Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

Author: Various

Release Date: April 28, 2011 [EBook #35988]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre 1905

[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]

[Supplment de ce numro: gravure hors texte en couleurs, ETUDE, par
Albert Besnard.]

L'ILLUSTRATION _Prix du Numro: 75 Centimes._ SAMEDI 7 OCTOBRE 1905 _63e
Anne-N 3267_

[Illustration: Gnral von Gay S. M. Guillaume II Princesse
Frdric-Charles de Hesse. General von Plessen. Autour du pavillon
imprial, pendant une pause. AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES]



LES SUPPLMENTS DE _L'ILLUSTRATION_

PICES DE THTRE

Les _Supplments de thtre de L'ILLUSTRATION_ ont pris, depuis quelques
annes, une importance considrable. Lire chez soi, si loin de Paris
qu'on habite, aussitt aprs leur premire reprsentation, les oeuvres
dramatiques nouvelles, dont tout le monde parle et qu'on ne pourra
entendre et applaudir que plus tard, c'est un des plus grands plaisirs
intellectuels que l'on puisse prouver. Le journal qui le procure  ses
abonns ne saurait leur offrir une plus belle prime gratuite.

Nos lecteurs seront, cette anne, mieux encore que les prcdentes, 
mme de suivre la production dramatique, car nous leur offrirons, 
partir du 14 octobre, les pices suivantes, dont la liste, par noms
d'auteurs, forme comme un vritable rpertoire des premiers crivains de
ce temps:

HENRY BATAILLE.--_La Marche nuptiale_ (Vaudeville). HENRY
BERNSTEIN.--_La Rafale_ (Gymnase).
_La Patronne_ (Odon). BRIEUX.--_La Franaise._
_Les Hannetons._
A. CAPUS.--_Les Passagres_ (Renaissance),
A. CAPUS et L. DESCAVES.--_L'Attentat_ (Gat).
FRANCIS DE CROISSET.--_Paris-New-York._
LUCIEN DESCAVES.--_Le Lien_ (thtre Antoine).
MAURICE DONNAY.--_Paratre_ (Comdie-Franaise).
_Pquerette_ ou _les Etrennes_ (thtre Antoine).
LEON GARDILLOT.--_Vers l'amour_ (thtre Antoine).
PAUL HERVIEU.--_Le Rveil_ (Comdie-Franaise).
HENRI LAVEDAN.--_Le Got du vice_ (Gymnase).
JULES LEMAITRE.--_Bertrade_ (Renaissance).
DANIEL LESUEUR--_Le Masque d'amour_ (thtre Sarah-Bernhardt).
CATULLE MENDS.--_Glatigny_ (Odon).
_Sainte Thrse_ (thtre Sarah-Bernhardt).
GEORGES MITCHELL et JACQUES BASCHET.--_Florise Bonheur_, d'aprs le
roman d'ADOLPHE BRISSON (Odon).
MOUNET-SULLY et PIERRE BARBIER.--_La Vieillesse de don Juan_
(Comdie-Franaise).
JEAN RICHEPIN.--_Don Quichotte_ (Comdie-Franaise).

A cette liste viendront s'ajouter encore, au fur et  mesure de leur
reprsentation, d'autres oeuvres dramatiques que leur succs ou leur
haute valeur littraire recommanderont  notre choix.

SUPPLMENTS D'ART EN COULEURS

Nos gravures hors texte, en couleurs, tires en fac-simil de tableaux
de matre et remmarges sur papier teint, ont obtenu un succs
considrable,  en juger par les demandes qui nous parviennent
journellement et que nous ne pouvons pas toujours satisfaire, car nos
numros s'puisent rapidement.

Nous allons dornavant multiplier ces gravures qui, encadres ou
conserves en portefeuille, formeront bientt une collection inestimable
d'oeuvres d'art, une sorte de galerie des chefs-d'oeuvre modernes.

Nous publions aujourd'hui la reproduction d'une merveilleuse tude
d'Albert Besnard.

Nous donnerons ensuite des oeuvres de:

Jules Lefebvre, Roybet, Juana Romani, Fritz Thaulow, Marcel Baschet,
Boudin, Geoffroy, Caro Delvaille, Ernest Laurent, L. Sabattier, Georges
Scott, et nous continuerons la srie humoristique des scnes de la vie
parisienne, d'Albert Guillaume.

Notre NUMRO DE NOL, en prparation, dont nous avons demand, cette
anne, la couverture au matre joaillier Ren Lalique, sera
particulirement somptueux et ne contiendra pas moins de sept hors texte
en couleurs. Il sera mis en vente, le 2 dcembre, au prix habituel de 2
fr. 50. Tous les abonns, sans exception, le recevront gratuitement,
comme les supplments de thtre et les gravures hors texte.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Internat ou externat? Je vois que la question proccupe. Plusieurs
correspondants inconnus m'ont crit  ce sujet d'amusantes lettres.
L'une d'elles m'est adresse par un papa (c'est le substantif dont il
la signe), qui veut bien approuver mes rcentes observations sur
l'ducation des garons, et qui ajoute:

... Il faut essayer d'tre juste en tout. Si le rgime de l'externat
prsente des avantages nombreux, je lui reconnais quelques inconvnients
graves, notamment celui de fournir au rgiment d'assez dplorables
troupiers. Les hommes de mon ge, levs pour la plupart au bahut,
quittaient le dortoir pour la chambre et ne semblaient pas souffrir
outre mesure d'un rgime qui n'tait, en somme, que la continuation de
l'internat dont ils avaient l'habitude. Nous passions du lyce au
rgiment comme on passe d'un lit d'htel dans l'autre, sans en ressentir
cette impression de dpaysement, d'touffement, si je puis dire, dont se
plaignent aujourd'hui nos fils.

 C'est qu'ils ont fait au lyce, comme externes, un apprentissage
prcoce de la libert. Ils ont vcu, dans leurs familles, une vie
facile, infiniment douce quelquefois; ils n'ont connu ni les troites
couchettes, un peu dures, o leurs papas avaient dormi (et fort bien, je
le jure!), ni les menus, un peu monotones et dpourvus de raffinement,
des rfectoires de l'_Alma mater_. Nous portions la mme tunique un an
de suite;  seize ans, mon fils a des notes de tailleur qui m'effarent.

 Aussi la vie militaire apparat-elle comme une trs douloureuse et
trs humiliante preuve aux petits bourgeois de maintenant. Ils sont, au
rgiment, beaucoup mieux traits, de toutes les faons, que ne le furent
leurs anciens, aux temps dj lointains du volontariat. On les nourrit
mieux; on les fatigue moins; et je pourrais, madame, vous citer une
caserne (dans les Vosges) o j'ai vu nos troupiers passer sous la douche
aprs l'exercice, puis chausser des _pantoufles_ et prendre le th.
Vains gards; politesses inutiles! J'ai dans ma famille deux jeunes gens
de la classe qui partiront pour le rgiment dans quelques jours. Ils
vont l comme on va au martyre; et dj la perspective de cette anne de
dtention affole leurs pauvres mres. Tout cela n'est-il pas un peu
comique, et doit-on considrer comme dcidment parfaite l'ducation
familiale qui produit de ces effets-l?

Autre lettre. Celle-ci est d'un philosophe joyeux, qui prend--un peu
ironiquement--son parti des moeurs nouvelles.

... La mode est, en effet, m'crit mon correspondant, de donner  nos
enfants plus de libert qu'on n'en donnait  ceux d'autrefois. Mais
cette mode n'est-elle point l'effet d'un tat d'esprit nouveau--d'une
sorte d'horreur des disciplines anciennes qui svit sur les grandes
personnes aussi bien que sur les enfants et dont les matres les plus
vnrs donnent l'exemple  leurs lves? Car enfin nos potaches ne sont
pas seuls, madame,  ne vouloir plus entendre parler d'internat. M.
Lavisse n'accepta nagure la direction de l'cole normale qu' la
condition qu'on ne l'obliget point  y coucher... Plus rcemment, M.
Bonnat, nomm directeur de l'cole des beaux-arts, dcidait galement
d'y laisser vide l'appartement de son prdcesseur. Plus rcemment
encore--M. Thodore Dubois ayant pris sa retraite et abandonn le
logement (peu commode et pas joli, je le reconnais) qu'il occupait au
Conservatoire--M. Gabriel Faur, son successeur, notifiait aux pouvoirs
publics son dsir de n'y point loger. M. Gabriel Faur, comme M.
Choufleury, restera chez lui,--boulevard Malesherbes. Tous externes!

Est-ce un bien? Est-ce un mal? Je vous laisse, madame, le soin d'en
dcider...

Jamais de la vie! Mon incomptence est absolue en d'aussi dlicates
matires.

Mais je connais une femme qui, si cette question lui tait pose,
n'hsiterait point  y rpondre. C'est la reine Ranavalo.

Ces hommes illustres ont raison, dirait-elle. Il n'est si glorieux ni
si confortable logis d'o l'on ne soit heureux de dcamper, quand c'est
par ordre ou par devoir qu'on l'habite. Et c'est pour cela que j'prouve
tant de joie  m'chapper de temps en temps de la jolie case algrienne
o m'ont installe mes vainqueurs, pour venir respirer l'air de Paris ou
de sa banlieue.

Elle a eu d'ailleurs une trs bonne presse, cette petite reine dchue,
et son retour en France a t salu fort gentiment par tout le monde.
Les reporters parisiens l'ont interviewe sans ironie et les bonnes gens
de Saint-Germain, sur son passage, ont t leurs chapeaux. Visiblement,
cette femme est populaire. La foule franaise, qui a si bon coeur,
respecte en elle une vaincue qui ne fait point de bruit et chez qui la
rsignation se rehausse d'une sorte d'lgance, de dignit souriante et
un peu sauvage... Au surplus, il me semble que, cette anne surtout,
elle a (sans s'en douter) bien choisi le moment de visiter Paris. Elle y
arrive au lendemain d'vnements dont le monde colonial s'est fort mu
et qui y ont dchan de lamentables polmiques. Elle a trouv dans nos
journaux--si on les lui lit--de graves nouvelles: Brazza mort  la
tche, Gentil malade et diffam, deux chefs blancs frapps par la
justice pour l'usage criminel qu'ils avaient fait l-bas de leur
puissance... Et elle a pu penser qu' Madagascar, aussi bien qu'au
Congo, certaines victoires se payent cher, et que, mme en face de
sauvages dsarms, le mtier de conqurant n'est pas rose tous les
jours.

Je ne dis pas qu' cette pense Ranavalo, qui est une personne sans
mchancet, se rjouisse. Mais, simplement, elle compare... Prisonnire,
elle observe ses geliers, les coute, retient le rcit de leurs
dboires et, sans doute, y trouve de quoi se consoler de sa propre
infortune.

Et puis cette terrasse de Saint-Germain, sous le soleil d'automne, est
tellement jolie! Et le tumulte de la rentre fait de nouveau nos
boulevards si amusants! N'y a-t-il pas aussi les magasins de nouveauts,
dont la dernire page des journaux nous annonce les grandes
expositions d'hiver? Ranavalo est femme; pourquoi tant d'occasions
exceptionnelles ne la sduiraient-elles point? Pourquoi, toute reine
qu'elle est (ou qu'elle fut) ne se sentirait-elle pas, comme nous
toutes, tente, attire presque irrsistiblement par ce vertige du grand
magasin: bousculades, abondance ferique de tout ce qui peut amuser la
curiosit d'une femme, exciter sa coquetterie, satisfaire ou,
simplement, renseigner son got; prvenances exquises de vendeurs qui
semblent donner ce qu'ils vendent; droit de toucher  tout et de faire
du dsordre dans tout ce qu'on touche; d'acheter aujourd'hui ple-mle,
et pour rire, mille choses inutiles qu'on rendra demain? Ranavalo,
pour sr, tait au Louvre lundi dernier;  moins que ce ne soit au Bon
March, ou bien aux Galeries Lafayette, ou au Petit-Saint-Thomas, ou au
Printemps; et pour sr, en sortant de la cohue, un peu grise de bruit
et de poussire, elle a pens: Il n'y a que Paris!


Tous et toutes le pensent,--rois ou reines, princes et princesses de
partout. Le roi Jean de Bohme, il y a cinq sicles et demi, le pensait
dj. Il avait mari sa soeur  la cour de France; et, quand son fils
fut devenu un grand garon, c'est  Paris, disent les historiens, qu'il
l'envoya, pour y apprendre les manires courtoises. On a beaucoup
parl, depuis huit jours, de ce Jean de Bohme,  propos d'un monument
rig  sa mmoire sur le champ de bataille de Crcy, o il tomba. J'ai
mme lu quelques jolis discours prononcs  cette occasion par des
savants franais, par des Tchques, par des Luxembourgeois, descendants
fidles des sujets de Jean l'Aveugle. Mais pourquoi l'Angleterre
n'tait-elle point convie  cette crmonie? J'aurais trouv cela poli,
presque spirituel, trs parisien; et pour l'Anglais lui-mme, il y
avait l une si gentille et si facile allocution  prononcer:

Messieurs, nous avons t vos vainqueurs  Crcy. Nous vous en
exprimons nos regrets. A cinq sicles et demi de distance, on ne peut
pas tout prvoir. Vous glorifiez aujourd'hui la mmoire d'un homme qui
mourut hroquement ce jour-l, en se battant, au service de votre roi,
contre le ntre. Nous saluons, comme vous, ce souvenir; et nous vous
prouvons par l que nous ne vous gardons rancune ni du mal que nous vous
avons fait en 13-16, ni des petits ennuis que vous-mmes avez pu nous
causer ultrieurement. Le temps marche; une entente cordiale a succd
aux haines d'autrefois; et cela nous enseigne que, de peuple  peuple,
on ne devrait jamais se dtester ou se chrir qu'avec prcaution.
Messieurs, veuillez oublier douard III. C'est douard VII qui vous en
prie...

On et, aux sons de _la Marseillaise_, acclam l'Anglais, et c'et t
la vraie moralit de cette petite fte.

SONIA.



UNE OEUVRE D'ALBERT BESNARD TUDE

Nous avons enregistr ici le trs franc succs qu'obtint, l't dernier,
l'exposition d'ensemble de l'oeuvre de M. Albert Besnard ouverte, en mai
et juin, aux galeries Georges Petit. Mme ceux qui connaissaient le
mieux et aimaient l'artiste, ceux qui avaient suivi, depuis tant
d'annes, ses attachantes recherches, demeurrent merveills devant
l'opulente souplesse de ce talent personnel, dlicat et fort. Et quant 
ceux qui souriaient jadis, devant le _Portrait de Mme Roger Jourdain_ et
plaisantaient si spirituellement cette femme jaune, comme on l'appela,
ils s'tonnaient, confus un peu, d'avoir quelque temps mconnu et
malmen un si beau peintre. Ce fut l'clatante rparation, survenant 
temps, cette fois, par exception.

L'oeil, crivions-nous alors, rendant compte de l'exposition, est
envelopp de caresses oublies depuis que Rubens, Goya, Delacroix ont
cess de peindre. Et ces rapprochements n'apparurent  personne
excessifs ou impies.

Devant la blonde et claire figure que nous avons reproduite ici, ceux
qui n'ont pu voir l'exposition dernire, o vingt autres, cent autres,
toutes fraches et saines, et lumineuses  l'envi, se groupaient,
pourront comprendre l'enthousiasme qui se fit jour alors. Car cette
_Etude_, dore de tides rayons, caresse d'air fluide, cette soyeuse
chevelure o jouent les reflets, ces paules frissonnantes, o la vie
circule, ces joues duvetes, avives par l'afflux d'un sang jeune et
gnreux, ce beau dcor de verdure luxuriante et d'eaux fraches qui
forme fond, tout cela caractrise et rsume les qualits matresses de
M. Albert Besnard, le culte passionn de la couleur, la dlicatesse, de
la vision, la sduisante lgance du dessin, l'harmonie et la
distinction, enfin.



L'INCIDENT DE MISSOUM-MISSOUM EN ROUTE POUR LE CONGO

[Illustration: M. Winckeller. Ct Moll. A BORD DU PHILIPPEVILLE.--Le
commandant franais Moll et le dlgu allemand Winckeller, quittant
Anvers pour aller participer aux travaux de dlimitation du Congo-Chari
franais et du Cameroun allemand.]

L'incident de Missoum-Missoum, dont _L'Illustration_ a expos les
origines dans son numro du 2 septembre, a dmontr les ncessits de
dlimiter rigoureusement les possessions franaises du Congo-Chari et
les possessions allemandes du Cameroun. C est la une tche longue et
laborieuse, car il s'agit de relever plus de 2.000 kilomtres de
frontires  travers un pays difficile; on estime qu'elle peut durer
deux ans. La haute direction de la mission charge de la remplir, pour
la France, a t confie au commandant Moll, de l'infanterie coloniale,
brevet d'tat-major, un des plus jeunes officiers suprieurs de l'arme
(il n'a que trente-trois ans), qui a dj fait ses preuves comme
topographe et comme ngociateur, lors de la dlimitation des possessions
franaises et anglaises entre le Niger et le lac Tchad.

Accompagn du lieutenant Maille et de l'enseigne de vaisseau d'Ardignac,
il a quitt Anvers le 28 septembre,  destination de l'Afrique,  bord
du paquebot faisant le service de la malle congolaise, o s'taient
galement embarqus deux commissaires allemands. Au moment du dpart,
auquel assistait une foule norme masse sur les quais, le commandant
Moll et l'un des dlgus trangers, M. Winckeller s'entretenaient
cordialement, disposs  accomplir du meilleur accord possible leur
commune besogne.



LA REINE RANAVALO A PARIS

[Ranavalo. La reine Ranavalo, entre sa tante et sa nice, dans le salon
de sa nouvelle rsidence  Saint-Germain-en-Laye.]

Avec la permission,--indispensable!--du gouvernement franais, Ranavalo,
reine dtrne de Madagascar, vient de nouveau passer quelque temps en
France. Elle s'est installe avec sa nice, la petite princesse
Marie-Louise, et deux gouvernantes, dans une maison de famille bien
paisible, bien bourgeoise, de Saint-Germain, 3, rue Franklin, 
proximit de la fort et de la gare. Elle y occupe un petit appartement
de cinq pices, trs simple, avec des chambres meubles de pitchpin, un
salon d'acajou de velours grenat,  bandes de tapisserie. Elle dclare
s'y trouver fort bien.


NOTES ET IMPRESSIONS

Celui qui n'a pas de philosophie au milieu des misres d'ici-bas, c'est
un homme qui va tte nue sous une averse. CLAUDE TILLIER.

                                   *
                                  * *

Si les perfectionnements d'armes et de projectiles continuent, il ne
restera plus, aprs une bataille, assez de survivants pour enterrer les
morts. Gnral HAESELER.

                                   *
                                  * *

Il vaut mieux tre chauvin  soixante ans que chauve  trente. V.
SARDOU.

                                   *
                                  * *

La beaut, en somme, c'est l'art de plaire; le reste, c'est de la
gomtrie. MME CAMILLE DUGUET.

                                   *
                                  * *

Les habitants de notre plante ont deux principes irrductibles de
division: la diffrence de couleur de la peau et celle des ides
religieuses.

                                   *
                                  * *

Les esprits les mieux dous, comme les fonds de terre les plus riches,
ne sont mis en valeur qu'au prix de longs sacrifices. G.-M. VALTOUR.



[Illustration: M. Mazas. M. Erzaiz. M. Villamayor. Alphonse XIII. M.
Martos. Duc de Mdiacoeli. M. Bermejillo. Une partie de jeu.]

[Illustration: M. Erzaiz. Alphonse XIII. Marquis de Najera. M.
Bermejillo. Un djeuner intime.]

LE ROI D'ESPAGNE A SAINT-SBASTIEN LES DISTRACTIONS DU ROI D'ESPAGNE

En attendant que la visite du prsident de la Rpublique l'oblige  se
soumettre de nouveau au joug de l'tiquette, le jeune roi d'Espagne mne
la vie libre qui semble tant lui plaire. De temps  autre, une excursion
en automobile l'amne, comme on sait, en France. Entre deux de ces
promenades, grand passionn de sports, le roi fait son tour au tir aux
pigeons de Saint-Sbastien, y djeune ou y lunche, et volontiers, aprs
le repas, prside quelque partie de cartes entre deux de ses familiers,
--marquant au besoin les points avec cette bonne grce, cette
gentillesse, si l'on ose dire, qui lui ont conquis tant de respectueuses
sympathies auprs de tous ceux qui l'ont approch.



[Illustration: Mme Daniel Lesueur. Mlle Nelly Cormon. M. Andr
Calmettes. Mlle Anne Ratecliff.
AU THTRE SARAH-BERNHARDT.--L'auteur et les principaux interprtes du
Masque d'amour pendant une rptition.]

LE MASQUE D'AMOUR

AU THTRE SARAH-BERNHARDT

La premire reprsentation du _Masque d'amour_--dont nous publierons le
texte complet illustr dans un de nos plus prochains numros--va tre un
des vnements artistiques du commencement de la saison thtrale. Le
nom de l'auteur, Daniel Lesueur, le choix des interprtes et jusqu'au
titre, bellement romantique, contribuent  attirer sur cette oeuvre
nouvelle la curiosit du public: nous y rpondons prventivement en
publiant un groupe de l'auteur et de trois des principaux artistes,
pendant une rptition sur le plateau, entre une partie de dcor et le
rideau de fer.



LE MONUMENT D'EUGNE FROMENTIN

M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrtaire d'tat aux Beaux-Arts, prsidait
dimanche,  la Rochelle,  l'inauguration du monument lev  Eugne
Fromentin, peintre et crivain.

[Illustration: Monument d'Eugne Fromentin, par Ernest Dubois,  la
Rochelle.]

Ce monument, est d  la collaboration du statuaire Ernest Dubois et de
l'architecte Patouillard-Demoriane. Sur un ft est pos le buste du
dlicat artiste, drap d'un ample manteau. Une palme s'enroule autour du
socle, devant lequel caracole, comme  la fantasia, burnous flottant,
fusil au poing, un de ces cavaliers arabes que Fromentin a reprsents
dans toutes leurs lgantes et fougueuses attitudes. Devant ce trs
dcoratif monument, le sous-secrtaire d'tat aux Beaux-Arts a prononc
l'loge de Fromentin et lou comme il convenait le peintre du
_Fauconnier arabe_ et l'auteur de _Dominique_, paraphrasant avec bonheur
le mot de Sainte-Beuve: Il a deux muses, il est peintre en deux
langues.

[Illustration: LE DIRIGEABLE LEBAUDY DANS L'ARODROME MILITAIRE DE
TOUL. _Depuis son accident fortuit du camp de Chlons, d  un brusque
coup de tempte, qui ne lui retirait aucune de ses qualits
intrinsques, le dirigeable_ Lebaudy _a t conduit, rpar et regonfl,
 Toul. Notre photographie--document indiscret--montre, dans son nouvel
arodrome--dsormais permanent, assure-t-on--l'arrire du dirigeable
gigantesque dominant la foule des ouvriers qui travaillent  creuser la
cale ncessaire au passage du gouvernail, des moteurs, de la nacelle,
lorsqu'il devra effectuer ses sorties, avec le contrle et sous la
direction effective des autorits militaires. Il est intressant de
constater  ce sujet que la France qui, la premire entre les nations,
employa les sous-marins  la dfense des ctes, va tre aussi la
premire  tudier l'utilisation des ballons dirigeables pour la dfense
des places fortes._]



[Illustration: Installation de notre service photographique sur le
terrain des manoeuvres.]

LES MITRAILLEUSES AUX GRANDES MANOEUVRES ALLEMANDES

Au cours des grandes manoeuvres, l'empereur d'Allemagne et son
tat-major ont observ avec un intrt particulier tout ce qui concerne
les progrs de l'artillerie.

L'importance qu'ils attachent au nouveau canon, dont nous avons
reproduit le modle dans notre dernier numro, ne leur fait pas ngliger
la mitrailleuse, ainsi que l'attestent les documents complmentaires
fournis par notre service photographique.

[Illustration: Pont de bateaux en vue d'un ancien chteau fort en
ruines.]

[Illustration: Les mitrailleuses d'infanterie allemandes en service.]

Les Allemands possdent,  l'heure actuelle, 16 groupes de ces engins (
6 pices, 3 caissons et 80 hommes) et ils on crent de nouveaux tous les
ans. Ces groupes sont affects  des bataillons de chasseurs ou  des
rgiments d'infanterie Nos photographies reprsentent, la premire, une
de ces units en action; l'autre, des servants portant leur pice, sorte
de civire-traneau qui, en temps ordinaire, est fixe sur
l'arrire-train d'une voiture.

La mitrailleuse automatique Maxim de nos voisins emploie les cartouches
d'infanterie, ce qui facilite singulirement le rapprovisionnement.
Celles-ci sont disposes, au nombre de 250, sur un ruban traversant
l'arme. Chaque fois qu'un coup part, le canon, mont sur glissires,
recule et actionne ainsi un mcanisme robuste qui met en place une
nouvelle cartouche et en dtermine ensuite l'explosion, sans que les
servants aient autre chose  faire qu' pointer et  changer de temps en
temps le ruban Aussi obtient-on des vitesses de tir pouvant atteindre
500 coups  la minute au polygone, et 250  300 sur le champ de
bataille. En somme, une mitrailleuse tire aussi vite que 25 fantassins,
beaucoup plus juste  cause de son afft; un groupe allemand avec ses 6
pices, fait donc autant de besogne qu'une compagnie d'infanterie. L. S.

[Illustration: Un pont de bateaux sur le Rhin]

[Illustration: Signaux  bras]



[Illustration: Arcade monumentale inaugure,  Bruxelles, par le roi
Lopold, le 27 septembre.]

A l'extrmit de la rue de la Loi,  Bruxelles, et  l'entre de
l'admirable avenue qui conduit au domaine royal de Tervueren, s'lve un
ensemble de constructions qui abritent le palais ou muse du
Cinquantenaire de l'indpendance de la Belgique. Ce palais prsente, en
faade vers la capitale, deux colonnades en hmicycle que devait relier
et complter, au centre, un motif dcoratif,  la fois arc de triomphe
et porte de ville.

[Illustration: Une partie des chafaudages pendant la construction de
l'arcade monumentale.]

Au printemps de 1904, le roi Lopold conut le dessein de faire achever
le monument,  l'occasion du 75e anniversaire de l'indpendance, qui
tombait, comme on sait, cette anne, et d'en faire don  sa capitale.

Il appela un architecte franais dont il n'est pas besoin, pensons-nous,
de refaire ici l'loge: M. Charles Girault, le btisseur de ce gracieux
et spirituel Petit Palais des Champs-Elyses. Et il ne lui imposait
qu'une condition: tre prt pour l'anniversaire. Il s'agissait de
construire, en dix-huit mois, un monument de 20 mtres de profondeur, 45
mtres de hauteur et 60 mtres de faade--soit 20 de plus que l'Arc de
l'toile. Combien eussent recul devant cette tche!

M. Girault se mit  l'oeuvre. En avril 1904, il attaquait les projets.
La rapidit avec laquelle il a mis debout cet arc norme tient du
prodige. Il serait injuste, d'ailleurs, de n'en pas reporter une partie
de l'honneur  l'entrepreneur, M. Wouten-Dousten, de Bruxelles, qui lui
a t le plus prcieux des collaborateurs.

Le monument prsente trois grandes arcades de 10 mtres d'ouverture. Une
ordonnance ionique supporte un entablement d'nergique et lgante
silhouette que surmonte un attique dcor, aux angles, de Renommes, et,
couronn, au centre, d'un quadrige de belle allure.

Sous la direction de M. Charles Girault, les meilleurs sculpteurs belges
ont model ces figures et toutes celles qui compltent la dcoration de
l'arcade monumentale, comme disent nos voisins. Quant  la partie
architecturale, elle est de ce joli et fin granit bleut de Belgique.

Le procd de montage a grandement facilit l'excution rapide des
travaux. Deux formidables et trs pittoresques chafaudages avaient t
construits, en avant de chacune des faades. Un pont roulant courait 
leur sommet et dposait l'une aprs l'autre les assises de pierre,
soubassements, pieds-droits, fts, chapiteaux des colonnes, taills,
parachevs  l'atelier.

Si bien que, le mercredi 27 septembre, le roi Lopold pouvait
inaugurer--sans apparat, avec une suite peu nombreuse--le monument tout
 fait fini. Il n'a pas mnag  son architecte les compliments et s'est
fait prsenter par lui ses collaborateurs, se dclarant merveill du
tour de force.

[Illustration: M. Girault. Lopold II. Les sculpteurs. Le jour de
l'inauguration: le roi Lopold, l'architecte, M. Girault, et le groupe
des sculpteurs qui ont collabor  la dcoration du monument.]



LE CONGRS INTERNATIONAL DE LA TUBERCULOSE

[Illustration: Sance inaugurale du Congrs, prside par M. Loubet, le
2 octobre, sous le dme central du Grand Palais des Champs-Elyses.]

DEUX SALLES DE L'EXPOSITION ANNEXE AU CONGRS

[Illustration: Chambre  coucher antihyginique avec ses tentures, ses
tapis, ses meubles retenant la poussire et obstruant l'air et la
lumire.]

[Illustration: Avers. Revers. Insigne des congressistes Grave par
Vernon.]

[Illustration: Chambre de domestique dans une maison bourgeoise.]

Un Congrs international de la tuberculose vient de se runir  Paris,
au Grand Palais des Champs-Elyses. Le sommaire de l'ordre du jour de
ses travaux, rpartis entre quatre sections, en indique suffisamment
l'objet et l'importance: pathologie mdicale et chirurgicale,
prservation et assistance de l'enfant et de l'adulte, hygine sociale.
Le nombre des congressistes inscrits dpassait 2.400, et cette liste
comptait des notabilits de tous les pays, mdecins, savants,
conomistes, administrateurs, membres de l'enseignement, lgislateurs,
hommes d'tat, notamment M. Casimir-Perier, ancien prsident de la
Rpublique; on y voyait figurer en outre des femmes, comme la soeur
Candide, connues pour leur dvouement aux oeuvres de bienfaisance.

La sance inaugurale a eu lieu, lundi dernier 2 octobre, avec un apparat
des plus solennels, en prsence du prsident de la Rpublique, entour
de ses secrtaires gnraux; de M. Rouvier, prsident du Conseil; des
ministres de l'Intrieur et de la Guerre; du professeur Hrard, doyen de
l'Acadmie de mdecine, prsident du Congrs; du docteur Letulle,
secrtaire gnral; des dlgus officiels des tats adhrents; du corps
diplomatique, etc.

TROIS SALLES DE L'EXPOSITION ANNEXE AU CONGRS

[Illustration: Chambre  coucher hyginique amnage par les soins du
Touring-Club]

[Illustration: Une salle d'hpital modle reconstitue par M. Andr
Mesureur (d'aprs le service de M. le Dr Tapret,  l'hpital
Lariboisire).]

[Illustration: Chambre d'un dtenu  la prison de Fresnes.]

Pour la circonstance, la rotonde centrale du Grand Palais avait t
merveilleusement amnage et dcore, sous l'habile direction de M. G.
Umbdenstock, architecte diplm du gouvernement, rptiteur  l'cole
polytechnique;  la clart tamise qui, avec ses mannequins figurant les
personnages, les moindres objets, chacun  sa place, est une
reconstitution parfaite due  M. Andr Mesureur, fils de l'minent
directeur de cette administration; un rapprochement comparatif entre une
cellule de la prison de Fresnes et une mansarde de domestique dans un
bel immeuble de l'avenue des Champs-Elyses (on devine aisment de quel
ct est l'hygine); un autre rapprochement, non moins suggestif, entre
la chambre  coucher vieux style, encombre de tentures et de tapis,
nids  microbes, et la chambre simple et salubre que l'utile campagne du
Touring-Club de France commence  faire prvaloir dans les htels. Ce
sont l de vritables leons de choses.



LE CINQUANTENAIRE DU SIEGE DE SBASTOPOL

[Illustration: La colline de Malakoff aprs l'attaque.]

[Illustration: Le quartier de l'infanterie (au loin: l'escadre en mer).]

[Illustration: Entre de la rade (vue prise de Malakoff).]

[Illustration: Intrieur du bastion russe n 1.]

Vues de Sbastopol aprs le sige, prises au daguerrotype. _Voir les
lgendes dtailles et l'article, page 240._

[Illustration: Le quartier des matelots  Karbelnaa.]

[Illustration: Intrieur du bastion russe n 6. Vues de Sbastopol aprs
le sige, prises au daguerrotype.]

LE CINQUANTENAIRE DU SIGE DE SBASTOPOL _Voir les lgendes dtailles
et l'article, page 210._



[Illustration: Le Klong-Ch, qui devait former la frontire au nord de
Kratt, d'aprs le trait.]

LA FRONTIRE FRANCO-SIAMOISE

Comme la Russie, nous avons un voisin jaune, actif et remuant, en
Extrme-Orient: moins dangereux que le Japon, le Siam nous cra
cependant autrefois de graves difficults. Mais nos relations avec lui
ont t en s'amliorant, et l'accord semble parfait depuis les rcents
travaux des commissions de dlimitation franaise et siamoise.

La commission franaise tait prside par le commandant Bernard, de
l'artillerie coloniale; la commission siamoise par le gnral Mom
Chatidej Udom, chef d'tat-major de l'arme siamoise. Les deux
commissions ont procd, cette anne,  la dlimitation de la rgion
comprise entre le Grand Lac du Cambodge et la mer. Elles se sont runies
au mois de janvier dernier  la frontire mme, au petit poste de
Soai-Don-Ko, sur les bords du Prek-Kompong-Prak et se sont mises en
route vers Kratt.

Tout le territoire qu'elles ont travers est  peu prs dsert. Le
brigandage a t en effet si actif, depuis prs de quarante ans, sur les
confins du Siam et du Cambodge, que presque tous les villages ont t
successivement abandonns. Il n'tait donc pas possible de recruter sur
place des porteurs. La commission franaise a employ exclusivement,
pour ses transports, une cinquantaine d'lphants lous  des
propritaires cambodgiens ou prts par le roi du Cambodge. La
commission siamoise a d, au contraire, rquisitionner,  une grande
distance, une vritable arme de coolies, ce qui risquait videmment de
mcontenter les populations de la zone frontire.

Le peu de ressources qu'offrait la rgion traverse ne permettait du
reste aux membres des deux commissions ni de se ravitailler sur place,
ni mme de trouver des abris. Malgr les difficults qui rsultaient
d'une telle situation, la traverse de la fort, qui couvre tout le pays
jusqu' la mer, s'est effectue, grce aux prcautions sanitaires prises
ds le dpart, sans que le commandant Bernard ait eu  dplorer la perte
d'un seul homme, europen ou indigne. C'est l un exemple et, un
enseignement fort remarquables, d'autant que la fort cambodgienne a,
dans toute l'Indo-Chine, une terrible rputation d'insalubrit.

Les rsultats obtenus dans cette premire campagne ont t trs
importants et presque inesprs. La frontire, trace d'une faon trop
prcise par le texte mme du trait, ne tenait compte ni des
revendications formules par les populations cambodgiennes, ni mme de
la topographie exacte des lieux. Cela s'explique par l'imperfection des
cartes existantes et par le peu de renseignements que possdait notre
administration du Cambodge elle-mme. Le commandant Bernard a russi
cependant  obtenir, aussi, bien du ct du Grand Lac que du ct de la
mer, des rectifications de frontire que notre carte indique
suffisamment.

[Illustration: Le commandant Bernard.]

Du ct de Kratt, en particulier, la frontire devait, d'aprs le
trait, tre forme par une rivire dnomme Klong-Dja, qui, en ralit,
se rduit  un ruisseau nomm Klong-Ch, extrmement troit et qui est 
sec pendant huit mois de l'anne, sauf dans le voisinage de
l'embouchure. La frontire a t reporte jusqu'aux rives du grand
fleuve qui arrose toute la rgion de Kratt, le Klong-Ya.

D'autre part, le mouillage des grands navires, situ entre l'le de
Koh-Chang et le cap Lem-Ling, ne pouvait prsenter de scurit, au point
de vue militaire, que si le gouvernement siamois consentait  une
cession additionnelle de territoire au nord du cap Lem-Ling. De ce ct
encore, la frontire a t reporte jusqu' l'estuaire de Packnam-Ven,
large de 3.000 mtres, profond de 6  8, et qui deviendra un port de
cabotage de premier ordre le jour o les passes qui y conduisent auront
t approfondies ou balises.

Les districts que nous venons d'acqurir sont, nous l'avons dit, trs
peu peupls. On ne trouve d'agglomrations de quelque importance que
dans le voisinage du Grand Lac ou dans les environs mmes de Kratt.
Kratt est un trs gros village, peupl de 12.000  15.000 habitants,
mais o se fait un commerce assez important. Il y a un assez grand
nombre de marchands chinois qui s'occupent principalement du commerce
des cotonnades et du commerce du poivre. Le sol, trs fertile, est
couvert d'une fort trs paisse, presque inextricable, qui a rendu les
oprations topographiques particulirement difficiles. On ne peut dire
que notre nouvelle acquisition nous apporte, en dehors du mouillage de
Koh-Chang et du port de Packnam-Ven, des richesses importantes, mais il
y a l des terres riches, en bordure le long de la mer, adosses  de
magnifiques montagnes et dont l'avenir n'est pas douteux. Il faut
attendre toutefois que, grce  la paix que nous saurons faire rgner,
grce  une organisation mdicale qui s'impose,  un rgime fiscal
appropri, la zone frontire se repeupl. Il dpend de nous et de notre
administration que cet avenir se ralise dans un dlai assez bref.

[Illustration: Carte des rectifications de la frontire
franco-siamoise.]



[Illustration: Le convoi de la commission franaise dans une clairire
de la fort.]

[Illustration: A DAKAR.--Savorgnan de Brazza sur son lit de mort.]

[Illustration: M. Binger. Mme de Brazza. M. Ph. de Brazza. A
MARSEILLE.--La veuve de M. de Brazza traversant les docks,  sa descente
du paquebot.]

[Illustration: A MARSEILLE.--Le cercueil transport, du paquebot  la
chapelle ardente sur le quai.]

[Illustration: M. Chanot, maire. M. Mastier, prfet. Gnral Hambel. A
MARSEILLE.--Les autorits se rendant  la chapelle ardente.]

[Illustration: A PARIS.--Les funrailles officielles: le cortge passant
devant le ministre de la Marine. LA MORT DE SAVORGNAN DE BRAZZA ET SES
OBSQUES EN FRANCE.]



LIVRES NOUVEAUX

LES HISTORIENS DU SECOND EMPIRE[1]

Mme Adam et M. Emile Ollivier nous racontent la mme poque, avec des
opinions bien diffrentes. Ce qu'on disait dans son salon politique et
parmi les inflexibles de l'opposition, Mme Adam nous le rend fort bien,
avec une flamme que les annes coules n'ont pas refroidie. Elle
s'exprime comme si elle tait encore en pleine bataille. M. Emile
Ollivier retrace, lui, les luttes de tribune, les divisions qui
svissaient parmi les amis de l'empereur, la marche lente mais sre vers
l'Empire libral et vers le ministre de janvier 1870, dont il fut le
grand orateur.

A partir de 1866, une grande inquitude rgne en France, chez les sages
esprits. M. Thiers, le 3 mai 1866, un mois avant la guerre qui devait
aboutir  Sadowa, avait prononc un magnifique et prophtique discours,
dans lequel il avait recommand au gouvernement de faire, du ct de
l'Italie, le geste ncessaire et d'empcher son alliance avec la Prusse.
Peut-tre  la date o M. Thiers monta solennellement  la tribune
tait-il dj un peu tard; mais il n'avait pas mnag prcdemment ses
perptuels avertissements. Neftzer, un familier de Mme Adam et le
crateur du _Temps_, ne cessa aussi de sonner l'alarme et de montrer du
doigt la frontire de l'est, jusqu' l'clat de juillet 1870. Pour tout
homme clairvoyant, M. de Bismarck voulait fermement la lutte et le
dmembrement de la France.

M. Ollivier nous dclare qu'en persistant  toujours montrer les nuages
noirs accumuls  l'est, M. Thiers avait provoqu et dchan la
tempte. Tel n'est point mon sentiment. L'homme d'tat signalait le
danger imminent, la ncessit de le conjurer, mais dsirait fermement la
paix et ne fit pas un mouvement capable de la compromettre.

Il fallait un certain courage pour donner sa pense. La Prusse tait
populaire en France. L'opposition, accoutume  rpter certaines
dclamations contre l'Autriche, se rjouissait de ses humiliations. Au
dbut, l'empereur lui-mme et surtout le prince Napolon, leurrs par
certaines fantasmagories trompeuses et certaines caresses de M. de
Bismarck, semblent avoir vu, d'un oeil favorable, la fortune croissante
de la Prusse. Quand les cailles leur tombrent des yeux, il tait un
peu tard. En 1868, le marchal Niel soutint,  la tribune, une bataille
pour une nouvelle organisation de l'arme et une augmentation des
effectifs. M. Thiers se spara, dans la circonstance, de ses amis de
l'opposition et vota toujours en faveur de notre puissance militaire.
Combien M. Jules Simon dut plus tard regretter amrement ses paroles
imprudentes! Il vivait, avec ses amis, en pleine lgende, s'imaginant
qu'au moment suprme la leve en masse de soldats improviss pourvoirait
 tout, et qu' notre chant de la Marseillaise allaient s'vanouir les
bataillons allemands. Se prparer  la guerre, enfermer des jeunes gens
dans une caserne, les soumettre  la discipline militaire, excitait
l'indignation de M. Jules Favre. Avec quelle brutalit les vnements
renversrent, deux ans aprs, toutes les thories des deux orateurs! M.
Emile Ollivier, d'une plume alerte, avec ses souvenirs et ses notes et
une parfaite bonne foi, n'a rien oubli des erreurs parlementaires de
l'poque. La majorit de la Chambre, fidle  l'empereur, hsitait
elle-mme, dans la crainte des lecteurs,  soutenir le marchal Niel.

[Note 1: _Mes Sentiments et nos Ides avant 1870_, par Mme Edmond Adam
(Lemerre, 3 fr. 50).--_L'Empire libral_, par Emile Ollivier Garnier, 3
fr. 50.]

Dans le salon de Mme Adam rgnaient un peu les mmes ides qu'au
Parlement. Ceux qui, plus tard, devaient faire leur _mea culpa_, comme
Challemel-Lacour, ne montraient que de l'hostilit pour une aggravation
du budget de la guerre et mme pour les armes permanentes. Et
cependant, de partout, arrivait un perptuel _cave_. Nino Bixio, en
Italie, le prince de Sagan rencontr en Allemagne, ne cessaient de le
crier en mme temps que M. Thiers et Neftzer. Sceptique et dsabus sur
le reste, Mrime, toutefois, s'animait jusqu' l'loquence et jusqu'aux
larmes contre tout ce qui paraissait nuisible  la patrie.

J'ai marqu la principale proccupation des deux volumes, si diffrents
et si hostiles parfois, de M. Emile Ollivier et de Mme Adam. Ce qui fait
le charme et l'intrt passionnant du livre de M. Emile Ollivier, c'est
qu'il participe  la fois de la grande et belle histoire et des mmoires
familiers. Sans parti pris, par des faits quelquefois anecdotiques,
l'auteur nous montre les craintes des esprits aviss. Ne nous
dcouvre-t-il pas aussi comment, grce  la politique extrieure et aux
luttes intestines, nous nous sommes peu  peu achemins vers la
catastrophe? Ceux qui prirent le pouvoir en 1870 trouvrent une
situation qu'ils n'avaient pas cre et que, longtemps avant leur venue,
avait dnonce M. Thiers.

Mme Adam ne se borne pas, dans ses souvenirs,  la politique. Amie de
George Sand, elle nous rpte ce que la grande artiste lui a dit de ses
amours avec Musset. L'enfant du sicle, Rolla, tait en proie  l'alcool
et  de basses frquentations. A certains moments d'ivresse que ne
put-il pas, en effet, dire  l'amie du voyage  Venise? Quels propos
n'entendit-elle pas dans leurs frquentes querelles? Mais je ne veux, en
aucune faon, revenir sur cette histoire d'amour si douloureuse.

Plus plaisant nous apparat Sainte-Beuve, nomm snateur, essayant plus
de vingt fois son costume, ne sachant s'il le choisirait collant ou
ais, aussi malheureux dans cette histoire d'habit et de tailleur qu'en
1848, lorsqu'il prit le train de l'exil pour Lige. Combien de lettrs
et d'hommes politiques sont prsents par Mme Adam, qui mime leurs
gestes et qui, sans mchancet toutefois, en tire les ficelles! Nous
avons l quelques marionnettes humaines, gesticulant et parlant au
naturel. Hlas! le monde n'est-il pas comme un thtre de _fantochi_?
Tel nous le voyons souvent dans _Mes Sentiments et nos Ides_. Ce qui
est singulirement amusant, c'est la premire visite de Gambetta au
salon et  la salle  manger de Mme Adam. Rien de plus pittoresque.
S'imaginant invit chez quelque bas bleu, il parut dans un costume peu
dcoratif et fut tout surpris de trouver l tous les hommes en habit et
en cravate blanche. Pour le tirer de sa confusion, Mme Adam l'installa 
sa droite, place que, du reste, il ne quitta plus dans la maison. On
saisit, sur le vif, dans les pages de Mme Adam, ceux-l qui se
prparaient au pouvoir en jetant leur premire gourme dans l'opposition.
M. Emile Ollivier nous peint de son ct les hommes du Parlement, en
pleine possession de leurs moyens, combattant pour ou contre l'Empire,
cherchant  se surpasser mutuellement et  occuper le premier rang.
Retir de tout, il a pu crire cette substantielle et vivante histoire.
Si la politique avait absorb toute son existence, il n'aurait eu ni le
temps, ni le calme ncessaire pour btir ce monument dans lequel
entreront les historiens de l'avenir et o ils puiseront  pleines mains
les renseignements prcis et les jugements sans passion.

E. LEDRAIN.



_Henner et Barrias_, par A. Soubies; deux plaquettes illustres, 1 franc
l'une, Flammarion.--_Almanach des spectacles, 1904_. par A. Soubies,
avec une eau-forte de Lalauze, Flammarion.

[Illustration: EN CHINE.--La brouette  voiles.--_Phot. comm. par M. G.
de Ryckman._]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

UNE NOUVELLE INDUSTRIE: LA CASINERIE.

L'industrie des beurreries, trs ancienne et trs connue d'ailleurs,
vient de donner naissance  une nouvelle industrie, fort intressante,
et qui parat appele  un bel avenir.

Pour faire du beurre, on spare la crme du lait, et il reste ce qu'on
nomme le petit-lait. Mais que devient ce liquide? Gnralement, on
l'emploie  nourrir des porcs. Mais voici qu'on vient de s'aviser qu'il
y avait  faire de ce liquide un emploi beaucoup plus lucratif et aussi
beaucoup plus compliqu.

En effet, le petit-lait contient encore de la casine et de la lactose.

Or, avec la casine, on peut, en la solidifiant, fabriquer une foule
d'objets  bon march. Et, en effet, la casine remplace avantageusement
le cellulod, dont elle n'a ni la mauvaise odeur, ni surtout la
dangereuse inflammabilit.

C'est ainsi qu'a t fonde, il y a quelques mois, une casinerie 
Surgres, dans la Charente-Infrieure, prs d'une beurrerie cooprative.

Cette casinerie a t organise par le docteur Zirn. Avec la casine
solidifie par des procds chimiques, on fabrique des objets dits en
galalithe ou pierre de lait; la plus blanche sert  faire de la colle;
et mme on en rserve une certaine quantit, dont la coagulation a t
spontane, pour des produits d'alimentation.

Quant  la lactose du petit-lait, il est galement facile de l'extraire,
et l'on songe  l'employer pour l'alimentation artificielle des enfants,
ainsi qu'on le fait en Allemagne et en Angleterre.

Actuellement, on fabrique en galalithe des peignes, des porte-plume, des
coupe-papier, des grattoirs, des broches, etc.

Le petit-lait de trente-cinq laiteries est employ dans la casinerie de
Surgres qui, cette anne, a manipul 180.000 kilogrammes de casine.

LA BROUETTE CHINOISE.

La brouette chinoise, connue depuis des sicles, diffre notablement de
la ntre; la roue, d'un grand diamtre, occupant le centre, supporte
directement le poids de la charge. Cette disposition rduit
naturellement l'espace utilisable et, par suite, les fardeaux sont
placs de chaque ct de ladite roue, du contact de laquelle les
prserve une caisse  claire-voie. L'quilibre de ces vhicules est des
plus instables  cause de leur hauteur; pour le maintenir, le
conducteur, les bras trs carts, doit parfois se livrer  une
vritable gymnastique.

Les Chinois, gens fort conomes et aussi peu soucieux des commodits
matrielles que du prix du temps, apprcient fort l'extrme bon march
de la brouette et l'emploient  de multiples usages. Dans les villes,
elle devient le fiacre du peuple et de la petite bourgeoisie; le
voyageur est-il seul? l'quilibre s'tablit au moyen d'un contrepoids,
un sac pesant ou simplement une grosse pierre. Couramment, elle sert au
transport des marchandises et,  travers les immenses plaines du Centre
et du Nord, c'est ainsi que se fait la majeure partie du trafic; il
n'est pas rare de rencontrer sur les routes chinoises, transformes en
fondrires, de longues files de ces camions sommaires, chargs outre
mesure, qui couvrent des distances invraisemblables. Les voies trs
frquentes offrent, creuse peu  peu par les roues, une ornire
profonde o ne manquent pas de s'engager tous les conducteurs, car s'il
leur faut y pousser plus fort, en compensation, ils risquent moins de
verser. Du reste, la plupart des brouettes sont atteles d'un ne, d'un
boeuf, d'un cheval ou d'un homme; lorsque le vent souffle dans une
direction favorable, l'addition d'une petite voile carre au vhicule
permet d'obtenir des vitesses relativement considrables.

BOUTEILLES EN PAPIER.

Les objets que l'on fabrique avec du papier sont aujourd'hui trs
nombreux et ils ont l'avantage d'tre solides, lgers et peu coteux.

Mais on n'avait pas encore song  faire des bouteilles en papier. Les
Amricains viennent de faire cette, innovation, qui donne, parat-il, de
trs bons rsultats.

[Illustration: EN ALGRIE.--Campement, prs de Souk-Ahras, de la mission
astronomique allemande charge d'observer l'clipse du 30 aot.--_Phot.
L. Arna._]

Les bouteilles en papier ont t d'abord adoptes pour le transport du
lait et elles ont, dans ce cas, le grand avantage de ne servir qu'une
fois. Ainsi elles cartent du prcieux liquide les adultrations
rsultant des lavages imparfaits et des fermetures incompltes. Ces
bouteilles en papier, de forme conique, sont en effet pourvues d'un
systme de bouchage irrprochable.

Quant au contact du lait avec le papier lui-mme, il est vit par une
impermabilisation obtenue en passant les bouteilles dans un bain de
paraffine  100 degrs.

A Philadelphie, o l'on fait grand usage de ces bouteilles, on a reconnu
que le lait contenu dans les bouteilles en verre tait toujours plus
riche en microbes que celui contenu dans les bouteilles en papier.

UN OBSERVATOIRE IMPROVIS EN ALGRIE.

Parmi les observatoires provisoires installs par les astronomes de tous
pays, aux points o l'on pouvait le mieux suivre les phases de l'clipse
de soleil du 30 aot, l'un des plus curieux tait celui que la mission
allemande, dirige par le docteur Knopf, directeur de l'observatoire
d'Ina, avait tabli prs de Souk-Ahras (dpartement de Constantine).
Aux portes de la petite ville algrienne qui, pour le dire en passant,
grandit et se dveloppe avec la rapidit d'une ville amricaine, et dont
la population a doubl en trois ans--le docteur Knopf avait install, au
seuil de la plaine, tout son campement, que dominait de ses deux tubes,
braqus comme des canons normes vers le ciel, la lunette de Zeiss qui
allait servir aux observations. Et a t pendant quelques jours le lieu
de promenade favori des flneurs de Souk-Ahras. Ajoutons que le temps,
trs clair, a favoris particulirement les travaux de la mission
allemande.

LES PLUS GRANDES PLUIES.

L'endroit o il pleut le plus est la rgion de Cherrapunji, dans la
province indienne d'Assam. La hauteur annuelle moyenne de la pluie que
reoit cette localit a t, pour 1895-1903, 11 m. 223.

Au second rang, lui disputant de prs le record de l'humidit, vient la
station de Debundscha, en Cameroun, qui a reu, anne moyenne, de 1895 
1903, une hauteur d'eau de 10 m. 454. C'est pendant l't que cette
station est surtout inonde.

Mais ces quantits d'eau reues ne sont que des moyennes, qui sont assez
fortement dpasses par les maximums. Ainsi, en 1851,  Cherrapunji, il
est tomb 14 m. 785 d'eau, et, en 1902, il en est tomb 14 m. 133. Dans
une seule journe, dans cette localit, il en est tomb 456 millimtres,
prs d'un demi-mtre.

Que sont nos pluies, dans le bassin de Paris, o la moyenne annuelle ne
dpasse pas 378 millimtres d'eau,  ct de ces dluges!

LA CUEILLETTE DES NOIX DE COCO.

Le cocotier, tout le monde le sait, est une sorte de palmier commun dans
les rgions tropicales et fort apprci pour les multiples qualits qui
permettent d'utiliser son bois, ses feuilles, ses fleurs, son fruit,
voire l'enveloppe de ce fruit; mais il est un point que bien des gens
sans doute--on ne pense pas  tout--ngligent d'lucider Etant donn
qu'un cocotier peut atteindre une vingtaine de mtres de hauteur,
comment cueille-t-on les noix de coco places au sommet? A la rflexion,
on ne s'imagine gure l'indigne provoquant par la secousse ou par le
gaulage (avec quelle perche?) la chute plutt dangereuse de ces normes
et lourdes noix ayant souvent la grosseur de la tte humaine dont elles
menaceraient la scurit. Toucher  la cime empanache?

La grande chelle de nos pompiers suffirait  peine. Faute d'un pareil
engin, les ngres des Antilles, ceux de Porto-Rico entre autres, y
supplent en faisant de l'arbre lui-mme, au tronc relativement grle et
capable de plier sous le poids de plusieurs hommes, l'chelle o ils
accomplissent des prodiges d'quilibre et d'agilit. Ainsi qu'en
tmoigne notre document photographique, c'est justice et non malice de
comparer, en l'occurrence,  des bandes de quadrumanes ces quipes de
noirs acrobates grimpeurs.

UNE ACADMIE PROVINCIALE.

Dans notre avant-dernier numro,  l'occasion du centenaire de la
fondation de l'Acadmie de Mcon, nous avons constat la prosprit de
cette compagnie et cit, entre autres chiffres  l'appui, le nombre de
ses membres associs. Ceux-ci ne sont pas moins de 340; mais, le zro
tant tomb  l'impression, les 340 n'taient plus que 34 dans nos
colonnes. Plusieurs membres de l'Acadmie mconnaise, abonns 
_L'Illustration_, nous ont crit pour nous signaler cette erreur que
nous nous empressons de rparer.

[Illustration: Aux ANTILLES.--Ngres de Porto-Rico montant  la
cueillette des noix de coco.--_Copyright Underwood and Underwood._]

JOS-MARIA DE HEREDIA

Le pote Jos-Maria de Heredia, qui a succomb lundi dernier  une
douloureuse maladie, tait n, en 1842,  la Fortuna, prs de
Santiago-de-Cuba, d'un pre espagnol et d'une mre de souche franaise.
Venu de bonne heure en France, il fut lev au collge Saint-Vincent, 
Senlis, puis suivit les cours de l'cole des chartes et obtint, sa
naturalisation.

Ds la vingtime anne, sa vocation potique commena de se rvler par
une remarquable virtuosit en un genre o il devait atteindre  la
matrise; mais, arriv  la maturit de l'ge et du talent, une des
originalits de ce pote, ainsi qu'on l'a dit justement, tait d'tre 
la fois presque indit et presque clbre. Longtemps, en effet, ces
sonnets cisels avec une laborieuse lenteur, aux rythmes d'une sonorit
retentissante comme les syllabes mmes du nom de l'auteur, celui-ci
s'tait content de les dclamer de sa voix chaude dans l'intimit des
cnacles littraires, de les laisser rpter de bouche en bouche, et un
petit nombre d'entre eux, trs connus: _les Conqurants, le Samoura, le
Rcif de corail, le Vieil Orfvre_, restaient pars dans quelques
journaux, revues ou anthologies, lorsqu'en 1893 il se dcida enfin  les
runir et  les publier sous le titre: _les Trophes_.

[Illustration: Jos-Maria de. Heredia, mort le 3 octobre. _Phot. Pirou,
rue Royale_.]

L'anne suivante, il entrait  l'Acadmie franais; se piquant, elle
aussi, d'originalit, la docte compagnie daignait ouvrir son sein 
l'homme d'un seul livre. Les fervents admirateurs de ce livre,  leurs
yeux plus prcieux que l'or et plus durable que l'airain, ne pouvaient
qu'applaudir  ce rare et beau geste.

Brillante toile de la pliade parnassienne, disciple prfr de Leconte
de Lisle--qui lui avait lgu son habit d'acadmicien--Jos-Maria de
Heredia s'tait cependant assez dgag de l'influence du matre pour
affirmer sa personnalit.

Le sentiment qu'il exprimait de prfrence, a crit Jules Lematre,
c'tait je ne sais quelle joie hroque de vivre par l'imagination 
travers la nature et l'histoire magnifie et glorifie...

Mais ce qui peut-tre le distinguait entre tous, c'tait la recherche
de l'extrme prcision dans l'extrme splendeur. Il joignait  l'ivresse
des sons et des couleurs le got d'une forme dont la brivet,
l'exactitude et la plnitude rappelaient en quelque faon nos crivains
classiques.

En 1901, M. de Heredia avait remplac Henri de Bornier comme
administrateur de la bibliothque de l'Arsenal. Il consacrait cette
studieuse retraite  la prparation d'une dition nouvelle des
_Bucoliques_, d'Andr Chnier.

Rappelons--ce souvenir n'a d'ailleurs qu'un intrt anecdotique--qu'en
1896, lors de la visite de Nicolas II et de la tsarine  Paris, il eut
l'honneur de haranguer en vers les souverains russes.

UN CINQUANTENAIRE MILITAIRE SBASTOPOL, 1855-1905, PORT-ARTHUR

En examinant les photographies que reproduit aujourd'hui
_L'Illustration_ (pages 234-235), on serait tent de s'extasier sur les
terribles effets de l'artillerie moderne et sur les progrs qu'elle n'a
cess d'accomplir. Cependant l'artillerie moderne et ses progrs n'ont
ici rien  faire, car il ne s'agit point de vues prises  Port-Arthur,
ainsi qu'on pourrait le croire, mais de photographies _authentiques_
excutes en 1855,  Sbastopol. Il y a, en effet, cinquante ans que
nous sommes entrs  Malakoff, et il a fallu des raisons de haute
convenance pour nous empcher de clbrer dignement le cinquantenaire
d'une journe qui fut glorieuse pour nos armes.

Certes ce fut une laborieuse entreprise que ce sige de prs de douze
mois, entam aussi loin de la mre patrie, sur un sol tranger o tout
manquait et o il nous fallut tout apporter; aussi, sur un total de
225.000 hommes que la France envoya successivement en Crime, 75.000
succombrent, autant furent blesss et un tiers seulement de l'effectif
rentra sain et sauf aprs une campagne de plus de deux ans. Les Anglais
perdirent de leur ct 22.000 soldats et les Turcs environ 35.000. Quant
aux Russes, on peut valuer le total de leurs pertes  prs de 200.000
hommes. Le seul assaut du 8 septembre 1855 cota aux allis 10.000
soldats et aux Russes 13.000. Les travaux excuts devant Sbastopol
furent gigantesques et dpassent de beaucoup tout ce que l'on a jamais
fait dans ce genre. Les allis construisirent plus de 80 kilomtres de
tranches ou de cheminements divers; ils mirent en batterie 800 pices
de canon qui lancrent sur la place plus d'un million et demi de
projectiles, soit prs de 2.000 coups par pice, tandis, que les 1.500
bouches  feu des Russes tirrent de leur ct trois millions d'obus, de
bombes ou de boulets.

Et cependant tant de fatigues supportes, tant de sang rpandu ne nous
donnrent que la strile possession d'une ville dtruite par le canon et
par l'incendie. C'est que la guerre de Crime n'avait t, d'un bout 
l'autre, comme l'crivait, le 24 aot 1854, le gnral Bosquet, qu'une
aventure. Aventure du ct de la France qui, au moment de s'engager
dans une pareille entreprise, n'avait que 14 batteries disponibles...
des escadrons qui comptaient 40  50 sabres, des compagnies qui
n'avaient que 30  40 fantassins et des magasins vides... Aventure
aussi du ct de la Russie qui avait  peu prs oubli de fortifier
Sbastopol du ct de la terre et de relier ce grand port militaire au
reste de l'empire par des routes et des voies ferres, qui avait oubli
surtout de prparer srieusement la mobilisation de son arme.

Cinquante ans plus tard, les Russes devaient recommencer en Mandchourie
une aventure analogue qui, faute de prparation, devait tourner plus mal
encore.

Sbastopol tait  peine fortifi, mais Port-Arthur ne l'tait gure
davantage, et encore les quelques dfenses qui s'y trouvaient
avaient-elles t leves non par les Russes, mais par les Chinois.

Sbastopol tait comme isol du reste de la Russie; Port-Arthur n'tait
reli  l'Europe que par une voie ferre d'un rendement presque
ridicule.

Mais alors que Sbastopol se trouva _par hasard_[2] abondamment pourvu
d'artillerie et de munitions, alors que le commandement y disposait du
gnie de Todleben, Port-Arthur se trouvait aussi dpourvu que possible
de tous les lments de dfense autres que l'incomparable solidit du
soldat russe.

Il est vrai que, comme  Sbastopol, l'attaque pcha par bien des cts:
les Japonais entreprirent le sige avec un matriel insuffisant et ils
durent se rsigner  procder  coups d'hommes, comme nous l'avions fait
en 1855. Comme nous, ils finirent par russir, et il faut avouer qu'ils
l'avaient mieux mrit, car leur entreprise tait, au fond, mieux
prpare que la ntre; mais,  Port-Arthur comme  Sbastopol, les
fautes du dfenseur contriburent peut-tre plus encore au succs que
les efforts de l'assaillant.

Une dernire comparaison s'impose entre la campagne de Crime et celle
de Mandchourie, c'est la comparaison des rsultats acquis.

En 1855, le bnficiaire de la campagne, ce ne fut point la France, qui
n'eut pour elle que l'honneur et les coups; ce fut, sans contredit,
l'Angleterre qui sut, sans bourse dlier, se faire prter une arme, et,
grce  l'entente cordiale, parvint sans effort  atteindre son but, la
destruction d'une marine rivale et l'clips prolonge de la puissance
russe en Europe.

Sans doute les Japonais se sont montrs, en 1905, moins nafs que nous
ne l'avions t nous-mmes cinquante ans auparavant: ils ont su se
rserver leur part, mais le vritable triomphateur de la guerre
russo-japonaise n'est-ce pas encore l'Angleterre qui, sans mme brler
une amorce, a, pour la deuxime fois, obtenu l'anantissement d'une
marine rivale, arrt pour longtemps les progrs menaants de la
puissance russe et entran par surcrot la France et le Japon dans
l'orbite de l'entente cordiale? Tant il est vrai que, s'il est des
nations auxquelles les leons de l'histoire ne profitent jamais, il en
est d'autres pour qui l'histoire est un perptuel recommencement. L. S.

[Note 2: L'approvisionnement de Sbastopol, _exclusivement destin  la
marine_, tut tout entier employ aux besoins d'un sige qu'on n'avait
pas prvu.]

LGENDE DTAILLE DES GRAVURES du sige de Sbastopol (pages 234-235).

LA COLLINE DE MALAKOFF, APRS L'ATTAQUE (VUE PUISE DES PENTES DU MAMELON
VERT).--On aperoit _en haut_ quelques dbris de la fameuse tour ainsi
que les ruines du parapet russe; puis, _descendant la pente_, les
zigzags de nos tranches et enfin, au premier plan, la batterie n 34
comprenant six obusiers de sige de 22 centimtres. Cette batterie,
construite du 24 juillet au 7 aot 1855 par le capitaine Smonin, de la
1re batterie du 8e d'artillerie, ouvrit le feu sur Malakoff le 17 aot
et ne l'interrompit qu'aprs la prise de la ville.

LE QUARTIER DE L'INFANTERIE (VUE DES GRANDES CASERNES, PRISE DE
MALAKOFF).--On aperoit dans le fond l'escadre anglo-franaise. Une
partie des casernes est intacte, mais celles du centre et tous les
btiments en arrire, qui se trouvaient sur la ligne de tir des
batteries de l'attaque Malakoff, sont en ruines.

ENTRE DE LA RADE (VUE PRISE DE MALAKOFF).--Au fond, la presqu'le
portant le fort du Sord et se terminant,  gauche, par le fort
Constantin. Au-dessous du fort Constantin, le fort Nicolas, qui forme
avec ce dernier l'entre de la rade et avec le fort Paul l'entre du
port Sud; au centre, les docks compris entre les casernes et le faubourg
de Karbelnaa.

INTRIEUR DU BASTION RUSSE N 1 (VU DE SBASTOPOL).--Au milieu de la
photographie se trouvent un abri  munitions en maonnerie et un
escabeau de pointage. A droite et  gaucho sont deux caronades de 30 sur
afft marin, muni d'une longue _brague_ passe dans l'anneau de culasse
pour amortir le recul. Les embrasures sont garnies de _portires_ en
cordages pour arrter les balles; la caronade gauche porte en outre,
autour de sa vole, un _masque_ circulaire en cordages pour boucher
l'ouverture qui se trouve  la partie infrieure de la _portire_
correspondante.

LE QUARTIER DES MATELOTS  KARBELNAA (VUE PRISE DE MALAKOFF).-Ce
quartier, qui comprenait quatre longues files de maisons, est
entirement ananti. On aperoit en arrire la rade et la presqu'le o
se trouvait le fort du Nord;  droite, le viaduc sur lequel la route
passe le ravin Ouchakoff.

INTRIEUR DU BASTION RUSSE N 6 (VU DE SBASTOPOL).--Les embrasures sont
dtruites, le parapet ventr, les portires qui garnissaient les
embrasures sont tombes sur les affts. Les gabions disloqus jonchent
le sol et recouvrent, au premier plan, une grosse pice de marine 
moiti enfouie dans le sol. Au centre, un canon de 30 sur afft marin a
t abandonn par les servants qui cherchaient  le mettre en batterie
et qui n'ont pu tenir sous la pluie des projectiles.



[Illustration: L'AVIS DU SAVANT, par Henriot.]



SUPPLMENT.







End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3267, 7 Octobre
1905, by Various

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