux ides japonaises d'honneur
et de dignit. Le grand sabre est une arme de guerre dont il est poli de
se dbarrasser dans une maison amie. Le plus court est exclusivement une
arme de suicide: aussi peut-on, dans une visite amicale, le garder sur
soi sans impolitesse. Le suicide lgal, dont le petit sabre est le signe
parat au premier abord un usage tout  fait barbare. En effet, la
barbarie est relle dans l'arbitraire de la loi et de la pnalit. Il
est odieux de penser que la vie et l'honneur peuvent dpendre d'un
caprice de prince ou de fonctionnaire dont les dcisions reprsentent
la loi. Il est pnible de songer  la cruaut d'une sentence, dont le
patient est lui-mme l'excuteur. Mais s'il en est ainsi du fait, il en
est tout autrement des prmisses qui ont amen cette triste conclusion,
comme la consquence illogique d'un ensemble de proccupations dignes
d'un srieux examen. Le point de dpart gt dans le besoin de donner
satisfaction  des ncessits, des droits et des devoirs dont la
conciliation offre de grandes difficults. Ainsi il est vident que la
socit a le droit de rprimer et de punir; mais il est galement
vident que le coupable seul devrait tre atteint dans les limites de la
rpression. Si la socit, s'armant d'un droit contestable, prononce la
peine de mort, cette peine est assez forte pour qu'il soit juste et
humain de ne pas l'aggraver par la torture de la honte, de la violence
et de la dgradation de l'homme en contact avec un bourreau. Enfin s'il
est dcid que l'homme doit mourir, qu'il meure; mais que cette mort
soit un retour vers la dignit humaine un moment oublie dans la faute,
au lieu d'tre le sacrifice outrageant de cette dignit sur l'autel de
l'infamie.

Au Japon, l'homme qui mrite la mort et qui meurt de sa main est
prserv de la honte et de la dchance qu'entranait son crime. En
acceptant noblement la responsabilit de son acte, il en efface pour
ainsi dire la culpabilit. Il lgue  sa famille le souvenir de son
courage et de sa dignit, en balance exacte avec le souvenir de sa
faute, et par l conserve  son nom la position morale qui lui
appartenait et le respect dont il tait entour.

Telle est la signification morale du petit sabre japonais, dont l'emploi
est trop souvent dirig par une application exagre d'un principe qui,
en lui-mme, pourrait faire honneur  une civilisation claire. La
dduction illogique de principes vrais aboutissant au suicide rvoltera
quelques consciences, mais qu'elles songent qu'il y a l une tentative
de solution d'un problme dont l'quation plus parfaite intresse notre
civilisation et l'humanit tout entire. L'usage du suicide en contact
avec l'esprit de vengeance prend encore une physionomie diffrente. Si
un Japonais est bless dans son honneur par un homme dont il ne puisse
tirer personnellement satisfaction, il s'ouvre les entrailles, et
rejette par cet acte, sur son adversaire, une dclaration de vendetta
dont la famille, les amis et les serviteurs du suicid poursuivent
passionnment l'excution. Ces vendettas sont terribles, car les
Japonais renoncent facilement  la vie, et meurent contents s'ils
peuvent en mme temps donner la mort. Cette particulire physionomie du
suicide, sans excuse possible, montre combien l'exagration d'un
sentiment naturel est facile en dehors d'une rgle prcise qui puisse en
fixer la juste apprciation.

Un peuple qui donne une place si importante au sentiment de l'honneur
doit attacher un grand prix  l'expression de mutuelle considration.
C'est ce qui se produit au Japon, o le respect se manifeste surtout
dans l'extrme politesse qui prside aux relations. C'est une des
premires choses qui frappent l'tranger dbarquant sur la terre
japonaise. Il voit les hommes de la plus basse classe se donner
rciproquement des marques de dfrence. Cette politesse reste
constamment digne, et les honneurs rendus  un suprieur comportent une
gravit  laquelle on reconnat un hommage plutt qu'un acte servile.
Les ftes, les solennits, le nouvel an, les grands vnements de la
famille donnent lieu  des visites,  des runions,  des festins dans
lesquels le code de la politesse fixe chaque dtail. La manire dont on
s'aborde, dont on se quitte, le style pistolaire, le soin avec lequel
on rpond  une attention, sont soumis  l'observance de rgles prcises
qu'un Japonais n'oublie jamais. Si, par hasard, se produit l'oubli des
convenances, l'homme tombe en grande msestime, et s'expose  la
vengeance, comme  la suite d'une insulte commise. Un des signes de
l'entire politesse se retrouve dans le respect dont sont entoures les
femmes au Japon. Leur importance est suffisamment mise en lumire par la
loi qui leur permet de rgner; en effet, les annales des empereurs nous
montrent plusieurs femmes assises sur le trne des Mikados.

A ct de ce respect des femmes existe au Japon une vritable
dpravation qui s'tale comme la chose du monde la plus naturelle. Le
gouvernement en a ostensiblement le monopole et le fait subsiste  ct
des qualits les plus opposes  ce vice. Les extrmes se touchent
facilement partout, mais, sous ce rapport, le Japon est la terre
privilgie du contraste. On y voit la rserve et la modestie se
confondre avec la licence, l'arbitraire en harmonie avec le sentiment de
la dignit individuelle, la simplicit des moeurs sociales en accord
parfait, chez les mmes individus, avec le luxe fodal, l'aristocratie
en socit avec la dmocratie, la dfiance administrative en paix avec
la confusion des pouvoirs, et toujours la politesse en relation avec
tous.

La politesse des moeurs, jointe  l'esprit d'activit, se traduit,
dans l'esprit des villes et des campagnes, par l'ordre et la propret
qu'on y voit rgner. Les rues larges et droites sont bordes de maisons
bien alignes. Celles-ci n'ont que peu de hauteur, et sont construites
de matriaux lgers; car les tremblements de terre frquents au Japon,
ont impos des lois  la construction. Les faades extrieures sont
simples. L'habitation des grands, comme les casernes, ne montrent sur la
rue que des palissades leves. A Yedo, la rsidence du takoune est
entoure de fosss profonds, contenus par de solides murs en pierre,
au-dessus desquels s'lvent encore des remparts en talus, et derrire
s'abritent les habitations. Les demeures seigneuriales, galement
protges du ct de la rue, occupent de grands espaces entours de
casernes; c'est au centre que se trouve la maison principale avec les
jardins. Les trangers ne peuvent contempler les habitudes et le luxe
intime de ces demeures. Ils ne pntrent que l'intrieur de la vie
populaire dont la simplicit parat surprenante  l'Europen, qui
n'aperoit aucun des meubles indispensables pour lui, et qui vainement
cherche un sige, une table, un lit. Le plancher supple  tout. Il est
garni de nattes fines et rembourres dont la propret est facile 
entretenir, grce  l'habitude de n'entrer jamais dans une maison avec
ses souliers. Ainsi garni, le plancher sert de sige dans la journe. La
nuit, chaque habitant de la maison, s'enveloppant d'une longue robe de
chambre plus ou moins chaude, suivant la saison, s'abrite des insectes
sous une moustiquaire, et trouve sur les nattes un lit suffisamment
moelleux. Les Japonais savent se passer de chemines aussi bien que de
lit. Lorsque la temprature l'exige, ils posent au milieu de
l'appartement un brasero rempli de charbons, dont ils recueillent ainsi
toute la chaleur, sans danger d'asphyxie, car l'air, trouvant accs 
travers les chssis, se renouvelle facilement. L'emploi des vitres aux
fentres est inconnu aux Japonais qui les remplacent par du papier. Ce
papier remplit une foule d'usages diffrents. Non-seulement il reoit
les signes de l'criture, mais il est encore employ comme mouchoir et
essuie-mains; on en fabrique des manteaux impermables  l'eau;
travaill d'une certaine faon, il imite le maroquin et remplace
parfaitement le cuir; on en fait des cordes et des ficelles rsistantes;
enfin on le colle, en guise de vitres, sur les chssis qui servent de
portes et de fentres. Ces chssis ne sont pas retenus par des
charnires, mais glissent dans un encadrement de rainures qui les
retiennent en leur laissant leur mobilit.

Cette installation, d'une simplicit spartiate, entrane de graves
inconvnients, qui, par le contact des trangers, amneront des
changements invitables. Parmi ces inconvnients, les plus graves sont
les douleurs rhumatismales et les incendies. Les rhumatismes naissent de
l'humidit impossible  viter dans des maisons construites comme le
sont celles des Japonais, et spares seulement du sol par une simple
planche. Les incendies provoqus par l'usage incommode, et malgr tout
insalubre, des braseros, se dveloppent frquemment; aussi
rencontre-t-on, dans les rues, de distance en distance, des pyramides de
seaux toujours remplis d'eau. Le secours est promptement organis de la
part d'hommes intelligents et courageux qui malheureusement ont
l'habitude de ces accidents. Des magasins de dpts pour marchandises
sont quelquefois rendus incombustibles par l'emploi d'un bton boueux
que quelques trangers ont adopt  Yokohama.

Les seules constructions artistiques que les trangers puissent visiter
sont les temples enrichis de sculptures, de peintures et de laques.
Autour de ces temples s'tendent des jardins qui montrent chez les
Japonais un got naturel. Dans la campagne, l'amour des belles choses se
manifeste par les soins accords  un arbre remarquable, dont la
position peut mme quelquefois gner la culture. Dans ce cas on lui
laissera une bande circulaire de terrain, comme un domaine qui doit
protger ses racines contre la charrue. Partout dans les champs, comme 
la ville, on aperoit le travail d'un peuple poli, aimant l'ordre et la
propret. Ce travail est pouss si loin, que, sans exagration, on ne
rencontre pas de mauvaises herbes dans les campagnes, traverses de
routes macadamises et bien entretenues.

Les routes sont divises en plusieurs classes de largeurs diffrentes.
La plus importante est le Tokado qui traverse l'le de Nippoune, dans
sa longueur en passant par Yedo. La distance y est inscrite, comme aussi
sur les principales autres routes,  partir du grand pont de Yedo, le
Nippoune-basse, choisi comme point de repre. Les contres qui divisent
le Japon ont t chacune entoures de larges voies de circulation; dans
ces contres, chaque province, puis chaque district possde galement
des routes de ceinture. Enfin de chaque ville et de chaque village
partent des chemins qui relient ces points aux grandes artres. Les
voyages sont donc rendus faciles au Japon, et sur toutes ces voies de
communication circule un peuple actif de marchands, d'industriels, de
prtres, de soldats, de princes; les uns  pied, les autres  cheval, ou
en chaise  porteurs. Pour plus d'ordre, chaque courant de voyageurs
doit suivre un mme ct de la route. Afin d'viter entre les damios
suprieurs un conflit de prsance qui pourrait devenir dangereux, la
cour de Yedo rgle la marche de chacun, de manire  ce que deux de ces
princes ne puissent se rencontrer en chemin. La mesure est prudente, car
les grands damios sont toujours suivis d'une arme, et chacun s'arrte
en se prosternant sur leur passage. La facilit des voyages est
non-seulement due aux routes spacieuses,  l'absence de douanes
intrieures et d'octrois, mais encore au grand nombre d'auberges et de
maisons de th qui bordent ces routes. De distance en distance sont
galement places des maisons de postes o le voyageur trouve  louer
des chevaux, des porteurs et des courriers.

Cette frquence des voyages au Japon est importante  noter, car elle
introduit chez le peuple des habitudes de solidarit en opposition avec
le rgime fodal qui tend  l'isolement des provinces. C'est ainsi que
les moeurs sociales ont leur expression propre, et que les
institutions n'amnent pas comme consquences invitables les rsultats
qu'elles ont pu produire chez une autre race. Par la frquence des
relations s'est tabli parmi les Japonais un rapport homogne, dans
l'tat de leurs intrts commerciaux, industriels et scientifiques.

Leurs connaissances scientifiques sont peu dveloppes; mais loin de
mconnatre leur ignorance sur ce sujet, ils cherchent  combler cette
lacune dans leur contact avec les trangers. C'est par l'intermdiaire
de ces derniers, principalement par les Russes et les Hollandais, que
les Japonais sont parvenus  possder des connaissances gographiques
assez compltes. Ils impriment de grands planisphres, chargs de notes
et d'indications, de manire  servir de trait de gographie aussi bien
que de cartes. La science historique se borne pour les Japonais 
l'histoire de leur pays. Afin d'tablir leur chronologie, ils se servent
de trois moyens diffrents. Ils ont une re qui commence, en l'an 660
avant J.-C., avec le rgne du Dari Shine-Mou, premier auteur de la
dynastie encore actuellement rgnante. A ct de cette poque fixe, ils
comptent par cycles de soixante annes et par une srie de cycles plus
petits et de dure variable qu'ils appellent nengo. Les empereurs
dterminent le nom et la dure de ces nengos qui se suivent sans
interruption. Un mme rgne peut possder plusieurs de ces divisions.

Les connaissances des Japonais dans les sciences physiques et naturelles
semblent trs-faibles. Ils possdent en mathmatiques quelques vrits
fondamentales qui leur font envisager cette science d'une faon
spciale. De ces vrits, ils tirent des procds pratiques remarquables
pour la rsolution des problmes d'arithmtique, qu'ils rsolvent, sans
criture, plus promptement que les Europens. Ces procds leur sont
communs avec les Chinois.

De mme qu'en Chine, la chirurgie et les sciences qui en dpendent sont
presque ignores au Japon, mais la mdecine prsente un ensemble de
connaissances plus dveloppes, quoique imparfaites. Les mdecins
japonais accordent une grande attention aux pulsations des artres, qui
leur fournissent leur principal lment diagnostique. Ils sont
trs-habiles  saisir toutes les variations que prsente ainsi la
circulation du sang, et rattachent avec pratique ces variations aux
diffrentes maladies qui peuvent en tre la cause. Pour combattre les
maladies, ils emploient quatre principales mthodes: l'ingrence de
diffrentes substances, la plupart vgtales, le feu sous forme de moxa
ou comme simple application de la chaleur, l'acupuncture, et le massage
qui est en grande estime. L'usage des bains chauds est gnral, en
dehors de toute prescription mdicale; car les Japonais sont soigneux de
leur personne; ils accordent une grande attention  l'aspect extrieur,
comme  l'tude de la physionomie et des lignes de la main.

Sous l'influence du peu de dveloppement que possdent les sciences au
Japon, l'enseignement gnral est surtout religieux, moral et
littraire. Une bonne ducation se continue dans l'tude de la musique
et de la peinture; elle se complte, pour les hommes, par l'exercice des
armes. La musique est compltement dans l'enfance; mais il n'en est pas
de mme de la reprsentation dramatique, qui se produit avec vrit
d'expression et science d'observation. Les Japonais ne reprsentent pas
seulement sur leurs scnes des sujets mythologiques et merveilleux, dont
la production forme, pour ainsi dire, le dbut de l'intelligence dans ce
genre de crations: ils abordent aussi la reprsentation de la vie
usuelle, des dtails des moeurs, des vnements historiques dans un
milieu de dcoration en harmonie avec le sujet mis en scne. Ce seul
fait est certainement un indice de connaissances avances. Pour rendre
hommage au talent dramatique des Japonais, je dirai, que ds le
commencement de mon sjour au Japon, il m'est arriv d'assister  des
reprsentations dont je pouvais suivre l'ide, grce au naturel des
gestes et des expressions ainsi qu' l'harmonie des dcors. tre
intress dans ces circonstances, avant d'avoir eu le temps de se
familiariser avec la langue, prouve en faveur de la composition, comme
en faveur des artistes. Ils sont cependant loin d'tre parfaits,
quelque dispos que l'on soit  l'indulgence par un sjour prolong en
Chine. Le principal dfaut des acteurs est d'adopter, sur les planches,
un ton dclamatoire qui gte l'effet et nuit  la beaut de leur langue.

La langue japonaise est douce et harmonieuse. Son tude est facile si on
veut se borner  l'apprendre pratiquement, en coutant, en se
renseignant sur les mots, et en reproduisant la manire de parler des
Japonais qui vous adressent la parole ou vous rpondent. Cette dernire
observation, nave vis--vis de toute langue, ne l'est pas au Japon; car
si l'on veut en savoir davantage, les difficults se multiplient, le
temps se passe et l'on s'aperoit que le japonais est la plus difficile
des langues vivantes. Elle est entirement rgie par l'tiquette, la
politesse et le code de la hirarchie; adresser la parole comme on vous
parle, ou rpondre comme on vous rpond, c'est ne tenir aucun compte de
ces rgles. Suivant la position sociale de son interlocuteur, il faut
varier ses formules, employer des mots spciaux, conjuguer ses verbes
de faons dtermines, et faire intervenir certaines particules. Tout
cela n'est encore rien auprs des difficults de la lecture et de
l'criture. La langue crite diffre de la langue parle; ce qui s'crit
ne se parle pas et rciproquement. Certaines formules sont spciales, et
il serait souverainement ridicule et bouffon de confondre les deux
genres d'expressions. Comme si toutes ces difficults ne suffisaient
pas, les Japonais ont adopt les milliers de signes idographiques
chinois, et en plus deux critures phontiques. Les signes
idographiques sont lus au Japon suivant deux prononciations
diffrentes: le ko, ou lecture suivant le son, reproduit  peu prs le
son chinois attribu au caractre, tandis que le kouh est une lecture
suivant le sens et traduit le son purement japonais de l'objet exprim.
Ainsi le caractre qui signifie _chose_, se prononce _gui_ suivant la
lecture ko et _koto_ suivant la lecture kouh.

L'criture idographique prend trois noms diffrents, suivant le style
d'criture adopte; le kouasho, ou shingghana, reprsente les signes
tracs carrment; l'criture cursive savante et officielle est nomme
guiosho, l'criture cursive familire prend le nom de sosho ou tsao. Les
Japonais ont eu l'intelligence de comprendre l'norme obstacle
qu'apportait aux tudes la difficult de l'criture idographique, qui,
en dfinitive, resserre la pense dans les limites du pass et
transforme toute tude en un long apprentissage de lecture. Ils ont en
consquence adopt l'alphabet phontique, qui, par l'analyse des sons,
permet de poursuivre l'ide avec un instrument facile. Mais le point de
dpart tait tellement compliqu, qu'ils n'ont pu parvenir  la
simplicit, dont ils sentaient le besoin. Ils ont un premier alphabet
phontique de quarante-huit syllabes exprimes par quarante-huit signes.
Cette criture reoit le nom de kata-gana qui veut dire criture de ct
ou d'annotation. Les Japonais se servent du kata-gana comme traduction
phontique, pour fixer la prononciation, et malheureusement ne s'en
servent pas comme d'une criture usuelle. L'criture vulgaire phontique
est nomme hira-gana. Elle se dcompose en quarante-huit syllabes comme
le kata-gana, mais ce qui la rend bien plus complique, c'est que chacun
de ces quarante-huit sons possde, par des emprunts faits au sosho, un
grand nombre de synonymes, parmi les caractres destins  le
reproduire. Enfin quelque compliqu que soit l'hira-gana, cet alphabet
prouve chez les Japonais un rare bon sens, et une activit intelligente
qui les pousse vers le progrs, en chappant  la routine asiatique. Ces
qualits se retrouvent dans leur littrature vulgaire, dont la verve
n'pargne pas plus le privilge que les ridicules de la vie populaire.

Les Japonais prsentent le grand spectacle d'un peuple vivant et
progressif, au milieu de la torpeur asiatique, d'un peuple qui veut
avant tout s'instruire et s'amliorer, et qui, quoique plac au fond de
cet extrme Orient tout repli sur lui-mme, ne repousse aucun matre.
Avec la grandeur individuelle qui les caractrise, les Japonais
pourront conqurir une forme sociale qui compltera l'expansion de leurs
qualits. Ils ont des abus  corriger, des cruauts  adoucir, mais
qu'ils sachent profiter de l'lment occidental, qui s'est fait jour
dans leur civilisation, et ils trouveront, dans ce nouvel lment, un
levier puissant  la disposition d'une action intelligente.




VII.

LE JAPON PAR RAPPORT A L'EUROPE.


Sans nous occuper du point de vue d'quilibre politique dont la
considration n'offre aujourd'hui aucune opportunit, il nous reste 
voir quelles ressources et quels avantages le Japon prsente 
l'Occident, sous le rapport industriel et commercial. Par le nombre et
la densit de ses habitants, l'empire du Soleil Naissant nous ouvre un
vaste dbouch pour l'importation d'un grand nombre de nos produits; par
la richesse du sol, et l'industrie des indignes, ce pays peut nous
donner en change de prcieuses marchandises d'exportation vers
l'Europe. Sa population parat tre de 40 millions d'habitants rpandus,
en presque totalit, sur les trois grandes les de Nippoune, Sikokou et
Kioushiou, et sur un grand nombre de petites les latrales. Ce groupe,
en y comprenant l'le de Yesso, s'tend depuis l'le de Yakoumosima,
jusqu'au dtroit de La Prouse sur 15 degrs de latitude nord. L'empire
japonais entier, depuis le sud du groupe Liou-Tshou, jusqu'au nord des
Kouriles mridionales, prsente une superficie value  190,000
kilomtres carrs, et se prolonge sur vingt-cinq degrs de latitude.
Noter ce fait, c'est noter des diffrences de climats et comme
consquence une diversit de productions naturelles.

L'aspect du sol est essentiellement plutonique. La nature est
accidente, et l'eau, qui circule partout en abondance, aide  la
fertilisation d'une terre pourvue de puissants lments de production.
Dans ce milieu volcanique il n'y a pas lieu de s'tonner des gisements
considrables de soufre que l'on rencontre au Japon. L'or y est
trs-abondant, et si l'on en croit ce que disent  cet gard les
indignes, aucun pays au monde n'en possderait autant. Ce dire n'est,
du reste, pas invraisemblable; l'on peut facilement y ajouter foi, en se
rappelant que l'or ne valait, pour les Japonais, avant l'action de
l'influence trangre, que quatre fois son poids d'argent. Ce dernier
mtal se rencontre galement en de trs-riches minerais. Le gouvernement
japonais a, dit-on, le monopole des mines d'or, d'argent et de cuivre.
Loin d'encourager l'exploitation de ces mtaux, il craint une trop
grande production et semble considrer les gisements de mtaux prcieux
comme une rserve  laquelle il n'est permis de toucher qu'au fur et 
mesure des besoins; le contact europen suffira pour convertir les
Japonais  des ides conomiques diffrentes. On sait que la plus grande
partie des bnfices que faisaient les Hollandais relgus  Dcima
taient raliss sur l'exportation du cuivre dont le Japon possde de
grandes quantits. On y trouve du plomb, du charbon de terre, du fer en
abondance. Enfin d'aprs tous les renseignements que l'on peut
recueillir, il parat que le Japon est un pays exceptionnel sous le
rapport du nombre et de la richesse de ses mines. Du sein d'une terre
aussi abondamment minralise, s'lvent des eaux chaudes et froides,
charges de principes divers dont les vertus curatives sont employes au
Japon sous forme de bains et de boissons. Les entrailles de la terre
japonaise reclent encore un autre genre de richesse, car on y trouve de
magnifiques pierres de construction, que les habitants n'osent gure
employer par crainte des tremblements de terre, mais dont une science
plus parfaite pourrait certainement tirer parti, mme dans ces
circonstances dfavorables. Si les Japonais ont besoin d'ingnieurs et
de professeurs en architecture, il n'en est pas ainsi vis--vis du
kaolin, de la prcieuse terre  porcelaine, qu'ils savent employer d'une
faon remarquable. On trouve encore au Japon du cristal de roche, du
jaspe et des agates. Il est trs-probable qu'une tude scientifique de
la minralogie de ce pays mettrait au jour bien des corps utiles que les
Japonais ne savent pas isoler. En tout cas, la part est belle; les
divinits tnbreuses semblent avoir entass pour les fils du Soleil
Naissant, leurs principales richesses, et si nous quittons leur empire
pour rechercher dans les profondeurs des mers quels trsors reclent ses
eaux, nous verrons la perle, le corail, l'ambre gris, une grande
quantit de poissons dlicats, la baleine dans le nord. Ces dernires
richesses sont d'une importance majeure au Japon, car les Japonais,
comme les autres peuples de l'extrme Orient, se nourrissent presque
exclusivement de poisson et de riz.

Le sol japonais est aussi prodigue de trsors que les entrailles de la
terre et les profondeurs des eaux. La principale production est le riz,
dont la culture donne  la campagne un aspect particulier par la
multitude de canaux qui divisent le terrain. L'exportation de cette
denre est prohibe, pour en conserver la valeur accessible aux basses
classes. Une autre source de richesse rside dans la culture de la soie,
et dans la soie produite, on trouve, au dire des experts, une qualit
qui est la plus belle de l'Orient. Parmi les principales autres
productions vgtales on remarque le th, le coton, le camphre, le
tabac, la cire vgtale, la noix de galle, et le sucre dans le sud. Les
ths japonais sont naturels; c'est pourquoi les ngociants trangers les
expdient d'abord en Chine, pour y recevoir les prparations que les
Chinois font subir  leurs ths et auxquelles les consommateurs
europens sont habitus.

Les Japonais apportent  la culture un tel soin et une telle
intelligence, qu'ils provoquent mme l'admiration des Chinois passs
matres en ce travail. Ils connaissent bien l'emploi des engrais, et
sont jardiniers aussi habiles qu'agriculteurs intelligents. Le jardinage
de luxe est chez eux en grande estime; les fleurs et les arbustes rares
sont l'objet d'un commerce intrieur. Au milieu d'une population aussi
dense que l'est celle qui habite ce pays, chaque coin de terre doit
produire une utilit, ou pour le moins un agrment. Tout site accessible
 l'homme y est, dit-on, l'objet d'un travail actif; ce que j'ai pu voir
par moi-mme me le fait aisment croire. Envisags comme industriels,
les Japonais apportent  leurs travaux le soin et l'intelligence qui
font partie de leur nature. Ils possdent quelques spcialits dont les
produits sont remarquables. Leurs objets de laque sont de toute beaut
et suprieurs  tout ce qui est fait en ce genre. Leurs tissus de soie
ne valent peut-tre pas les produits similaires de la Chine, mais les
porcelaines japonaises peuvent soutenir toute comparaison par la finesse
de la pte, l'lgance des formes, l'clat des couleurs et l'harmonie
des dessins. Les Japonais sont de vritables artistes en bronze, qu'ils
savent ciseler avec une perfection et une patience incroyables. Ils
manient, en gnral, parfaitement les mtaux; et leurs sabres, quoique
lourds, sont remarquables par la duret de l'acier, la finesse du poli,
le tranchant de la lame, et le travail artistique de la poigne et du
fourreau. Ce got, qui se fait galement sentir dans leur talent
d'mailleur, accuse chez les Japonais des besoins de civilisation
lgante en contraste avec la simplicit relle de leurs moeurs. Ceci
n'est pas un des cts les moins intressants du caractre japonais qui
trouvera, dans les relations trangres, l'occasion de s'affirmer
dfinitivement dans sa voie spciale de civilisation, comme individu et
comme socit.

Ce qui prcde indique brivement les principaux produits que nous
pouvons demander aux Japonais; par contre nous en avons plusieurs  leur
fournir. Parmi ces derniers, quelques-uns nous sont spciaux, mais la
plupart, sans nous tre particuliers, sont obtenus dans notre
civilisation  un prix contre lequel les Japonais ne peuvent lutter.
Dans cette classe, dont les articles s'adressent aux ncessits les plus
usuelles de la vie rentrent les tissus de laine et de coton, les
camelots, quelques soieries, satins et velours, qui sont raliss  des
prix avantageux pour les vendeurs europens comme pour les acheteurs
indignes. Nos toffes chaudes de laine et de velours communs prsentent
encore aux habitants du Japon une spcialit d'usage et d'conomie
qu'ils ne peuvent remplacer; car leur industrie ne leur fournit, pour
s'abriter contre le froid, que des vtements lgers qu'ils multiplient
sur eux, ou des toffes ouates qui leur reviennent plus cher et leur
durent moins longtemps. Ces articles trouvent ainsi au Japon un dbouch
dont l'importance deviendra chaque jour plus grande par suite des
habitudes contractes et de l'usage qui se propage, sous l'impulsion des
avantages raliss. Les articles de mercerie, le fil, les aiguilles, les
boutons, dont les Japonais ignoraient l'usage, les objets de fabrique
connus sous le nom d'article de Paris, les cuirs travaills entrent
aussi dans la consommation ordinaire, ainsi que les glaces, les vitres,
les verreries. Le commerce tranger fournit encore au Japon des
mdicaments, des produits chimiques et pharmaceutiques, des matires
colorantes pour la teinturerie, des instruments de science et de
prcision, des instruments de chirurgie, ainsi que des livres
scientifiques, des armes, de la coutellerie et de la quincaillerie.
L'horlogerie donne lieu au Japon  un commerce trs-actif entre les
indignes et les Europens. Dans les produits d'un autre genre, se
trouvent l'eau-de-vie, les vins doux, les liqueurs sucres, le vin de
Champagne, d'un intrt tout franais, les huiles, les pices, les
ginsang et les drogues asiatiques, qui, sans provenir d'Europe, peuvent
intresser la navigation europenne, de mme que tous ces produits
alimentaires dont les Chinois sont friands et que les Japonais
recherchent galement; ce sont surtout: le poisson sec, les hutres
sales, les herbes marines, les champignons, les pois, la colle de
poisson, les ailerons de requins, les nids de salanganes, les
holothuries, etc.

Ces principales indications suffisent pour montrer l'importance des
changes qui intressent l'industrie, le commerce et la navigation. Si
les mtaux prcieux, qui forment l'une des principales richesses du
Japon, ne sont pas, aujourd'hui, rangs parmi les objets d'change, ce
rsultat des restrictions imposes par le gouvernement, dans la crainte
de voir son pays inond d'une trop grande masse de numraire, devra
changer  la suite de l'impulsion nouvelle de production et d'coulement
provoqus par les trangers. Les Japonais s'apercevront qu'il y a, en
dfinitive, profit  livrer une marchandise qui leur cote moins qu'aux
autres peuples, et dont ils sont abondamment pourvus. Mais pour en
arriver  ce but, il faut activer l'importation de nos produits et de
nos services, rendre ainsi le travail des mines ncessaire pour solder
les achats. Ce rsultat sera prcieux, vis--vis de l'tat actuel du
commerce europen avec les Indes orientales et la Chine.

Le mouvement du commerce extrieur au Japon n'a pas encore pris les
allures franches d'intrts particuliers libres dans leur expression. Ce
mouvement accus officiellement pour l'anne 1862 reprsente 52 millions
de francs, dont 37 appartiennent  l'exportation. Ces chiffres sont
rendus douteux par une contradiction que les documents officiels
constatent sans explication; car aprs avoir, dans le tableau gnral,
indiqu l'exportation des soies crues pour une valeur de 32,528,000
francs, ils notent 20,000 balles de soie  2,500 francs en moyenne,
exportes dans cette mme anne, ce qui reprsente pour l'exportation
seule de la soie une valeur de 50 millions. Le th est, aprs la soie,
l'article le plus important; il se trouve  l'exportation pour un total
de 3,402,000 francs.

L'importation est principalement reprsente par 7 millions d'tain et
de plomb, et 6 millions de camelots, toiles, cotonnades et cotons en
cheveaux.

La France n'entre dans ce commerce que pour 703,000 fr.  l'importation
et 1,569,000 fr.  l'exportation. La plus grande part appartient 
l'Angleterre, pour une valeur totale de 37,620,000 francs. Ces chiffres
sont faibles, vis--vis d'une terre qui donne tant d'esprances. Mais il
faut remarquer qu'il y a progrs constant depuis le dbut commercial; en
1863 le commerce extrieur a t de 88 millions dont 63 d'exportation et
24 d'importation. Le Japon ne pourra d'ailleurs raliser les esprances
conues que le jour o les intrts privs seront seuls en prsence.

D'aprs le trait de paix, d'amiti et de commerce sign  Yedo le 9
octobre 1858, entre la France et le Japon, les villes et ports de
Hakodadi, Kanagaoua et Nangasaki devaient tre ouverts au commerce et 
la rsidence des Franais,  dater du 15 aot 1859. Ensuite devait tre
faite l'ouverture de quatre autres ports et villes  des poques
dtermines: le 1er janvier 1860 tait fix pour l'ouverture de Nigata,
ou d'un autre port sur la cte ouest de Nippoune, dans le cas o cette
ville n'aurait pas un port reconnu d'accs convenable. L'ouverture de
Yedo tait marque au 1er janvier 1862, et enfin Shiogo et Osaka le
1er janvier 1863. Ds le principe, Kanagaoua fut chang contre
Yokohama, plac  ct sur la mme baie, et dont les navires peuvent
approcher davantage. Le port de Nigata fut dclar impraticable; mais
nous voici en l'an 1865, et nous en sommes encore rduits aux trois
villes de Nangasaki, Yokohama et Hakodadi. De ces trois points, Yokohama
forme la station la plus importante, et c'est l que se concentrent
presque toutes les affaires.

On pourrait supposer que le mouvement commercial serait plus important,
si les quatre ports qui devraient tre ouverts l'taient en effet.
Mais, serait-il rellement de notre intrt, en admettant de notre ct
le droit d'exiger l'ouverture de ces ports, de poursuivre violemment
l'excution des engagements, au lieu d'en rechercher la ralisation par
l'habitude des rapports bienveillants et avantageux pour les deux
partis? Tout ce qui prcde vient aboutir ici pour rpondre  cette
interrogation. Je ne m'arrterai pas sur la question de droit, car dans
la lettre du trait est exprim un engagement formel qui lie le
gouvernement japonais, je ferai simplement remarquer que cet engagement
se complique de circonstances qui lui enlvent son caractre absolu. En
effet, c'est la prsence des trangers, qui elle-mme a amen les
complications qui momentanment entravent le gouvernement dans la
ralisation de ses promesses. Nous ne pouvons donc pas nous montrer par
trop svres pour un tat de choses dont nous sommes nous-mmes la
cause; surtout si nous nous rappelons la manire dont a t pos le
principe de l'admission trangre en prsence de la flotte et des
canons du commodore Perry. Une seule raison pourrait nous permettre de
poser notre droit dans toute sa rigueur, ce serait la mauvaise foi du
gouvernement takounal. Sur ce point, nous sommes suffisamment difis
par la connaissance des pouvoirs publics au Japon, par l'intrt mme du
takoune et par la franchise de plusieurs actes importants de son
gouvernement. Cette franchise se montre dans la communication qui fut
faite par les ministres de Yedo d'un dcret d'expulsion lanc par le
mikado contre les trangers et notifi  la cour de Yedo, qui, tout en
protestant, faisait, dans une dmarche pnible, l'aveu de son rle
secondaire. Cette mme nettet d'action se retrouve dans l'initiative
que prit le gouvernement takounal de faire retirer au mikado son
dcret, ce qui eut lieu  la suite d'une grande assemble de la noblesse
runie en octobre 1863  Osaka. Enfin le fait le plus significatif se
passa, ce printemps dernier,  Paris, o les ambassadeurs japonais
engagrent le takoune avec l'Europe contre un prince japonais. Cet
engagement fut en effet excut dans la part que prit la cour de Yedo 
la dmonstration allie contre le prince de Nagato.

De ces considrations, il rsulte que nous n'avons certainement pas le
droit de nous montrer violents dans la revendication absolue des
privilges que nous concdent les traits. En admettant mme que notre
droit ft absolu et hors de toute discussion, notre intrt particulier
nous conseillerait encore, pour conqurir et tendre notre position, de
n'user que de persuasion vis--vis du peuple et de Yedo, et de n'user de
rigueur que d'accord avec le takoune. Ce rsultat reste le mme,
quelles que soient nos proccupations de conqute ou de sympathie. Que
nous envisagions l'intrt colonial au point de vue de la supriorit de
race qui procde par substitution, ou bien, au contraire, sous le
rapport des relations sympathiques qui procdent par union, cet intrt
nous dictera toujours la mme conduite d'changes, de services et
d'alliance takounale. En parlant de l'intrt colonial dirig par
l'esprit de conqute, il ne s'agit videmment pas ici d'un refoulement
immdiat et complet, mais comme un caractre se retrouve dans chaque
dtail d'une action qui mane de lui, il n'est pas hors de propos de
l'envisager franchement et dans son entire expression. Sous ce rapport
nous dirions que le systme de substitution ralise un intrt plus
immdiat, mais que son triomphe complet serait un malheur par
l'immobilit et la dsorganisation qu'amnerait l'expansion exclusive
d'une seule tendance; les peuples ont chacun leur aptitude spciale, et
de cette diversit d'aptitude, aussi ncessaire  l'harmonie sociale que
la diversit des couleurs  l'harmonie de la lumire, nat le mouvement
qui conduit au progrs. Du reste, quoi qu'il en soit des consquences,
le fait ne pourrait, dans notre intrt, se produire, mme
partiellement,  cause de l'loignement de cette nation, du nombre de sa
population, et enfin du courage et de l'intelligence qui distinguent le
peuple japonais.

Toute violence qui pourrait runir la nation entire contre l'tranger
ne trouverait donc pas de compensation, mme au point de vue
d'envahissement. Le systme oppos qui cherche l'expansion en conservant
et dveloppant le gnie spcial de chaque peuple, ne trouverait,  plus
forte raison, aucune satisfaction possible dans la voie de lutte. La
politique propose est ainsi la seule possible, et c'est  son abri que
nous devons rechercher notre intrt avec et dans l'intrt japonais.
Notre but doit tre d'aider au dveloppement naturel de ce peuple, dans
son gnie spcial, et de retrouver chez lui de nouveaux lments
d'activit pour nous-mme. Sa situation empche toute jalousie de notre
part; il nous est donc facile de rester dans les limites traces par la
raison. Le moyen sera l'alliance avec le takoune, et l'emploi de la
force d'accord seulement avec les actes de son gouvernement. Il a tout
intrt  se mettre  la tte d'un mouvement dont la consquence sera
pour lui-mme une augmentation de puissance, qui le rendra l'arbitre
souverain du Japon. L'indcision de notre politique peut seule le faire
hsiter. A l'abri de l'alliance takounale, les intrts pourront se
rapprocher et s'tendre; les rapports commerciaux amneront des rapports
industriels avec le magnifique horizon des richesses minralogiques et
agricoles; deux civilisations pourront alors,  travers les mers
immenses et des peuples engourdis, se donner la main avec confiance, et
se prter un mutuel concours dans le dveloppement de leurs socits.


FIN.





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