Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913

Author: Various

Release Date: January 31, 2012 [EBook #38729]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque









L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913



LA REVUE COMIQUE, par Henriot.



Ce numro contient l LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Thtre n 6: HLNE
ARDOUIN, de M. Alfred Capus; 2 UN SUPPLMENT CONOMIQUE ET FINANCIER de
deux pages.

L'ILLUSTRATION
_Prix du Numro: Un Franc._
SAMEDI 10 MAI 1913
_71e Anne.-N 3663._

L'ARRIVEE D'ALPHONSE XIII Le roi d'Espagne et le prsident de la
Rpublique  la gare du Bois de Boulogne.



NOTRE NUMRO DU SALON

_Nos lecteurs ont pu constater les nouveaux progrs raliss dans
l'dition de notre numro du Salon. Le nombre des planches hors texte et
remmarges, en couleurs ou en hliogravure, a t augment; presque
toutes les pages ont t tires en deux tons et plus de 150 tableaux ont
t reproduits, donnant une ide d'ensemble assez complte de la double
exposition de peinture du Grand Palais._

_Malheureusement l'tablissement d'un pareil numro, dont le poids
atteint un kilogramme, et qui est tir  138.000 exemplaires, a
constitu un travail norme, pour lequel il tait impossible de prendre
une avance, et qui a d tre men  bien en quelques jours seulement. Le
Salon est, en effet, une actualit, et certains tableaux, les plus
intressants et les mieux signs, n'arrivent au Grand Palais que dans
les derniers jours d'avril._

_Bien que nos ateliers se soient fait aider par la plus importante
maison d'imprimerie et de brochure de Paris, il a t impossible
d'obtenir l'assemblage et le brochage de plus de 25.000 exemplaires par
jour. Ces oprations n'ayant pu commencer que le mercredi 30 avril, et
le jeudi de l'Ascension, puis le dimanche tant jours de chmage lgal,
ce n'est donc que le mercredi 7 mai que le brochage complet a t
termin._

_Nos abonns s'expliquent ainsi le retard qu'ils ont subi dans la
rception, de leur numro._

_Notre Salon et notre Nol sont de vritables primes que nous leur
adressons, deux fois par an. Pour ces albums copieux et luxueux, nous
leur demandons une tolrance de quelques jours sur les dates fixes._

LA PETITE ILLUSTRATION

Nous publierons le 17 mai:
_Servir_
la belle oeuvre de M. HENRI LAVEDAN, joue par M. Lucien Guitry au
thtre Sarah-Bernhardt.
_La Chienne du roi_, un acte du mme auteur, qui accompagnait _Servir_
sur l'affiche, compltera ce numro de _La Petite Illustration_.



COURRIER DE PARIS

LA FUGUE

Je ne sais pas ce qui a pass dans l'air, et dans tout moi-mme. Je
montais les Champs-Elyses, par un de ces temps si beaux, d'une suavit
si fine et si tendre qu'aucune phrase chappe du coeur, aucun mot rare
et choisi, ne seraient capables d'en fournir la plus petite ide!... La
vie, pour un instant, consentait  se rvler dans sa beaut premire,
et les paradis n'taient plus perdus. Je m'avanais dans un vertige de
joie. En une seconde tout tait devenu rassurant, clair et dlicieux--La
tristesse? Evanouie! Ah! vieux sortilge du printemps. Toujours le mme!
et toujours si nouveau! Je te reconnaissais  tes bouffes,  ton feu,
frais et pntrant,  ce sucre que tu mets dans le sang et dont tu
saupoudres les lvres o notre langue le fait fondre, en y savourant un
got ressuscit de fleur et de baiser. Tout ce qui allait, venait, tout
ce qui me croisait et m'appelait semblait y dpenser exprs une
incroyable allgresse. On mettait  marcher,  courir,  voler  son
but, une hte gaie. Et il y avait aussi dans cette activit comme une
soif d'vasion. Rien ne bougeait qui ne le ft avec des faons de
partir. Et de cette course dirige, de ces impatiences, de ces lans
pris tout  coup vers une invisible fontaine, de cette prcipitation
fivreuse, lgante et frivole, de la candide volupt du ciel et de la
douceur des armes et des caresses de la brise, de tout ce grand
tourdissement que rien ne peut exprimer qu'un soupir, un soupir
d'extase dcourage, de tout cela sortait et se formait une ide
haletante, imprieuse, prompte, rsume par ce mot bref: la fugue.

Oui, la Fugue! Elle tait partout. On la respirait, on la buvait. Elle
traversait de part en part les cerveaux comme une flche de laque rouge.
Elle filait et sifflait avec le cri pointu et arrach de l'hirondelle et
les poumons se dilataient pour avaler plus de vent. La Fugue!
C'est--dire fuite. Fuir, mais fuir sans frayeur, sans craindre de se
retourner,... et fuir en avant, bondir dans le temps et l'espace, et
partir... oh! pas tout  fait, partir un peu seulement, en sachant
bien qu'on reviendra. Que ce mot renferme d'attraits, qu'il secoue de
charmes! Qu'il fait flotter de beaux rubans! Il a les diverses couleurs
de la dcision, de la brusquerie, du caprice et du rve. Il est preste,
aimable, et tout trpidant d'impromptu. En le lanant pour le rattraper,
tel qu'un jongleur qui taquine une boule d'or, nous voil dj sur une
pointe de pied ainsi que des masques de comdie italienne et des noms de
ville, qui sont  eux seuls des carillons de bonheur, nous tintent aux
oreilles: des Naples, des Florence, des Rome, des Grenade. Nous perdons
la tte...  nous retrouver dans la glace avec nos yeux d'hier, si
hardis de jeunesse, car nous sommes toujours jeunes, quel que soit notre
ge, tant que nous ranime et nous prend cette printanire folie du
dpart. Les vieillards n'ont pas de fugue.

Mais, ds qu'elle est en nous, la fugue nous remplit. Elle parle, avec
une voix dfaillante de rendez-vous, ou bien elle chante... elle exhale
en une amoureuse langueur des refrains de vieilles romances, des tours
Saint-Jacques coutes les yeux mi-clos, la main sur la poitrine, en
modulant des souvenirs. Ou bien elle commande: Allons! pars! obis!...
Va-t'en...! Laisse l, pour un jour, ta chambre et ta maison... et viens
avec moi, prends ma main, ma main qui brle et veut s'enfoncer dans la
tienne. En route! Je suis la fugue.

--Mais o irons-nous? Peu importe. Jamais bien loin pourtant, car la
fugue est rapide, et, comme le plaisir d'amour, ne dure qu'un moment.
Ses minutes sont comptes d'avance. Elle est faite d'une joie dvorante
et presse, comme drobe, vole  l'talage. Ainsi, que ce soit ici ou
l, en un pays tranger tout proche, ou dans un coin de France, la fugue
sera folle et presque irrflchie, un billet de bonheur d'aller et
retour. Nous partirons tels que nous sommes, sans autres bagages que
nous, et, pour plus de logique, nous devrions tre nu-tte, ainsi que
pour la rcration, quand nous tions enfants. Ah! cette joie de
s'chapper, de s'enlever soi-mme comme si l'on s'emportait et se
prenait en croupe, afin de galoper ailleurs! Et n'est-ce pas, en dehors
du printemps, par toute saison, le besoin perptuel de l'homme, agit
sans cesse d'autre chose?

Le lecteur sdentaire qui reste des longues journes plong dans le
livre et qui ne sent plus glisser et couler sur lui le sable des
minutes, s'imagine, parce qu'il demeure assis dans le mme fauteuil,
qu'il ne change pas de place,... il en change constamment, il n'est
jamais l o nous croyons et o il croit tre... il se dvore en
perptuelles fugues et le volume, le chapitre, la page, la ligne et le
mot l'emportent loin du monde. On peut mme dire, sans se tromper, que
les immobiliss sont les plus grands fugaces. Tous ceux que retient une
chane ne cherchent qu' la tendre et veulent la briser... ou l'allger
alors et la supprimer par les escapades de l'esprit. Les grands chemins
parcourus sont ceux que, du fond d'un sige us, combine et recommence
le paralytique. Le sommeil est la fugue ncessaire impose par la
tyrannie de la nature, et l'insomnie est une espce d'chappement
maladif et tourment de la pense.

Prenez la vie, la vie quotidienne; vous y verrez que, du matin au soir,
tout n'est que fugue ininterrompue, sans rpit. Les courses, les
visites, les besognes, les prtendues obligations, tous les plaisirs,
toutes les affaires, graves ou sans consquences,... fugues... fugues.
La prire en est une et le baiser une autre. La charit, l'exercice du
devoir, le sacrifice et le dvouement sont des fugues... car rien de
tout cela ne s'opre dans le calme ni la lenteur. Il faut de la fivre
et de la pousse en tout ce que l'on fait avec un grand dsir, et
l'ardeur a pour loi d'tre toujours rapide. Les voyages sont de vastes
fugues, et les absences de petites. Et aussi les ivresses et les
recueillements. Et  chaque minute,  chaque seconde, la fugue est l
qui, se jetant dans les roues d'une autre, nous drange et nous ravit,
en plein travail, au milieu de la conversation, pendant le morceau de
piano, quand le comdien parle au thtre, ou qu'au salon chante la
femme,  tout moment,  tout venant...

Nos gots et nos apptits... Nos courses chez les antiquaires, fugues
dans le pass, randonnes dans les plaines du vieux temps... chasses 
travers les forts de l'histoire... Comme on se dit tout  coup, avant
le dner: Une ide... Si nous allions  Versailles... ou simplement au
Bois... le tour des lacs, et puis nous rentrerons,... l'altr
d'autrefois se prescrit soudain: Une ide... si nous allions
aujourd'hui, tout de suite au quinzime? Non... au dix-huitime?... Ou
bien il pense: Demain j'irai  l'Empire comme on dcide: Je pars pour
Anvers. Et tout cela, tout ce qui est fugue a pour caractre aussi de
s'accomplir dans une sorte de joie et de contentement vif et soutenu...
Il n'existe pas de fugues tristes, de fugues d'ennui. Ces mots-l ne
vont pas ensemble, tandis que fugue amoureuse est, au contraire, une
locution qui semble tout particulirement juste et russie. Venise,
Sville, sont des villes qui n'ont pour raison d'tre que de marquer les
points et les tapes des fugues passionnes, et le bon dimanche
hebdomadaire, avec son repos honnte, ou ses risibles tours du monde de
banlieue, est la fugue des pauvres gens, des travailleurs de semaine.

Ainsi de fugue en fugue, de balade en balade de nos penses et de nos
coeurs qui nous lchent, nous trompent, nous faussent compagnie,
s'chappent toujours, et ne sont du matin au soir qu'en partance, nous
gagnons, sans nous en apercevoir, en la redoutant, l'heure de la mort,
la dernire fugue. Et quand je dis: la dernire! Qui sait? Quelles
fugues nous attendent? Les immenses fugues d'aprs la vie...

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



LE ROI D'ESPAGNE A PARIS

_Notre confrre M. Raymond Recouly, le brillant rdacteur des articles
de politique trangre au_ Figaro, _reu en audience au palais de Madrid
par le roi Alphonse XIII avant son dpart pour Paris, a pu longuement
s'entretenir avec lui de toutes les questions qui intressent et
rapprochent la France et l'Espagne, des relations unissant les deux
pays, de leur oeuvre commune au Maroc. Le_ Figaro _a reproduit ces
dclarations. M. Raymond Recouly, dans l'article qu'on va lire, trace
pour nos lecteurs, d'aprs ses impressions personnelles, un vivant
portrait du souverain qui a t, cette semaine, notre hte._

Sa Majest Alphonse XIII, roi d'Espagne, est assurment, et de beaucoup,
le souverain tranger le plus populaire en France, depuis la mort
d'douard VII. Dans notre pays o l'on apprcie par-dessus tout la
crnerie et la bravoure, qui donc se montra aussi brave, aussi crne que
lui? Les risques du mtier royal ne sont pour aucun autre aussi
grands, aussi quotidiens que pour lui. Il les assume avec un sang-froid,
un calme, une tranquillit parfaits, ddaigneux des lettres de menace
qui lui parviennent par centaines, refusant obstinment de modifier,
sous aucun prtexte, quoi que ce soit du programme des crmonies.

C'est chez nous, au cours de son premier voyage officiel,  Paris, en
1905, qu'il reut, si l'on peut dire, le baptme du feu. On sait sa
fire contenance au moment de l'attentat de la rue de Rohan, le jeune
roi, debout dans la voiture, disant  l'escorte, avec un geste calme:
Ce n'est rien, messieurs, rassurez-vous! puis se penchant hors de la
portire et agitant son casque  long plumage blanc pour montrer aux
personnes de sa suite qu'il n'avait aucun mal.

Juste une anne plus tard, jour pour jour, au retour de l'glise o
venait d'tre clbr son mariage avec la princesse Ena de Battenberg,
ce fut l'effroyable attentat de la calle Mayor. L'anarchiste Morales, du
second tage qu'il avait tranquillement lou, sans que nul chercht  le
surveiller et  l'inquiter, jette une norme bombe dissimule dans un
bouquet de fleurs sur le carrosse de gala o se trouvent le roi et la
reine. Depuis quelque temps, le _sereno_, le pittoresque veilleur de
nuit, dans les rues madrilnes, avait remarqu un homme qui, du haut
d'un balcon, lanait des oranges dans la rue: c'tait Morales qui se
faisait la main et s'entranait  ne pas manquer son coup. La bombe tua
ou blessa une quarantaine de personnes. Le couple royal, par le plus
extraordinaire des miracles, n'eut pas la plus lgre blessure.

Et il y a quelques semaines  peine, tandis que le roi, prcdant un
imposant cortge d'officiers, de gnraux, s'en revenait  cheval du
champ de manoeuvres o les recrues avaient prt le serment, un homme
s'approche et lui tire,  bout portant, trois coups de revolver que,
seule, sa merveilleuse prsence d'esprit lui permet d'viter.

Comment refuser son admiration  un courage si tranquille,  une si
parfaite matrise de soi?

                                 *
                                * *

Il ne tiendrait pourtant qu'au roi, s'il laissait prendre les
prcautions que son entourage ne cesse de lui demander, de diminuer,
dans une proportion considrable, les dangers auxquels il s'expose. On
le supplie, par exemple, de sortir toujours encadr d'une escorte qui
tiendrait  une certaine distance la foule. Il s'y est jusqu'ici
obstinment refus. A tout instant, au cours des crmonies ou des
voyages, il est accoutum  recevoir des placets et des suppliques que
les intresss, ayant toute libert de s'approcher, lui tendent de la
main  la main. Le moyen, dans ces conditions, d'organiser une
surveillance tant soit peu efficace?

Les Espagnols ont un proverbe qui revient dans leur bouche trs
frquemment: _Lo que debe ser no puede faltar_ (ce qui doit tre ne
saurait manquer).

Il y a quelques traces de cette rsignation dans la bravoure insouciante
et un peu fataliste du roi. Il y a ce sentiment que, quoi qu'on fasse,
en dpit des mesures les plus minutieuses, les plus strictes, la part
d'imprvu restera malgr tout trs grande. Et, alors,  quoi bon?
Pourquoi donc se gter, s'empoisonner l'existence? Ne vaut-il pas mieux
s'en remettre un peu  la Fortune qui s'est montre et qui continuera,
souhaitons-le,  se montrer si bienveillante envers un homme ignorant
absolument ce que c'est d'avoir peur?

                                 *
                                * *

Dans son magnifique et imposant palais de Madrid, la suprme parure de
sa capitale, j'ai eu tout rcemment l'honneur d'tre reu, en audience
particulire, par Sa Majest Alphonse XIII. Les grandes cours
spacieuses, les longs couloirs o se tiennent, immobiles, des
hallebardiers, pleins de prestance, les salons o des tapisseries
inestimables, les plus belles qui soient au monde, voisinent avec les
portraits de Goya, tout cela proclame les longs sicles de gloire de
cette puissante monarchie espagnole.

Et, certes, le contraste n'est pas petit entre ce vieux palais et ce
jeune souverain, l'un, reprsentant la fire Espagne obstinment
attache  ses traditions et comme mure dans son originalit, l'autre,
pris au contraire de toutes les nouveauts.

[Illustration: Cte de Romanons. S. M. Alphonse XIII. Le roi d'Espagne
et son prsident du Conseil.]

De haute taille et trs lanc, le regard vif, le geste prompt, avec une
extraordinaire souplesse de mouvements qui dnote un corps entran 
tous les exercices,  toutes les fatigues, le roi donne une grande
impression de vigueur et de sant. Tout ce qu'on a racont sur sa faible
constitution, sur les maladies qui le guettent, doit tre dcidment
relgu au rang des fables. Le rgime minutieux et bien rgl auquel il
fut soumis ds sa naissance, les soins vigilants de la plus dvoue des
mres, le grand air, la pratique des sports, ont fait merveille.

Il faut une sant peu commune pour dployer une si prodigieuse activit,
pour mener, sans dfaillance, une existence aussi bien remplie. Les
affaires publiques, les conseils de ses ministres, les rceptions, les
audiences, la chasse, le yachting, l'automobile, etc., le roi prtend
conduire tout cela de front. Il est notamment un enrag joueur de polo.
Il y a quelque temps de cela, au cours d'une partie trs mouvemente,
son poney s'abattit et la tte de celui qui le montait vint donner si
rudement sur le sol qu'Alphonse XIII demeura plus d'un quart d'heure
vanoui. Sa famille, son entourage, que cet accident avait remplis
d'inquitude, dsireux d'en viter un pareil  l'avenir, le suppliaient
de renoncer pour toujours au polo. C'est une des choses qui m'amusent,
qui me rcrent le plus, rpondit le roi. Pourquoi donc voulez-vous
m'imposer pareille privation? La vie n'est plus possible si, par crainte
des accidents, il faut renoncer  tout ce qui en fait le charme!

Le roi est galement passionn pour l'automobile. Il est un excellent
chauffeur et il adore conduire lui-mme. Au moment de son mariage, les
automobilistes espagnols et trangers lui offrirent une fte au Pardo,
durant laquelle il fut accueilli par des acclamations enthousiastes. On
m'a racont,  cet gard, une anecdote assez curieuse. Alphonse XIII,
toujours dsireux d'essayer de nouvelles machines, en achte un trs
grand nombre dont il se dfait ensuite assez rapidement. L'une d'elles
ne lui donnant qu'une mdiocre satisfaction, il avait charg son
mcanicien de la vendre  n'importe quel prix. Quelques jours aprs,
comme il courait les routes, aux environs de Madrid, il aperoit de loin
une voiture en panne;  mesure qu'il s'approche, il reconnat que c'est
celle dont il s'est dbarrass; par-dessous, tendu  plat ventre, dans
la poussire, soufflant et geignant, le malheureux acqureur essayait,
mais en vain, de rparer ce qui tait irrparable. Que faire? Le roi,
relevant son col et rabattant sa casquette, passa  la quatrime
vitesse!...

                                 *
                                * *

Au cours du long entretien qu'il m'accorda, Alphonse XIII me parla du
Maroc o l'Espagne et la France possdent des intrts solidaires et
dfendent la mme cause. Son grand dsir est que l'action des deux pays
soit concerte, de manire  ce que les efforts, les sacrifices de l'un
bnficient des efforts, des sacrifices de l'autre. Il me parla surtout
de l'arme, de la ntre et de la sienne. Il connat un certain nombre de
nos officiers; nul, plus que lui, ne rend hommage  leurs rares
qualits,  leur nergie,  leur abngation. Par ses soins, sous son
impulsion de tous les jours, l'arme espagnole est en train de subir une
trs importante rorganisation qui aura pour effet d'accrotre
sensiblement son nombre et sa valeur. Le service obligatoire vient
d'tre institu; on a supprim la facult des remplacements et des
rachats qui loignaient de la caserne l'lite du pays, tous les jeunes
gens des classes bourgeoises et aristocratiques.

D'ailleurs, ce n'est pas seulement dans l'arme qu'on peut constater de
trs srieux progrs. Au point de vue conomique, pour ce qui est du
calme, de la tranquillit du pays, de la solidit du rgime, les
amliorations sont indniables. Quiconque revient maintenant en Espagne,
aprs un intervalle de quelques annes, note,  tout instant, les
heureux rsultats de ces amliorations. L'accroissement de la population
est considrable, en dpit d'une migration intense dans l'Amrique du
Sud, en Algrie, au Maroc. Cette migration n'appauvrit point le pays
autant qu'on pourrait le croire: un assez grand nombre d'migrs
retournent dans la mre patrie, aprs fortune faite. Ils y apportent
leurs capitaux, leur activit, leur intelligence qui s'est ouverte aux
choses de l'tranger. La politique espagnole se fait plus stable et plus
saine. Or, l'un des facteurs de cette politique, le facteur essentiel,
c'est la personnalit, la popularit du roi. De cela, tous les Espagnols
qui sont sincres, tous les trangers connaissant bien l'Espagne sont
unanimes  convenir.

En mme temps qu'elle dveloppe aussi sa puissance et sa richesse,
l'Espagne prouve tout naturellement le dsir, le besoin de sortir de
son isolement. Elle veut ne plus rester isole, confine dans sa
pninsule. La majorit des hommes politiques et du public incline
nettement vers une entente plus troite avec l'Angleterre et la France.

Le roi Alphonse XIII, par tout ce qu'on sait de son orientation, de ses
sympathies personnelles, ressent beaucoup plus vivement qu'aucun de ses
sujets ce dsir-l. C'est justement ce qui donne  son sjour parmi nous
une importance, une signification exceptionnelles. C'est une raison de
plus pour qu'on se rjouisse de l'accueil si chaleureux que Paris vient
de faire  ce trs sympathique et trs attachant souverain!

RAYMOND RECOULY.



_Ce numro tant mis sous presse peu d'heures aprs l'arrive du
souverain  Paris, c'est dans le suivant que nous pourrons rendre compte
des visites royales  Fontainebleau et  Saint-Cyr._



[Illustration: La revue de la garnison de Paris, sur l'esplanade des
Invalides: le gnral Michel ouvre le dfil et salue la tribune
officielle.]

[Illustration: LES FTES MILITAIRES EN L'HONNEUR DU ROI D'ESPAGNE.--A
Fontainebleau: l'inspection des officiers de l'cole d'artillerie.]

Mercredi, jour de l'arrive du roi d'Espagne  Paris, les acclamations,
trs chaleureuses, se sont partages entre le souverain, notre hte, le
prsident de la Rpublique franaise et les troupes de la garnison de
Paris, qui, mise tout entire sur pied, des Champs-Elyses aux
Invalides, dfila ensuite sur l'Esplanade devant le souverain. Le
lendemain, jeudi, qui fut la journe de Fontainebleau, Alphonse XIII
reprit contact avec notre arme que, cette fois, on lui prsenta en
manoeuvre d'abord dans la valle de la Solle o volurent deux brigades
de cavalerie, ensuite au polygone o furent excuts d'intressants
exercices d'artillerie en campagne.

[Illustration: LE DISCOURS DE M. BARTHOU A CAEN.--... Notre grand pays
veut la paix, mais seulement la paix qui s'accorde avec sa fiert et sa
dignit, non la paix ne de la peur!

A la droite de M. Barthou: M. Perrotte, maire de Caen; M. Klotz,
ministre de l'Intrieur; M. Hendl, prfet du Calvados;  sa gauche: M.
Pichon, ministre des Affaires trangres; M. Chron, ministre du
Travail, dput du Calvados.--_Phot_. Matin.]

Dimanche dernier,  Caen, au banquet organis en l'honneur du Congrs
des Petites Amicales d'instituteurs et des oeuvres postscolaires, M.
Louis Barthou, prsident du Conseil, a prononc le grand discours que
l'on attendait de lui  la veille de la rentre des Chambres et auquel
les graves problmes  rsoudre d'urgence, tels que la loi militaire et
la loi lectorale, en mme temps que les inquitudes internationales de
l'heure prsente, devaient donner une porte exceptionnelle.

Donc M. Louis Barthou a t trs cout, et il a t aussi trs
applaudi, car on lui a su gr de se placer rsolument sur le terrain
national. Le prsident du Conseil, en effet, dans un loquent appel au
pays, a insist avec force sur le devoir national qu'impose  tous la
situation extrieure. Et, constatant l'lan et l'union patriotiques qui
se sont manifests, chez nous, aux heures graves, il a pu dire:

Ce grand pays veut la paix, mais seulement la paix qui s'accorde avec
sa fiert et sa dignit, non la paix ne de la peur.

D'o la ncessit de renforcer nos effectifs par le service de trois
ans:

Il ne s'agit pas de cder  une sorte de folie contagieuse des
armements. Il s'agit de se dfendre... Quand le devoir prend la forme
d'un intrt national, il faut tout simplement faire son devoir. Ce
devoir, le gouvernement l'accomplit en affirmant, ds maintenant, sa
volont de maintenir sous les drapeaux la classe librable au 1er
octobre prochain.

Avant de faire ces importantes dclarations, le prsident du Conseil,
envisageant la situation politique intrieure, avait affirm: La
Rpublique ne peut pas dsarmer devant ses adversaires, mais nous nous
refusons  des agressions ou  des vexations indignes de rpublicains
conscients de leurs devoirs et de leur force.

Enfin, parlant de la loi lectorale, M. Louis Barthou a dclar
nettement que, s'il dpend du gouvernement, la consultation lectorale
de 1914 ne se fera pas au scrutin d'arrondissement.



COMPLICATIONS BALKANIQUES
LES DIFFICULTS DU PARTAGE ENTRE LES ALLIES
ET LA QUESTION D'ALBANIE

La question de Scutari est en voie de rglement, mais l'ventualit
d'une occupation de l'Albanie par l'Autriche-Hongrie et l'Italie n'est
pas encore dfinitivement carte et un trs grave problme reste ainsi
pos devant l'Europe. Comme on va voir, il est en connexion troite avec
celui du partage entre les allis des territoires conquis par eux sur
les Turcs.

Quelles seraient d'abord les consquences gnrales d'une installation
austro-italienne en Albanie, que personne n'aurait la navet de
supposer devoir tre provisoire? Les unes sont videntes, les autres
presque invitables.

Consquences certaines: l'anantissement de l'oeuvre de la Confrence de
Londres qui a dcid le principe d'une Albanie autonome sous le contrle
et la garantie des six grandes puissances; la destruction de l'quilibre
naval adriatique et, par consquent, mditerranen, ce qui porterait un
prjudice grave  la France et  l'Angleterre; l'abandon du principe:
Les Balkans aux peuples balkaniques, qui, depuis la guerre d'Orient, a
t la base de l'entente europenne.

Consquences presque invitables: par l'effet de la violation du
principe: les Balkans aux peuples balkaniques, la ncessit pour les
voisins de l'Albanie, les Montngrins, les Serbes et les Grecs, de
s'opposer par la force  l'occupation austro-italienne (or, l'ide de
derrire la tte des Autrichiens est de trouver un prtexte pour craser
la Serbie sans que la Russie intervienne); l'ouverture de la politique
des compensations entre les grandes puissances aux dpens de la Turquie
asiatique. En effet, si deux grandes puissances europennes,
l'Autriche-Hongrie et l'Italie, s'agrandissaient aux dpens de la
Turquie d'Europe, tous les prcdents historiques obligeraient 
envisager que les quatre autres grandes puissances, la Russie,
l'Allemagne, l'Angleterre et la France, voudraient obtenir des avantages
compensateurs qui ne pourraient tre trouvs qu'aux dpens de l'empire
ottoman d'Asie.

[Illustration: coles, glises et monastres grecs en Epire.]

Enfin, et c'est le point sur lequel nous allons insister, l'intervention
austro-italienne en Albanie pourrait dterminer une rupture dcisive de
l'entente balkanique ou, au contraire, aider  la solution des
difficults du partage entre les allis.

                                 *
                                * *

Il est bien connu que des dissentiments graves existent  cet gard
entre les Serbes, les Grecs et les Bulgares, enthousiasms par l'tendue
de leurs victoires qui ont dpass toutes leurs prvisions.

Prcisons donc les raisons des conflits d'intrt entre les allis afin
de discerner, en relation avec le projet d'intervention austro-italienne
en Albanie, quelles transactions sont susceptibles de permettre le
maintien du bloc balkanique.

LES PRTENTIONS GRECQUES

Elles ont trait  la fois  l'Epire,  la Macdoine et aux les de la
mer ge.

En Epire, la Grce se heurte  l'Italie. Les cartes ci-dessous et
ci-contre montrent  quel point les divergences sont grandes entre les
gouvernements de Rome et d'Athnes, combien, par consquent, les Grecs
doivent tre mus par le projet d'intervention italienne dans le sud de
l'Albanie et dans la rgion mme qu'ils revendiquent. Forts de leur
droit, ils dclarent formellement qu'ils considrent leurs conqutes
comme dfinitives et que, si l'Italie veut les chasser d'Epire, ils
rsisteront par la force. D'ailleurs, disent-ils, la partie de l'Epire
que nous revendiquons est habite par une forte majorit hellne. Qu'on
fasse un plbiscite, on verra bien. Le carton ci-dessous indiquant les
nombreuses coles, glises et monastres qu'ils ont en Epire suffit 
dmontrer que les Grecs ne courent aucun risque en proposant une
consultation des populations et  quel point les prtentions italiennes
sont injustifies.

Le diffrend qui existe entre les Hellnes et les Bulgares est galement
trs dangereux.

Pour les Grecs, il y a deux questions qui ne se posent mme pas: celle
de la pninsule chalcidique qui est entirement grecque et celle de leur
maintien  Salonique (Thessalonique en grec).

Aucun trait avant la guerre n'a rgl entre nous et les Bulgares,
disent les Grecs, le partage des territoires conquis; nous avons pris
Salonique les premiers. Cette ville est place dans notre sphre
d'action gographique. Nous prtendons y rester. Notre roi Georges, en
mourant  Salonique, a consacr dfinitivement cette cit terre
hellnique. Nous occupons la ville avec prs de cent mille hommes qui,
actuellement, se retranchent stratgiquement aux alentours. Si les
Bulgares veulent nous en chasser, il faudra qu'ils agissent par la
force.

[Illustration: Maximum des prtentions grecques. Le gris indique la
rgion que rclame la Grce et que lui contestent l'Italie d'une part,
la Bulgarie et la Serbie de l'autre.--Pour la signification des lignes
de points, traits et croix, se reporter  la carte gnrale ci-contre.]

Remarquons encore que les prtentions hellniques dpassent de beaucoup
Salonique. En principe, les Grecs les soutiennent ainsi. L'extension de
la Bulgarie en Thrace va aller bien au del de tout ce que l'on pouvait
supposer. Puisque nous allons abandonner aux Bulgares 400.000 Grecs, au
moins, sans aucun espoir de retour, au nom de l'quilibre balkanique,
nous devons avoir une compensation importante en Macdoine.

[Illustration: Iles qui faisaient partie de l'empire turc, actuellement
occupes par l'Italie (noms souligns d'un trait-double) ou par la Grce
(noms souligns d'un trait simple). Les premires comptent, sur 118.000
habitants. 102.000 habitants grecs (25.000  Rhodes, 18.000  Kolymnos,
16.000  Symi, 10.500  Kos, etc.) et 16.000 Musulmans; les secondes,
sur 325.000 habitants, 300.000 Grecs (115.000  Mytilne, 70.000  Chio,
47.000  Samos, 24.500  Lemnos, 12.000  Thasos, 12.500  Nikaria,
etc.), et 25.000 Musulmans.]

[Illustration: Carte montrant les difficults du partage, entre les
allis balkaniques, des territoires conquis.]

Partant de ce point de vue, le gouvernement d'Athnes, au cours des
hostilits, a propos  celui de Sofia comme base de partage des
territoires grco-bulgares une ligne partant  l'est de Kavala et
passant ensuite par Drama, Demir-Hissar, laissant au sud le lac de
Dorijan, puis Monastir, pour aboutir  peu prs au milieu du lac
d'Okrida. Il est vident que ce trac exprime un maximum des prtentions
grecques qui n'a d'ailleurs aucune chance d'tre accept par la
Bulgarie. On le sait bien  Athnes, aussi a-t-on en vue deux
transactions. L'une est indique par une ligne partant du fond du golfe
d'Orfano, passant au-dessus du lac de Dorijan et s'inflchissant ensuite
au sud de faon  laisser Monastir aux Serbes pour aboutir au milieu du
lac de Prespa. Enfin, ultime transaction, dont les Grecs ne parlent
encore que sans prcision, les Hellnes se contenteraient d'avoir autour
de Salonique un territoire suffisamment tendu pour assurer la dfense
stratgique de la ville. Mais c'est l, semble-t-il, le minimum
irrductible des prtentions des Grecs. Sinon, disent-ils, nous
subirons s'il le faut la guerre.

A la vrit, tant donn la tension des esprits, il suffirait d'un
incident fcheux pour compliquer encore la situation. A Nikaia, il y a
peu de temps, un vritable combat s'est engag entre Grecs et Bulgares;
et, dans le triangle Srs, Kavala, golfe d'Orfano, les troupes des deux
pays allis sont toujours en contact dangereux, les Bulgares occupant le
nord du triangle et les Grecs toute la partie sud bordant la mer.

A propos des les, les Grecs ont affaire aux grandes puissances. Aucune
difficult en ce qui concerne la Crte; elle leur est accorde. Mais ils
rclament, en outre, la possession dfinitive de toutes les les de la
mer Ege, y compris celles occupes par l'Italie pendant la guerre de
Tripolitaine. Comme ils ne peuvent pas agir directement contre les
Italiens pour les expulser, les Grecs s'en remettent  l'action de la
Triple Entente, qui a dj exprim l'opinion que ces les devaient
revenir  la Grce, comme ayant une population grecque. Quant aux les
occupes par la Grce et qui se trouvent prs de la Turquie d'Asie et
des dtroits, les puissances de la Triple Alliance les refusent  la
Grce sous prtexte de ne pas mettre en danger la puissance turque en
Asie, mais les Grecs font remarquer que ces les ont une population
hellne et que ce sont les seules qui prsentent pour eux un rel
intrt, puisque, en dehors de ces les, il ne s'agit que de quelques
rochers inhabits. Deux les surtout tiennent au coeur des Hellnes:
Mytilne, avec 115.000 Grecs, et Chio avec 70.000.

LES PRTENTIONS SERBES

Le conflit entre Serbes et Bulgares est aussi aigu que celui entre Grecs
et Bulgares. Il est rendu plus dlicat encore par l'existence d'un
trait d'alliance sur l'interprtation duquel on n'est pas d'accord
actuellement  Belgrade et  Sofia.

Il faut bien comprendre, disent les Serbes, que Je trait du 12 mars
1912 n'envisageait pas exclusivement une guerre devant amener un partage
dfinitif des territoires turcs. Quand nous avons sign, il s'agissait
surtout d'obtenir de la Turquie l'application des rformes promises  la
population macdonienne par le trait de Berlin, et, par consquent, de
nous mettre d'accord sur la dlimitation ventuelle des futures
provinces autonomes. Toutefois, il tait prvu que l'action diplomatique
pourrait chouer et qu'une guerre claterait. Dans ce cas, on a envisag
le partage de la Macdoine. Voici comment on a procd. Le trait
serbo-bulgare a d'abord dlimit deux zones de territoires incontests,
l'une serbe, l'autre bulgare, la rgion situe entre ces deux zones
formant le territoire contestable. Comme le montre la carte, la rgion
bulgare inconteste se trouvait  l'est de la ligne suivant d'abord la
chane des Rhodopes et ensuite la Struma pour aboutir au fond du golfe
d'Orfano. La zone serbe inconteste tait borne par une ligne partant
de la frontire serbo-bulgare, passant par les monts du Karadagh, du
Char Planina, donc nous attribuant tout le vilayet de Scutari, sous la
seule condition que nous, Serbes, en fissions la conqute effective, et
aboutissant  l'Adriatique bien au sud de Durazzo.

Quant  la zone contestable, elle avait, elle-mme, t dlimite dans
une certaine mesure par une ligne partant du point de jonction des
frontires serbo-bulgares et passant ensuite  l'ouest de Kuprulu
(Vels) pour aboutir au sommet du lac d'Okrida. Toute la portion  l'est
de cette ligne tait considre comme plutt bulgare, mais il tait
entendu qu'en cas de contestation on recourrait  l'arbitrage de
l'empereur de Russie.

Voil ce que disait le trait. Dans l'intrt commun des allis et
spcialement des Bulgares, nous avons fait beaucoup plus que notre
accord ne nous le prescrivait. Nous avons mobilis 360.000 hommes au
lieu de 150.000. Les Bulgares devaient mme nous aider avec 100.000
hommes dans la rgion du Vardar. Nous avons d nous en passer. N'est-il
pas vident que, du fait de son plus grand effort en Macdoine, la
Serbie a puissamment soulag la Bulgarie qui a pu employer toutes ses
forces dans la valle de la Maritza et marcher sur Tchataldja?
Aurait-elle pu le faire si elle avait envoy 100.000 hommes en
Macdoine?

Il y a encore un point fort important  mettre en lumire. _D'aprs
notre trait d'alliance, la Bulgarie tait tenue d'envoyer au secours de
la Serbie 200.000 soldats bulgares, si elle tait attaque par
l'Autriche._ Cdant aux conseils des puissances amies, nous avons vit
un conflit avec l'Autriche. Nous avons ainsi renonc au vilayet de
Scutari avec Durazzo que nous avaient abandonn les Bulgares et, comme
consquence, nous ne leur avons pas demand leur concours contre
l'Autriche. Les Bulgares ne doivent-ils pas nous indemniser de notre
renonciation  un droit qui a entran l'abandon de nos prtentions
essentielles sur la cte de l'Adriatique? Rotez encore que la guerre a
t prolonge pour nous d'au moins cinq mois dans le seul intrt de la
Bulgarie. Aprs la bataille de Lul-Bourgas, la paix aurait t possible
si les Bulgares n'avaient pas maintenu toutes leurs exigences. Or, nous
les avons aids  les soutenir. Alors que notre trait ne nous y
obligeait nullement, nous leur avons donn 50.000 hommes pendant toute
la dure du sige d'Andrinople. Nous avons aussi fourni du matriel de
sige et support des dpenses supplmentaires.

[Illustration: Maximum des prtentions serbes. Le gris indique les
territoires que la Serbie, ayant d renoncer au nord de l'Albanie,
rclame en Macdoine et que lui contestent les Bulgares et les
Grecs.--Pour la signification des lignes de points, traits et croix, se
reporter  la carte gnrale de la page prcdente.]

Enfin, dernire considration, grce  notre concours, les Bulgares
obtiennent beaucoup plus de territoires qu'ils ne l'espraient
eux-mmes.

Pour tous ces motifs, nous nous adressons  la Bulgarie et lui
proposons, dans l'intrt de l'entente balkanique, de partager les
territoires conquis non pas d'aprs un trait dont nous avons largement
outrepass les obligations, mais d'aprs l'quit. Or, l'quit
n'est-elle pas indique par une ligne suivant  peu prs les territoires
occups par nous, Serbes; par exemple, par une ligne partant au sud-est
d'Egri-Palanka et laissant Istip aux Bulgares, coupant le lac de Borijan
et allant ensuite rejoindre la frontire des Grecs avec lesquels nous
nous arrangerons toujours, bien que, comme nous, ils prtendent 
Monastir, et que nous ne soyons pas encore d'accord sur d'autres points.

En raison de nos normes sacrifices de toute nature, les Bulgares
doivent nous couter et discuter avec nous. S'ils ne le veulent pas,
c'est qu'ils envisagent la possibilit de nous faire la guerre.

Comme on voit, les Serbes comme les Grecs tiennent le mme raisonnement
aux Bulgares et disent en somme: Pourquoi quitterions-nous les
positions que nous occupons? Il rsulte de cette identit d'intrt et
de situation entre Serbes et Grecs que ceux-ci seraient amens 
rsister d'accord aux Bulgares, si finalement ceux-ci en appelaient aux
armes, _rsultat qu'videmment s'efforceraient d'obtenir l'Autriche et
l'Italie si elles intervenaient en Albanie._

LES PRTENTIONS BULGARES

Ces multiples arguments n'ont pas encore eu raison de la tnacit des
Bulgares. Il y a peu de jours, le gouvernement de Sofia n'avait pas
rpondu  la demande officielle du cabinet de Belgrade de ngocier et de
discuter, mais officieusement les Bulgares tiennent aux Serbes le
langage suivant:

Certes, vous vous tes conduits envers nous en allis trs loyaux
pendant la guerre. Nous le reconnaissons volontiers. Vous en avez
l'honneur. Mais rien ne saurait modifier la valeur de notre trait
auquel nous attribuons un sens troit et limitatif, et qui, selon nous,
prvoyait tous les concours que vous nous avez donns. Nous prtendons
donc  la possession des territoires situs  l'est de la ligne trace
par le trait, donc de Monastir et de Kuprulu (Vls).

Aux Grecs, les Bulgares disent:

Non seulement nous considrons vos prtentions sur Sers comme
exorbitantes et inadmissibles, mais pour nous il y a une question de
Salonique. En Bulgarie, notre opinion publique trs ardente considre
depuis longtemps Salonique, dont l'hinterland est bulgare, comme le
symbole de la Macdoine, et il nous est bien difficile de la faire
revenir sur sa conviction que Salonique doit appartenir  la Bulgarie.

Les Bulgares les plus excessifs voudraient non seulement Salonique, mais
encore que la frontire grco-bulgare ft ainsi trace. Elle partirait
de l'embouchure de la Vistritza, dans le golfe de Salonique, et finirait
 la frontire grco-albanaise prs de Koritza. Les Bulgares auraient
ainsi Jenidje-Vardar, avec son lac, Vodena, Ostrovo et son lac, Kastoria
et son lac. Ils toucheraient ainsi  l'Albanie.

Les Grecs ne semblent nullement disposs mme  discuter un pareil
trac.

Nos cartes montrent clairement  quel degr ces diverses prtentions
_maxima_ des allis sont opposes et quelles possibilits elles ouvrent
aux intrigues austro-italiennes. A premire vue, ces prtentions
paraissent tellement inconciliables qu'un conflit sanglant semble
invitable. Il y a cependant, malgr les efforts tripliciens  Sofia, de
srieuses raisons d'esprer que de larges transactions interviendront,
car si, en Serbie, en Grce et en Bulgarie, l'opinion publique, excite
au plus haut point, offre un terrain favorable aux puissances qui
cherchent la division des Balkaniques, il se trouve heureusement  la
tte de ces trois pays des hommes d'tat aux qualits minentes. Ils ont
montr dj trop de prvoyance et de hauteur de vues pour ne pas partir
de cette vrit certaine que l'union seule des allis a fait leur
victoire dans la guerre, que leur entente seule encore permettra aux
Etats balkaniques de tirer pendant la paix tous les fruits de leurs
brillants succs.

Comprenant leur imprieux intrt commun de dfendre avant tout la
formule les Balkans aux peuples balkaniques, ils inclineront sans
doute aux concessions mutuelles indispensables pour que la confdration
balkanique puisse durer et devenir une grande force politique,
conomique et militaire.

Certes, les hommes d'tat des Balkans, pour arriver  ce rsultat, si
souhaitable dans l'intrt vital de leur pays, ont plus que jamais 
lutter contre des influences extrieures qui travaillent  les brouiller
 mort. L'Autriche, aide de l'Allemagne et de l'Italie, va videmment
tout faire pour sparer les Bulgares des Serbes et des Grecs. Une guerre
entre eux faciliterait singulirement une occupation austro-italienne en
Albanie; les Serbes et les Grecs tant pris entre deux feux. Elle
comblerait, en outre, les voeux secrets de la diplomatie allemande, car
elle empcherait pour longtemps la ralisation de la confdration
balkanique qui est un vritable cauchemar pour Vienne et pour Berlin.

Des hommes d'tat aussi aviss que les souverains des Balkans et MM.
Guchof, Pachitch, Venizelos, ont trop d'avenir dans l'esprit pour ne
pas comprendre la gravit dcisive des prtentions austro-italiennes.
Ils rechercheront sur la base de quels principes suprieurs les
concessions mutuelles peuvent se faire. Ces principes, on peut les
entrevoir. Il est de l'intrt commun des Balkaniques qu'aucune autre
puissance ne s'installe dans la pninsule et que les partages soient
faits entre eux de telle sorte qu'aucun souvenir vraiment cruel ne
puisse rester au coeur de l'un d'eux. Pour arriver  ce rsultat
satisfaisant, il convient que la rpartition territoriale dfinitive
laisse autant que possible chaque alli parfaitement indpendant dans
sa sphre gographique.

LES CONCESSIONS RCIPROQUES POSSIBLES

Maintenant, quelles concessions rciproques peuvent tre envisages?

Il semble bien que les Bulgares seront amens  faire aux Grecs le
sacrifice de Salonique, puisqu'il ne saurait tre vit sans guerre. Or,
cette guerre odieuse entre allis, au lendemain de la victoire, ne
vaudrait certainement pas pour les Bulgares les avantages de toute
nature qui peuvent rsulter pour eux d'une entente avec les Grecs.
D'ailleurs, si les Bulgares laissent dfinitivement Salonique aux Grecs,
avec naturellement les territoires environnants ncessaires pour assurer
la dfense de la ville, ils ne se priveront d'aucun lment essentiel
pour mettre en valeur les territoires de la Bulgarie considrablement
agrandie. Bans Salonique, ville avant tout cosmopolite, o il y a fort
peu de Bulgares, c'est le port qui est intressant. Or, les Bulgares
vont avoir sur la mer ge plusieurs points o il est possible de faire
d'excellents ports purement bulgares. A Kavala, notamment, la situation
est admirable et on peut y crer de toutes pices un port aussi bien
appropri aux besoins de la marine de commerce que de la marine de
guerre.

[Illustration: Maximum des prtentions bulgares. Le gris indique les
territoires que les Bulgares rclament  l'ouest en vertu de leur trait
avec les Serbes, et au sud en contestant aux Grecs Salonique et une
partie de la Macdoine.-Pour la signification des lignes de points,
traits et croix, se reporter  la carte gnrale de la page prcdente.]

D'autre part, l'abandon de leurs prtentions sur Salonique permettrait
peut-tre aux Bulgares d'obtenir un autre rsultat qui leur serait
prcieux et qu'ils souhaitent ardemment: la cession de deux les
occupes par les Grecs qui, par leur position gographique,
conviendraient singulirement  la grande Bulgarie; l'le de Thasos, qui
parat presque indispensable pour assurer l'avenir stratgique de
Kavala; Samothrace, bien que plus loigne du rivage, prsente le mme
intrt pour le futur port bulgare de Dd-Agatch. Or, ces deux les,
occupes par la Grce, ont une population grecque. Samothrace compte
3.600 Hellnes et Thasos 12.344. Il est bien vident que les Bulgares ne
peuvent songer  obtenir ces les des Grecs que s'ils font  ces
derniers des concessions autour de Salonique. D'autre part, les Grecs
n'ont pas d'intrt  conserver deux les qui seraient pour les Bulgares
des objets trop tentants de constante convoitise.

Entre les Bulgares et les Serbes, il est souhaitable au plus haut point,
d'une part que des deux cts aucune mesure militaire ne soit prise qui
puisse tre considre comme offensante et que les Bulgares, apprciant
l'tendue et la diversit des sacrifices serbes, ne se montrent pas
intransigeants et qu'en tous cas l'arbitrage, prvu avant la guerre, de
l'empereur de Russie permette une entente durable entre Serbes et
Bulgares qui, au cours des hostilits, ont eu tant de raisons de
s'estimer rciproquement. Les Serbes, coups de l'Adriatique, souhaitent
naturellement de n'avoir  s'entendre qu'avec un seul tat, la Grce,
pour assurer leur issue conomique vers Salonique.

Les puissances de la Triple Entente ont des motifs trop puissants de
vouloir la dure de l'union balkanique pour ne pas s'entremettre
activement afin de maintenir l'accord des Balkaniques, surtout devant la
menace de l'intervention austro-italienne, et pour faciliter les
transactions indispensables au partage des territoires conquis sur les
Turcs. C'est aux allis, en cette heure si grave pour leur avenir, 
faciliter la mission des puissances qui leur ont manifest tant de
sympathies, en leur faisant confiance, en s'abstenant de rcriminations
inutiles, en vitant le _bluff_ des demandes exagres indigne de leur
cause, en gardant constantes chez eux l'estime et la reconnaissance
rciproques qui doivent rester au coeur de ceux qui ont combattu du mme
ct, et pour une cause aussi sainte que la libration du sculaire joug
ottoman.

Anims de cet esprit, les Balkaniques qui, aprs avoir triomph de tant
de difficults, grce  une entente troite, ont encore  assurer leur
avenir, feront bloc contre l'immixtion dans la pninsule de puissances
non balkaniques, si elle se produit, et ils comprendront finalement que,
selon notre proverbe, une mauvaise transaction vaut mieux qu'un bon
procs. Elle vaudra infiniment mieux surtout qu'une guerre fratricide
entre les allis, qui ternirait, devant le monde entier et d'une faon
irrmdiable, la gloire jusqu'ici si grande de la magnifique pope
balkanique.

ANDR CHRADAME.



[Illustration: LES FTES DE JEANNE D'ARC A PARIS.--Une procession
aux-flambeaux dans le parc des Franciscaines, impasse Reille. _Phot. L.
Gimpel, sur plaque hypersensibilise._]

Clbre, dans toute la France, avec une grande ferveur patriotique, la
fte de Jeanne d'Arc a t marque,  Paris, dimanche dernier, par de
belles manifestations, qui se sont droules dans l'ordre et
l'enthousiasme. Tandis que les faades des maisons, dans beaucoup de
quartiers, s'taient pares de guirlandes, de drapeaux, et d'tendards
bleu et blanc, les statues de l'hrone lorraine avaient t abondamment
fleuries, et, devant les monuments bien connus de la place des
Pyramides, de la place Saint-Augustin et du boulevard Saint-Marcel, ce
fut ds les premires heures de la matine un dfil d'imposants
cortges,--celui de la Ligue des Patriotes, conduit par son vaillant
prsident M. Paul Droulde, celui des ligueurs d'Action franaise et
des lves des grandes coles et des lyces, celui des lus de Paris,
auxquels s'taient jointes de nombreuses socits.

Pour avoir attir moins de foule, la crmonie dont nous donnons ici une
gracieuse image ne fut pas l'une des moins touchantes. Les
Franciscaines, dont la communaut s'tend, non loin du parc Montsouris,
dans les calmes abords de l'impasse Reille, ont vou un culte spcial 
la Bienheureuse, sous l'invocation de laquelle elles ont plac des
bonnes oeuvres et un patronage de jeunes filles: en dehors des heures de
travail, celles-ci apprennent l le chant grgorien, et sont les pieuses
lves de la mancanterie Jeanne d'Arc. Dimanche soir,  8 heures,
elles taient toutes runies dans le jardin joliment illumin, pour
participer  la procession aux flambeaux organise par les soeurs autour
de la statue de Jeanne d'Arc qui se dresse sous les arceaux des arbres.
Aprs qu'elles en eurent fait le tour, un sermon fut prononc par le
Pre Ledor, gnral des Eudistes, et la crmonie se termina par la
bndiction du Saint-Sacrement.



[Illustration: Les Montngrins creusent, dans le sol pierreux de la
colline enfin conquise, des fosses pour leurs morts.]

[Illustration: APRS LA PRISE DE TARABOCH.--Aspect d'une tranche
turque. _Phot. H. Grant, du_ Daily Mirror.]

[Illustration: L'vacuation de la ville par les troupes d'Essad pacha.]

[Illustration: Les Montngrins entrent dans Scutari.]

[Illustration: Entre du prince Danilo et de ses officiers.]

[Illustration: L'OCCUPATION DE SCUTARI PAR LES MONTNGRINS.--Les femmes
jettent des fleurs sur le passage de l'automobile du prince Danilo
rapportant  Cettigne les drapeaux turcs pris  Taraboch.--_Phot. H.
Grant, du_ Daily Mirror.]

[Illustration: UNE JOURNE GLORIEUSE POUR LES ARMES MONTNGRINES: LES
TENDARDS ROYAUX DPLOYS SUR LA CIME DU TARABOCH]

_Ce fut pour le Montngro un jour de grande allgresse, l'un des plus
heureux de toute son hroque histoire que celui o, sur le sommet du
Taraboch, arros de tant de sang, les tendards rouges o s'ploie
l'aigle d'argent dominrent le lac paisible, l'opulente plaine
qu'gaient de claires arabesques la Bojana, le Brin et le Kiri,--et
surtout Scutari, enfin conquise au prix d'un si vaillant effort. Jour de
joie sans lendemain, hlas! Sous la pression des puissances,
solidarises avec l'implacable Autriche, le pauvre et vaillant petit
pays a d abandonner sa conqute, la remettre  l'Europe: dans quelques
jours, des dtachements de marins dbarqus des navires qui bloquent
toujours les ctes montngrines, assureront la police de Scutari. Cet
abandon impos, inluctable, a t discut au cours d'un conseil
solennel de la Couronne, auquel assistrent tous les princes de la
famille royale, les ministres, les hauts dignitaires civils, et qui dut
tre tonnamment pathtique. En une premire sance, le roi couta les
avis, d'aucuns--et ceux des gnraux en tte--conciliants, pacifiques;
d'autres--ainsi celui du prince hritier Danih, qui a jou dans toute
cette guerre un rle minent--intransigeants, prconisant la rsistance
dsespre. A l'ouverture de la sance suivante, Nicolas 1er Ptrovitch
fit connatre sa dcision: Il me faut consentir  l'vacuation de
Scutari, de cette Scutari qui tait le rve le plus cher de mes jeunes
annes, de cette Scutari qui tait  la fois pour les Montngrins et
l'hritage ancestral et le gage d'un avenir plus heureux. Et, quand il
eut, de sa main, rdig et sign le tlgramme annonant ce renoncement,
le vieux hros de l'indpendance pleura._

[Illustration: HEURE DE TRIOMPHE.--Les clefs de Scutari dans une main,
le roi du Montngro dploie de l'autre, devant ses sujets, un drapeau
pris aux Turcs.]

[Illustration: Le roi Nicolas. UN PETIT PEUPLE HROQUE.--Tout le
Montngro en trois photographies: un vieux roi, des invalides, et des
enfants qui grandiront pour combattre  leur tour.--_Phot. H. Grant._]

[Illustration: Le bureau de l'agent consulaire franais aprs
l'explosion de l'obus tomb dans le jardin.]

[Illustration: La famine pendant le sige: Mme Krajewski, femme de
l'agent consulaire de France, soignant un affam.]

[Illustration: Maison des Franciscains ventre par un obus.]

[Illustration: Pendant le bombardement: la famille et les amis de
l'agent consulaire de France, M. Krajewski, rfugis dans la cave du
Consulat.]

[Illustration: Ruines d'une maison turque aprs le bombardement.]

[Illustration: LES EFFETS DU BOMBARDEMENT DE SCUTARI.--Dommages causs
dans le jardin du Consulat de France par un obus de 150 mm.--_Phot. de
M. C. H. Moore et du Dr. Merhaut._]



[Illustration: Embrasement de la basilique du Sacr-Coeur pour la fte
de Jeanne d'Arc  Montmartre.--_Phot. Famechon et Lejards._]

UNE VISION D'APOTHOSE

Nous montrons,  une page prcdente, la gracieuse crmonie par
laquelle fut clbre, le soir du 4 mai, chez les Franciscaines de
l'impasse Reille, la fte de Jeanne d'Arc, patronne de leurs bonnes
oeuvres. Tandis que, dans leur jardin retir, les flambeaux, les
veilleuses multicolores suspendues aux arbres, jetaient leur clat
discret, tout  l'autre bout de Paris, le Sacr-Coeur s'embrasait
magnifiquement. Les feux de Bengale, rouges et verts, allums au pied de
la basilique, les illuminations du dme et des coupoles, lui faisaient,
dans la nuit, une aurole de clart; et elle apparaissait, de loin, dans
son nuage lumineux, plus resplendissante encore de se dtacher sur un
ciel sans toiles, au-dessus des lueurs incertaines de la ville.

La journe de Jeanne d'Arc se termina sur cette vision d'apothose que
parvient  rendre, malgr les difficults de la photographie nocturne,
le clich reproduit  cette page.



LES MDAILLS DE 1870 AU BRSIL

Il y a quelques semaines, au Brsil, ceux de nos compatriotes qui
pouvaient orner leur boutonnire du ruban de 1870 se runissaient en une
cordiale agape o ils voquaient avec motion les souvenirs de la
guerre. Ils taient six survivants, MM. Georges Prevault, Flix Avril,
Andr Bourdelot, Claude Manasse, Louis Domingues et Clmencey, qui
avaient demand au colonel Balagny, le distingu chef de notre mission
militaire  Sao Paulo, et au consul de France, M. Charles Birl, de
prsider leur dner commmoratif. Ce fut, loin du pays, qu' chaque
minute de cette soire l'on voqua, une petite fte charmante o des
toasts, que les circonstances actuelles rendaient plus graves et plus
ardents, furent ports  la mre patrie.

[Illustration: Un groupe de six anciens combattants de 1870 vivant  Sao
Paulo (Brsil) runis sous la prsidence du colonel Balagny et du consul
de Fiance, M. Birl.--_Phot. A. Bourdelot._]



LE SERMONNAIRE DES PARISIENNES

Aux nombreux auditeurs et aux auditrices plus nombreuses encore des
confrences donnes, le mois dernier,  la salle de la Socit de
Gographie, par Mgr Bolo, le mdaillon, expos en ce moment au Salon et
d au sculpteur Doisy, que nous reproduisons ici, rappellera de
saisissante manire les traits de l'minent prlat dont les rudes
sermons savent si spirituellement chtier les frivolits ou les erreurs
de la vie mondaine. Il est des visages dont la ressemblance ne saurait
tre mieux rendue que par le relief, dur et vigoureux, du mtal: ce
profil nettement trac, d'une si fine et s, ardente expression, porte
l'accent de la vie.

[Illustration: Mdaillon de Mgr Bolo, par Doisy.]

Depuis deux ans qu'il s'est attach  traiter pour les Parisiennes, en
des sries de causeries places  pareille poque, des sujets de morale
auxquels ne conviendrait point la majest de la chaire, Mgr Bolo a vu
s'accrotre son auditoire fminin, empress  subir les rigueurs
persuasives de son loquence. De: mme que Mme de Svign aimait 
entendre Bourdaloue, qui frappe toujours comme un sourd, disant les
vrits  bride abattue, nos contemporaines se plaisent  couter la
parole du confrencier qui les charme en les gourmandant. Aprs avoir,
la premire fois, parl des Jeunes filles d'aujourd'hui, puis des
Mariages de demain, Mgr Bolo avait pris comme sujets, cette anne,
l'Empire des Salons et la Morale des Salons. Ce lui fut matire 
retracer, en termes particulirement heureux, toute l'histoire des
salons littraires, qui sont, dans le domaine de l'esprit, une sorte de
Champagne dlimite et de premire zone o s'labore notre fin et clair
langage, ce langage fluide, dor, ptillant, dont la vivacit explose en
des mots qui sautent comme des bouchons. Si l'ancienne conversation
franaise--celle qui tait en honneur  l'Htel de Rambouillet--fut
abondamment loue par le prdicateur, nos runions mondaines de
maintenant provoqurent ses svrits. Mgr Bolo blme les potins, les
commrages, redoute l'influence des thtrires--entendez les femmes
de thtre--accuse le bridge et la musique... C'est un sermonnaire
ardent, imptueux. Mais il sduit, jusque dans ses plus vives
remontrances. Il est le critique le, moins indulgent de notre
temps,--qui ne lui mnage pas les loges.



[Illustration: Un lgionnaire lit les prires funbres devant les
cercueils des morts de Nekhila.--_Phot. Georges Ancelm._]

NOTRE ACTION AU MAROC

_Les dpches frquemment publies par les quotidiens, en ces derniers
temps, ont donn l'impression qu'il se produisait, au Maroc, une
recrudescence d'activit guerrire. Et, en effet, les soldats qui ont
charge d'assurer la tranquillit  ceux qui veulent poursuivre une
besogne pacifique ont eu, avec les tribus turbulentes, la tche rude.
Nous nous sommes appliqus  rsumer ici les diverses phases des
oprations qui leur ont t confies._

DANS LA RGION DE LA MOULOUYA

Le travail de jonction de l'Algrie au Maroc par Taza se poursuivait
lentement et sans bruit depuis quelques mois, d'aprs la mthode
favorite du gnral Lyautey,--la fameuse mthode de la tache d'huile.
Selon l'expression image de M. Ladreit de La Charrire, on sapait
doucement la falaise de part et d'autre,  l'occident et  l'orient,
jusqu' ce qu'elle ft prte  tomber. Quelques craquements du ct de
la Moulouya viennent de rvler cette prudente besogne. Tandis que, par
l'ouest, le gnral Gouraud, aussi sagace ngociateur, quand il
convient, qu'il se montre, en d'autres circonstances, prestigieux
entraneur d'hommes, installait sans incident, sans avoir tir un seul
coup de fusil, un poste  Souk el Arba de Tissa, chez les Hya'ma, les
choses, au contraire, se sont passes moins doucement dans la rgion de
la Moulouya.

Au commencement de fvrier, progressant de quelques kilomtres, une
partie des troupes composant la garnison de Taourirt s'tablissaient 
Merada constitues en groupe mobile sous les ordres du gnral
Girardot, avec la mission, prcise par le gnral Alix, commandant le
Maroc oriental, de maintenir et de consolider les rsultats acquis au
cours des oprations de mai et juin 1912--dont nous avons rendu compte
en leur temps--de s'avancer autant que possible sur la rive gauche de la
Moulouya, afin de prparer une marche ventuelle sur la casbah M'Soun,
tape importante de la pntration vers Taza, qui ne s'accomplira que
l'heure bien sonne, enfin de protger les travaux du chemin de fer 
voie troite qui gagne peu  peu vers Guercif (la premire locomotive
est arrive au milieu du mois dernier  Taourirt).

Sitt install  Merada, le groupe mobile se mit  l'oeuvre, rayonnant
incessamment dans la plaine de Tafrata, repassant par tous les points
qui furent, l'an dernier, le thtre de pnibles combats. Grce 
l'appoint en hommes que fournirent les garnisons de Debdou et de
Guercif, des postes furent mis  l'oued Cefla,  Sidi Yousef, 
Maharidja et Safsafat. Entre temps, on reconnaissait la plaine de Djel,
parcourant les territoires des Haouara et des Beni bou Yahi, et on
atteignait, comme M. Etienne le pouvait dclarer  la Chambre, les
environs de la casbah M'Soun, sans avoir tir un coup de feu.

Le 9 avril, confiant en cette tranquillit, le gnral Girardot, avec
son groupe, partait pour aller tablir un poste nouveau  Nekhila, sur
l'oued Bou Redim, affluent de la Moulouya, au pied du massif du Guilliz,
l'un des premiers contreforts de la chane du Rif. La route fut calme.
Mais  peine arrivait-on au camp, vers une heure de l'aprs-midi, qu'une
attaque se produisit. Une fusillade clata sur les crtes montagneuses
du Zag, au nord. On tait engag, et il fallut se battre pendant cinq
heures pour repousser l'ennemi, qui laissa dix morts sur le terrain.
Nous avions seulement six blesss.

On n'eut qu'un court rpit:  9 heures du soir, les Bni bou Yahi,
auxquels on avait affaire, livraient un nouvel assaut plus furieux. Ils
arrivaient presque aux tranches: un tirailleur, Sad Sahar, fut tu 
bout portant. Le combat, violent, mouvement, ne prit fin qu' une heure
du matin.

Nos troupes avaient  peine eu le temps de souffler un peu et de se
remettre de ces alertes, quand, dans l'aprs-midi du 10, vers 2 heures,
des coups de feu, de nouveau, partirent d'une crte. Le capitaine
Doreau,  la tte d'un dtachement de la 2e compagnie du 1er tranger,
fut envoy pour occuper cette position. Les Bni bou Yahi lentement
reculrent vers le Guilliz, poursuivis par les lgionnaires. Mais cette
retraite cachait une embuscade.

Tout  coup, la petite troupe se vit entoure, cerne de toutes parts,
accable par une horde sept  huit fois suprieure en nombre. Le
capitaine Doreau, en vain, voulut ramener ses hommes; c'tait bien tard,
et le cercle se resserrait.

Ds le premier moment, le lieutenant Grosjean, qui transmettait l'ordre
du capitaine, tait frapp d'une balle sous l'omoplate. Le feu des
ntres ne parvint pas  arrter l'lan de l'ennemi, qui continuait 
progresser. Alors, le capitaine donna l'ordre suprme: En avant!  la
baonnette! Ce fut sa dernire parole: une balle en pleine tte le
foudroyait.

[Illustration: Carte de la rgion voisine de la Moulouya o oprent nos
troupes du Maroc oriental.]

[Illustration: Sur les rives de la Moulouya: au premier plan, ruines de
la casbah de Merada; au centre, les montagnes du Guilliz, et, tout 
l'arrire-plan, le moyen Atlas.--_Phot. Georges Ancelm._]

[Illustration: NOS PROGRS DANS LE MAROC ORIENTAL.--Sur les bords de
l'oued Melllou,  Safsafat, notre poste le plus avanc dans la
direction de Taza, au sud de la casbah M'Soun.-_Phot. du lieut.
Durdilly._]

[Illustration: Colonel Mangin. Devant la casbah de Mechra en Nefad en
feu: le colonel Mangin, son tat-major et,  ct de son fanion, le
fanion de ralliement abandonn par Moha ou Sad.]

[Illustration: A LA CONQUTE DE L'ATLAS MAROCAIN.--La casbah Tadla sur
l'oued Oum er Rbia. Vue prise le 7 avril, jour o le colonel Mangin,
ayant bouscul la harka de Moha ou Sad, se jeta rapidement sur le seul
pont permettant sa fuite. Phot. du lieut. Bourgoin.]

[Illustration: Carte des rgions du Maroc occidental o oprent les
colonnes Mangin et Henrys.]

Bientt se produisait un corps  corps pique. Les cadavres, des deux
cts jonchaient le sol.

La retraite est force, crit un des acteurs de ce combat farouche. Le
lieutenant Grosjean, qui, bien que bless, se tranant, assume le
commandement, l'a ordonne lui-mme. Les Bni bou Yahi, ivres de sang et
de carnage, se prcipitent, arms de formidables poignards. Les
poitrines haltent. On entend le ronronnement des balles de gros
calibre, ml aux sifflements des projectiles Lebel. Avec des cris
dmoniaques, les Marocains essaient d'achever les blesss, s'acharnent
mme sur les morts. Le corps du capitaine Doreau est frapp de trois
coups dans la poitrine; le caporal Schwartz, inerte, a la tte tranche,
que dis-je? hache! Le lieutenant Grosjean essaie de se relever, mais
ses forces le trahissent, et, dans un cri, il retombe puis: A moi, la
Lgion!

Cet appel du chef a t entendu. Les lgionnaires qui se repliaient
font volte-face et foncent sur l'ennemi, baonnette au canon. Le fer
rougi de sang dfonce les poitrines. C'est un spectacle poignant que
celui de cette poigne d'hommes disciplins, et vaillante plus qu'on ne
saurait le dire, se frayant un passage au milieu de cette tourbe
hurlante et grimaante. Ils arrivent auprs de leur lieutenant, le
saisissent  bras le corps, le relvent, l'emportent, glorieux otage.
Une pluie de balles s'abat sur eux. Le sergent Panter, qui soutient le
lieutenant Grosjean, a le pouce enlev. Le lieutenant lui-mme a la main
droite traverse. Plusieurs lgionnaires tombent  leur tour. Alors, des
luttes dsespres s'engagent, car il s'agit de ne pas laisser les
blesss aux mains de ces sauvages, et chaque groupe, protgeant et
entranant un frre d'armes hors de combat, n'est, pour les fusils
marocains, qu'une trop belle cible...

Enfin, des goumiers en patrouille ont entendu la fusillade. Ils
arrivent  la rescousse. Le camp est prvenu: c'est pour les Beni bou
Yahi la dbcle. Mais de quel prix ce succs est achet: nous avons sept
morts, dont le capitaine Doreau et deux caporaux, et neuf blesss, tout
cela sur trente-sept combattants: car ils n'taient que quarante engags
en cette affaire si rude!

Deux jours plus tard, le 12 avril,  7 heures du matin, un trs simple
et trs mouvant cortge se dirigeait du camp vers le cimetire de
Merada. Prcdes de la section de mitrailleuses du 6e bataillon, sept
arabas ornes de lauriers, de feuillages, de tentures tricolores de
fortune, portaient  leur dernire demeure les dpouilles des braves de
Nekhila. Toute la garnison assistait  cette triste crmonie, et, aprs
un discours du commandant Quirin, un lgionnaire, tte nue, la figure
grave, dit la prire des morts,--en latin. C'est, disaient les hommes,
un ancien cur. Qui sait quelles paves recle la lgion, si brave, si
noble? Au moins, nous demeurions sur nos positions: le 16 avril, le
gnral Girardot inaugurait officiellement le poste. Pour la premire
fois, le pavillon tricolore flottait sur la redoute Doreau.

Sans doute aura-t-elle encore  subir plus d'une attaque, car les tribus
ne peuvent se rsigner facilement  une occupation qui nous livre
l'unique point d'eau de la rgion. Elles ont, d'autre part, trop de
facilits  nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole
o, aprs chaque dfaite, elles peuvent se rfugier: le 10 avril, en
droute, c'est l qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui
les drobait vite  notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est
l, assez fort pour se dfendre: le gnral Girardot, en jugeant ainsi,
regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se
remettait  la disposition du gnral Alix pour de nouvelles oprations.

Le commandant en chef du Maroc oriental prparait aussitt, pour la
marche vers la casbah M'Soun, une colonne forme du groupe mobile du
gnral Girardot et du groupe de rserve du gnral Trumelet-Faber, dont
il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos
bien mrit taient accords aux combattants de Nekhila. Mais les Beni
bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.

Le 19, le gnral Alix tait prvenu qu'ils se disposaient, au nombre de
plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa,  attaquer de nouveau,
le lendemain matin, le poste de Nekhila, la redoute Doreau dfendue
seulement par 500 hommes.

A 8 heures du soir, l'ordre de dpart tait donn. Deux heures et demie
plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure,
trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les
tnbres. Ils marchrent toute la nuit, surprirent au petit jour
l'ennemi, install au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un
instant de repos, engagrent l'action.

_Voir plus haut,  la page 441, la carte de la rgion de la Moulouya._

Un moment dsempars par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou
Yahi se ressaisirent assez vite. Ils rsistrent opinitrement jusqu'
une heure de l'aprs-midi. Alors, brusquement, accabls  la fin par les
feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se dbandrent, s'enfuirent
dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur
camp qui fut ananti. Nous avions cinq morts et vingt et un blesss,
qu'on ramena vers Merada.

Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une
attaque contre le mme poste, si vive, que plusieurs piquets du rseau
de fil de fer furent arrachs et que les assaillants parvinrent  jeter
dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes
confectionnes avec de vieilles botes de conserves: la garnison se tira
d'affaire seule et repoussa cette agression.

Depuis lors, le calme rgne  Nekhila. Le gnral Alix y demeure avec sa
colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus
dont il surveille l'attitude, prt  s'lancer vers M'Soun ds qu'il
aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce
nouveau bond en avant.

A L'ASSAUT DE L'ATLAS MAROCAIN

La brusque occupation par le colonel Charles Mangin, plus que jamais
plein d'allant, d'un point sur l'oued Zem, affluent de l'Oum er Rbia,
occupation affirme par l'installation d'un poste, a dtermin dans la
rgion occupe par les Zaanes une certaine effervescence,  laquelle il
a fallu faire face vigoureusement. De l, toute une srie d'oprations
qui se poursuivent encore  l'heure actuelle, et que couronnera, trs
vraisemblablement, une action d'ensemble, annonce, puis dmentie, 
laquelle prendraient part cinq colonnes convergeant vers le pays zaane
et son hypothtique capitale Khenifra.

En attendant le dclenchement dcisif, deux colonnes, sous le
commandement des colonels Charles Mangin et Henrys, font d'nergique
besogne, l'une remontant progressivement vers les Zaanes, l'autre
descendant vers le sud dans la rgion de Mekns.

Menac d'une attaque de Moha ou Hamou el Zaani, notre irrconciliable
ennemi, qui s'est rapproch jusqu' Betmat Assaoua, d'o il commande
aux Smaala, Beni Khirane et Beni Zemmour, le colonel Mangin se dcide 
prendre les devants.

Il quitte, nous crit un des officiers de la colonne, l'oued Zem le 25
mars  minuit et tombe,  9 heures du matin, sur le campement de notre
vieil adversaire, qui ne dut son salut qu' une fuite rapide. L'audace
du colonel dconcerte les contingents que poussait le Zaani et qui se
sentent abandonns de lui. Les Beni Zemmour, Smaala, Beni Khirane
commencent  comprendre l'inutilit d'une plus grande rsistance et ils
viennent, les uns aprs les autres, offrir leur soumission au colonel.
Pour les hter, celui-ci se porte  la rencontre d'un dtachement de
sortie, venu de Zailiga, qui pourrait, le cas chant, prendre les
tribus par derrire.

C'tait le premier avantage remport sur des tribus qu'aucun sultan n'a
domines depuis Moulai Ismal, le contemporain du Roi-Soleil. C'tait le
point de dpart d'une campagne de premire importance.

Restaient, continue notre correspondant, les contingents du Sud. Les
Chleuh, chasss de leurs montagnes par la neige, s'taient groups sous
les ordres de Moha ou Sad sur les deux rives de l'Oum er Rbia. Cet
autre adversaire avait, en outre, entran dans son sillage les At
Roboa.

Le colonel Mangin songe  rduire ces contingents. Il part subitement,
le 6 avril dans l'aprs-midi, de la dechra Brakne o il avait reu la
soumission des tribus du Nord, et vient coucher  Boujad, qu'il quitte
au milieu de la nuit pour chercher  atteindre Moha ou Sad; mais des
guetteurs nous ventent et les campements sont levs prcipitamment et
dirigs vers l'oued. Les pluies des derniers jours et la fonte des
neiges ont grossi le cours d'eau au point que bon nombre de gus sont
impraticables et que la majeure partie des hommes et des animaux devra
gagner l'unique pont de la casbah Tadla: c'est l'objectif du colonel
Mangin. Il l'atteint vers 10 heures du matin et y trouve un dsordre
indescriptible. Cavaliers et pitons se bousculent pour franchir
l'troit passage, alors que plus de dix mille moutons, qui n'ont pas
encore eu le temps de passer, nous sont abandonns.

Mais Moha ou Sad nous avait chapp. Il s'tait retir chez lui, 
Mechra en Nefad, au pied de la montagne,  12 kilomtres de la casbah
Tadla. A 2 heures, la colonne se remet en marche et se dirige vers le
repaire de notre ennemi, qui se reposait tranquillement des fatigues de
la matine. Et c'est une nouvelle fuite de notre adversaire, un dpart
tellement rapide, que le chef si prestigieux nous abandonne son tendard
de satin blanc.

Un foyer d'agitation existe encore  Beni Mellal, o sont groups
environ quatre mille guerriers. De mme que les prcdents, le colonel
Mangin va le rduire  nant. Partie de la casbah Tadla le 10 avril  11
heures du matin, la colonne vient camper  Zidania, malgr de belles
attaques de Marocains qui cherchent  l'accrocher en arrire.

Un orage dans la soire fait craindre des difficults pour le
lendemain, mais qu'importe? les admirables troupes pressentent la
victoire, et il est peu d'obstacles pour les arrter. A midi, la
rsistance tait brise, les innombrables dfenseurs de la casbah Bni
Mellal et des jardins qui l'entouraient avaient d nous cder le
terrain.

Ayant frapp ce coup nergique, le colonel Mangin continua pendant
quelques jours  parcourir le pays, recueillant force soumissions,--mais
quelle sincrit faut-il attendre de ces gens  qui, confiants, on donne
l'aman, et qu'on retrouve huit jours aprs devant soi, le fusil  la
main?

Le 19 avril, enfin, la colonne Mangin atteignait l'oued el Abid  Dar
Cad Embarek, o elle devait donner la main au lieutenant-colonel Savy,
venu de Marakech. La violence du courant de l'oued ne permit qu'aux
cavaliers du lieutenant-colonel Savy de passer sur la rive droite, mais
la jonction tait faite et l'impression produite sur les indignes
considrable. Ils comprenaient que, dsormais, toute tentative de
rbellion serait rapidement rprime, que, soit de Marakech, soit d'El
Borouj, soit de l'oued Zem, des colonnes pouvaient se porter sur le
moindre foyer d'agitation.

A quelques jours de l, le 25 avril, le colonel Mangin revenait  El
Borouj pour y accueillir le gnral Lyautey, qui avait tenu  se rendre
compte de la situation au Tadla. Le rsident gnral reut les cads
rcemment soumis, et, trs certainement, sut trouver les mots
convaincants pour les affermir dans leurs rsolutions pacifiques et leur
dmontrer que leur intrt bien entendu mme les engage  vivre avec
nous en bonne intelligence.

Aprs le dpart du gnral Lyautey, le colonel Mangin reprenait ses
troupes  Dar ould Zidouh et les ramenait  la casbah Tadla.

Le 26 avril, il tait de nouveau en route, marchant sur An Zerga. Prs
de ce point, son arrire-garde fut en butte  une attaque de la part des
contingents Ab Attala et Ab Bouzem. Toute la colonne dut tre engage,
tant l'agresseur devenait mordant. Repouss, enfin, et poursuivi par
toute la cavalerie et l'artillerie monte, l'ennemi subit des pertes
nombreuses. De notre ct, 4 tus et 27 blesss, parmi lesquels le
colonel Mangin lui-mme, atteint lgrement  la jambe.

Dans la nuit mme, la colonne continuait sa marche vers Sidi Ali ben
Brahim, o tait groupe une harka de Chleuh. Le terrain qu'elle
traversa tait jonch encore de cadavres de Marocains tombs la veille.

L'ennemi guettait les ntres, embusqu dans un bois d'oliviers, en avant
de Sidi Ali. Le combat fut un des plus meurtriers que nous ayons livrs,
puisque nous emes 18 morts et 41 blesss. La harka tait nombreuse et
acharne. Elle tint bon jusqu' 8 heures du soir, puis alors se dbanda
 bout d'effort, se dispersa dans toutes les directions. Elle se
reformait un peu plus tard et,  distance respectueuse, observait notre
attitude. Le colonel Mangin, pour en finir, recourut  une ruse
classique: il feignit de se replier. Son mouvement fut suivi par
l'ennemi. Alors, se retournant brusquement, dans une vigoureuse
contre-attaque, il infligea aux Chleuh des pertes considrables. La
colonne passa la nuit  Sidi Ali et n'en repartit que le
lendemain,--sans avoir t de nouveau inquite. Le 2 mai, elle rentrait
 la casbah Zidania.

Plus au nord, le colonel Henrys de son ct a dploy une activit gale
et a eu  faire face  des groupes non moins ardents, Zemmour, Beni
M'Tir, Beni M'Guild, Guerouane.

Parti d'El Hajeb au commencement d'avril, son action devait se
dvelopper vers le sud. Le 2 avril, en un raid rapide, il surprenait un
campement hostile et lui enlevait ses troupeaux; le lendemain, il
occupait la casbah des mmes dissidents. Des ngociations s'ouvraient
immdiatement. Un premier douar zemmour de 60 tentes faisait sa
soumission, et, en quelques jours, 200 tentes guerouanes sollicitaient
et obtenaient l'aman.

Ces ngociations furent  maintes reprises interrompues; quelque
effervescence se produisait qui obligeait le colonel Henrys  porter un
coup rapide, toujours suivi de soumissions nouvelles.

L'un de ses succs les plus remarquables fut, le 23 avril, la prise et
la destruction de la casbah Ifran. Pour l'atteindre, il avait fallu 
ses vaillantes troupes traverser la fort de Jaba, passer le mont
Koudiat,  1.700 mtres d'altitude, dans le brouillard, le froid, la
neige.

Le 24, le colonel Henrys prenait contact avec la colonne Comte, venue de
Fez sans qu'on ait signal, dans sa marche, aucun incident.

Les dissidents, en revanche, ne devaient pas laisser au colonel Henrys
grand rpit.

Bientt, il tait avis qu'ils allaient attaquer son camp de Dar Cad
Itto (sur la position exacte duquel on n'est pas encore exactement
fixs). Sans attendre cette attaque, le colonel dcidait de prendre
l'offensive et de se porter sur Azrou o les dissidents taient
installs. Mais eux-mmes, avertis, se retirrent sur les hauteurs
boises qui dominent le sud de la ville. Celle-ci fut occupe aprs une
courte rsistance. Le colonel y trouva des approvisionnements de bois
considrables, qui serviront  la construction de redoutes fortifies.

Les Marocains firent pourtant un retour offensif. Ils furent repousss.

Le colonel Henrys regagna le camp de Dar Cad Itto, en dtruisant sur sa
route quatre casbahs appartenant  la tribu des Beni M'Guild, dans la
valle de l'oued Tigrira.

[Illustration: Passage de l'Oum er Rbia par l'artillerie de 75,  la
casbah Zidania.--_Phot. du vtrinaire militaire Wagner._]



CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'TRANGER

Voil une exprience faite, et nous savons ds maintenant ce qu'il
faudra voir le 4 mai de l'an prochain. Il faudra voir la fte de Jeanne
d'Arc. Des Franais de tous les partis en rclamaient, depuis des
annes, la clbration. Qu'attendait-on pour les satisfaire? Dans un
pays comme le ntre, o l'on adore non seulement la bravoure, mais les
gestes les attitudes jolies de la bravoure, et qui a pour capitale une
ville dont un philosophe a dit qu'elle tait le paradis des femmes, on
imagine trs bien de quel clat charmant, de quelle somptuosit tendre
et pieuse pourra tre revtu un tel hommage, le jour o la loi l'aura
consacr; une fte officielle de l'Hrosme guerrier qui sera la fte
d'une jeune fille! N'est-ce pas de quoi enflammer de joie tous les
cours? Nous n'avons eu, dimanche dernier, qu'une bauche de cette
fte-l, puisqu'elle n'est point officielle encore... Quel mouvant
spectacle pourtant nous donna cette foule parisienne, qu'on dit
sceptique, et que nous vmes heureuse de pavoiser, de dfiler, de prier
pour une petite villageoise qui sauva sa patrie, et dont l'aventure
prodigieuse a des grces de conte de fes. Des penseurs ont voulu faire
du 1er mai la fte du Peuple. Je crois bien qu' cette date-l, celle du
4 mai va faire dsormais la plus srieuse des concurrences,--et que le
peuple ne s'en plaindra point.

                                 *
                                * *

Jeanne d'Arc fte dimanche; un roi salu, trois jours aprs, par les
acclamations de Paris... Les trangers qui furent tmoins de cette
commmoration et de cette visite rendront au moins cette justice au
Paris de 1913 qu'il sait tre rpublicain avec clectisme et politesse.
Il est vrai que le roi d'Espagne est un de ses monarques favoris. Paris
aime Alphonse XIII pour sa jeunesse, pour son courage, pour l'espce de
srnit lgante qu'il oppose aux petites misres et aux grands risques
de son mtier de roi, et enfin (car on est goste!) pour l'amiti trs
sincre que nous savons qu'il a pour nous.

Mais pourquoi ce souverain s'en va-t-il si vite d'une ville qu'il aime?
Il ne s'est mme pas donn le temps de goter la grce... un peu
mouille de notre printemps. Il y avait trop de monde et trop de bruit
aux Champs-Elyses, mercredi, pour qu'il y pt voir comme la neige de
nos marronniers en fleurs est jolie  regarder entre l'Arc de triomphe
et l'Oblisque. Il n'a pas vu nos Salons du Grand Palais. Il n'a pas vu
se dresser sur la piste sable du Concours hippique les formes blanches
d'un peuple de statues... Il n'a mme pas regard nos petits Salons!

Ils sont plus charmants que jamais et composent,  cette heure, un
spectacle d'exceptionnel attrait. Les petits Salons, c'est ce qu'il faut
voir cette semaine.

Je place au nombre des petits Salons cette dlicieuse exposition de
l'Union centrale consacre aux Arts fminins et  laquelle les grands
murs nus du Pavillon de Marsan font un si auguste cadre. Arts fminins,
en chacun desquels s'voque un peu de l'me de nos vieilles provinces.
Paris leur envoie,  ces provinces, ses modes, qui changent deux fois
par an. Elles lui envoient, elles, d'exquis souvenirs de leur pass, et
ce qu'il y a d'ternel dans leurs traditions d'lgance. Car les modes
d'une province, c'est quelque chose dont on ne sait pas l'ge, et qui ne
change jamais.

                                 *
                                * *

De la rue de Rivoli, courons  la rue de Sze (aprs une halte, qui ne
sera pas sans agrment, chez les _Intimistes_, du boulevard
Malesherbes); et nous voici devant l'Exposition charmante de Luigi Loir.
Personne ne connat mieux que ce peintre nos boulevards extrieurs et
notre banlieue; et l'on pourrait dire qu' travers ces dcors-l Luigi
Loir est, pour l'tranger, le meilleur des guides, car il leur en fait
voir ce que d'eux-mmes, en vrit, ils n'y auraient jamais vu. De
Montmartre ou de Bougival l'tranger ne connat gure que les heures
brillantes du jour ou de la nuit. Il a vu Bougival sous le soleil du
printemps; Montmartre sous le flamboiement de ses illuminations et de
ses tapages nocturnes. Luigi Loir nous en montre et nous en fait aimer
les mlancolies crpusculaires. Cet instant de la journe o
s'entr'ouvre sur la nuit qui vient l'oeil clignotant des bleus becs de
gaz, personne ne l'a dcrit aussi finement, aussi spirituellement que
lui.
                                 *
                                * *

De l'esprit! Il semble qu'on ait peur d'en avoir, en peinture; ou qu'on
ne sache pas en avoir. Aux premiers rangs de ceux qui en ont, et
beaucoup, saluons M. Andr Devambez dont voici prcisment l'Exposition
ouverte, depuis quelques jours,  ct de celle de Luigi Loir, chez
Georges Petit. Prs de cent cinquante numros groups en un Salon
unique! C'est que M. Devambez possde ce don, aussi rare chez les
peintres que chez les crivains, de savoir dire beaucoup de choses en de
trs courts alinas. M. Andr Devambez fait penser  ces matres
flamands et hollandais dont les petits tableaux contiennent souvent de
si grande peinture. Et comme il aurait tort d'agrandir les toiles o il
peint! N'y fait-il pas tenir tout ce qu'il veut? Ne s'y montre-t-il pas,
tour  tour, pote, historien, humoriste?

Humoriste! Comme je sais gr  M. Devambez d'oser l'tre franchement;
d'avoir compris--comme le comprenaient ces matres flamands et
hollandais dont il tait temps, vraiment, de reprendre chez nous la
tradition dlicieuse--qu'une ralit _comique_, c'est quelque chose qui
peut tre peint tout aussi bien que dessin, et que la couleur ne
saurait tre le privilge des sujets nobles,--ou ennuyeux. M. Devambez
aura t l'un des premiers  s'apercevoir de cela. Remercions-le du
service qu'il nous rend... et qu'il rend  la peinture!

UN PARISIEN.



AGENDA (10-17 mai 1913)

EXAMENS ET CONCOURS.--Le cours complmentaire d'tudes coloniales au
Collge de France est vacant. (Le dlai d'inscription et de production
des titres des candidats expirera le _18 mai._)--Le _14 mai_ auront
lieu,  Paris, des examens pour l'obtention des brevets de langue
annamite, cambodgienne et caractres chinois.--Un concours
d'architecture est ouvert  Toulon, entre tous les architectes franais,
pour la reconstruction de l'htel de ville de Toulon.

CONFRENCE.--Comdie des Champs-Elyses (avenue Montaigne), le _10 mai_,
 4 h. 1/2: _la Femme et le Thtre_, confrence et auditions de M.
Marcel Prvost, -propos en vers de M. Xavier Roux.

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--_Paris_: Grand Palais: Salon de la Socit des
Artistes franais; Salon de la Socit nationale des Beaux-Arts.--Petit
Palais: exposition de David et ses lves.--Ancien htel de Sagan (23,
rue de Constantine): exposition d'objets d'art du moyen ge et de la
renaissance au profit de la Croix-Rouge franaise. Cette exposition
durera jusqu' fin mai.

--Htel de Ville (salle Saint-Jean): exposition de la Socit artistique
et littraire de la Prfecture de la Seine.

--A l'Office tunisien (2, rue Meyerbeer): exposition d'oeuvres des
frres Delahogue (vues de Tunisie et d'Algrie).--Au Palais de Glace:
Salon des Humoristes, organis par le _Rire_.--Galerie Devambez (43,
boulevard Malesherbes), jusqu'au _17 mai_: exposition de la Socit des
Intimistes.--Salle Georges Petit (8, rue de Sze), jusqu'au _15 mai_:
aquarelles et dessins par A. Devambez; tableaux, aquarelles et tudes
par Luigi Loir.--Galerie La Botie (64 bis, rue La Botie), jusqu'au _21
mai_: exposition de la socit Le Pastel.

L'EXPOSITION CANINE.--L'exposition canine internationale, organise par
la Socit centrale pour l'amlioration des races de chiens en France,
se tiendra sur la terrasse de l'Orangerie des Tuileries du _17_ au _26
mai_. Elle aura lieu en deux sries: 1 chiens courants franais et
trangers, bassets et chiens d'arrt; 2 chiens courants btards, chiens
de berger, de garde, et chiens de luxe.

CONCERTS.--Le _15 mai_, salle Gaveau, en soire, concert donn par le
violoniste Jacques Thibaud;  la mme date, salle Pleyel, concert du
quatuor avec piano (Lucien Wurmser, Firmin Touche, Maurice Vieux. Jules
Marneff).

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _10 mai_, le Tremblay; le _11_,
Longchamp; le _12_, Saint-Cloud; le _13_, Saint-Ouen; le _14_, le
Tremblay; le _15_, Longchamp; le _16_, Maisons-Laffitte; le _17_,
Saint-Ouen.--_Escrime_: le _17 mai_, assaut du cercle Hoche; le _18 mai_
s'ouvrira, au Jardin des Tuileries, la grande semaine des armes de
combat organise par la Fdration parisienne d'escrimeurs.--Automobile:
les _11_ et _12 mai_ se courra le tour de Sicile (Targa-Florio); du _11_
au _15 mai_, grand meeting de vitesse organis par le Club de la Sarthe
et de l'Ouest, la Flche, Laval, Tours.--Le _18 mai_, ouverture du 4e
Salon de l'automobile  Saint-Ptersbourg.--_Boxe_: les grands prix
amateurs de boxe anglaise se disputeront, les _11_ et _18 mai_,  la
salle Boisleux, et les mmes jours, au Boxing Hall.--Le match de boxe
pour le titre de champion d'Europe, qui devait se disputer 
l'exposition de Gand le _25 mai_, est remis au _1er juin_.--_Cyclisme_:
les _17_ et _18 mai_, course Bordeaux-Paris.--Au Parc des Princes, les
_11_ et _12 mai_, grand meeting de la Pentecte; grand prix de la
Pentecte; course  l'australienne.--_Athltisme_: courses  pied le _12
mai_, Racing-Club de France contre South London Harriers; le _18 mai_,
prix Blanchet.



LES LIVRES & LES CRIVAINS

DINGO

Le dingo est un chien qui nous vient d'Australie, un chien,  vrai dire,
ni chien ni loup, mais plutt loup que chien, et qui tient surtout du
loup de Russie;  ce dtail prs--observe sir Edward Herpett, le
personnage de prface du nouveau livre de M. Octave Mirbeau (1)-- cela
prs que, n'ayant ni le pelage gris du loup, ni son chine basse, il
rappelle, sans l'excuse de la faim et mme sans un got trs violent
pour la viande, sa frocit carnassire. Enfin, le dingo est un loup
dont l'illusoire ressemblance avec le chien suffit  le faire accepter
comme chien parmi les btes et les gens de notre socit organise. Mais
il n'en est pas moins que le dingo reste loup et qu'en traversant les
foules--humaines et animales--ordonnes, polices, civilises, de notre
temps, il y demeure un lment de trouble, de contraste, et--pour M.
Mirbeau--d'tudes comparatives. Sauvagerie contre civilisation. La bte
instinctive contre l'homme duqu. La nature contre l'artifice. Ouvrons,
 nouveau, parmi les dcors de cette poque, la lice des millnaires et
tenons les paris. M. Octave Mirbeau s'est rserv le soin de tirer la
philosophie, ou du moins une philosophie, de ce rapprochement et de cet
antagonisme, et, sans grande hsitation, avec une sorte de joie, il a
donn comme titre au recueil de ses impressions, observations,
conclusions, le nom de celui qui, dans ce contact mouvant, lui parat
avoir jou le rle du personnage noble, du hros. Il a donn comme titre
 son livre le nom de la bte sauvage: _Dingo_.

    [Note 1: _Dingo_, par Octave Mirbeau, Eug. Fasquelle, dit.]

Donc, _Dingo_, rcit d'une vie de chien, est surtout une histoire de la
vie des hommes, des hommes d'aujourd'hui et aussi sans doute des hommes
de demain; car M. Octave Mirbeau ne semble gure admettre dans
l'volution de l'humanit de grandes possibilits de changement, ni
surtout de perfectionnement. L'homme est grotesque quand il n'est pas
criminel et criminel quand il n'est pas grotesque. Vous ne le sortirez
point de l, et il parat difficile, tout pes, que jamais l'me d'un
homme puisse valoir l'me d'un chien, voire d'un chien froce.

Ne vous indignez pas trop contre M. Octave Mirbeau, ni contre son livre.
D'abord M. Mirbeau a prodigu dans ce livre tout le talent pre que vous
aimez en lui, et rarement l'art de la forme a davantage par la violence
du fond. M. Mirbeau, vous le savez, est le plus poignant, le plus
impitoyable des pessimistes satiriques. C'est le pamphlet en une phrase,
en un mot, en une virgule. Il vous trangle entre deux tirets et vous
assomme avec trois points de suspension. Il est  lui seul Juvnal et La
Rochefoucauld, Diogne et Jean Veber. Mais encore vaut-il mieux ne le
comparer  nul autre. Mirbeau est Mirbeau sans plus et sans moins. Et
c'est bien assez pour son compte et pour le ntre.

La socit des hommes, dans le nouveau livre de M. Mirbeau, tient en un
village de quelque Seine-et-Oise, le village de Ponteilles-en-Barcis. Il
y a l, d'un ct, tous les reprsentants de notre organisation
conomique, politique, administrative, militaire, religieuse, ceux de la
famille, ceux de la communaut et ceux de l'tat. Il y a, de l'autre
ct, Dingo, le chien sauvage. Et le massacre commence. Si M. Mirbeau,
en ce carnage, pargnait quelqu'un ou quelque chose, cela deviendrait
tout  fait angoissant, car tels de nous qui ne compteraient point parmi
les exceptions pourraient se sentir directement et cruellement atteints.
Mais qu'on se rassure! M. Mirbeau n'pargne rien, ni personne. Il ne
fait point de quartier. Tout y passe: marchausse, justice, finances
publiques, conomie domestique, commerce, littrature, thtre, science,
et non point seulement la science officielle consacre, dcore, mais
encore la science indpendante, combattue, entrave. Tous y passent,
depuis le maire jusqu'au garde champtre, sans oublier le gendarme--qui
fraude, pour le vendre plus cher, le fumier de la gendarmerie--sans
oublier l'employ des postes qui, derrire son guichet, pse les lettres
et les frappe du timbre avec une violence prcise et comme s'il
accomplissait un acte de vengeance. Vous devinez bien que ne sont mis
hors de compte ni le mdecin, ni le pharmacien, ni le vtrinaire, ni
l'Institut Pasteur, une belle blague!.

Bien entendu, la charit humaine, la solidarit, l'amiti, sont traites
comme vous pensez. La bont, la piti! Ah! ah! Vous entendez d'ici ce
rire de M. Mirbeau, ce rire court et sec qui se brise sur les dents et
vous laisse un froid aux gencives. Et ce qu'il y a de terrible, parfois,
presque tout le temps mme de votre lecture, c'est que vous avez
vraiment envie de rire avec M. Mirbeau, et du mme rire que lui. Et
pourquoi? Tout simplement parce que tous les personnages types que nous
voyons runis  Ponteilles, le village qui crve d'or et se berce de
rves atroces, tous ces personnages sont indiscutablement vrais. Nous
avons lu leurs effroyables histoires, chaque matin, dans les journaux;
nous avons vu frmir de leurs haineuses colres les grimoires d'avous;
nous avons connu leur redoutable sottise et leur lche fureur quand ils
composent une foule; et surtout nous avons souponn leurs tares, leur
avidit, leur hypocrisie, et leur facilit  commettre tous les crimes
que ne sait pas atteindre la justice, et dont, en sa conscience de bte
sauvage, s'indigne le chien froce de M. Mirbeau. Car c'est l, au fond,
tout le secret de la violence justicire de Dingo, qui, lch au milieu
de ces apptits, de ces bassesses, inflige  tout le pays de multiples
et ruineuses expiations. Bien plus. Il nous communique, ce Dingo, et par
une irrsistible contagion, un peu de sa rage de meurtre. On a comme
envie de lui crier: Bravo! Dingo. Continue, Dingo! Pille et tue! Ne
t'arrte point aux btes domestiques, civilises, elles aussi, les
pauvres... Sus aux gens, aux habitants, ceux de Ponteilles, jusqu'au
dernier.

Ceux de Ponteilles! Car nous n'avons pas, il faut bien le dire, song un
seul moment, ni, sans doute, M. Mirbeau lui-mme, que l'humanit de
Ponteilles tait toute l'humanit. Mais nous n'en sommes pas moins
ravis, d'avoir t convis par Dingo  nous mirer dans les mares de
Ponteilles, car, pour nous y tre vus un moment, nous les hommes, si
laids, tellement difformes et  ce point infmes, nous prouvons, quand
c'est fini, cette mme impression heureuse que l'on ressent aprs que
cesse l'obsession caricaturale d'un miroir en creux ou en bosse plac
devant notre visage. Nous nous savons plus beaux,--et meilleurs.

ALBRIC CAHUET.

Voir, dans _La Petite Illustration_, le compte rendu des autres livres
nouveaux.



LES THTRES

_Cyrano de Bergerac_, poursuivant son blouissante carrire, vient
d'atteindre sa millime reprsentation sur cette mme scne de la
Porte-Saint-Martin, d'o il s'lana il y a quinze ans vers la gloire. A
cette occasion, les directeurs de ce thtre et l'auteur ont offert au
public parisien une reprsentation gratuite de ce chef-d'oeuvre. On
imagine aisment quels enthousiastes applaudissements les ont
rcompenss de ce geste gnreux. M. Edmond Rostand, dans une pense
dlicate, voulant associer  son triomphe l'inoubliable Coquelin an,
avait, la veille, en pleine reprsentation, fait adresser  la mmoire
du crateur du rle de Cyrano, par M. Le Bargy, qui lui succde, un
salut profondment mouvant. Les spectateurs privilgis de cette
commmoration touchante ont uni, dans une ovation spontane, le nom du
grand artiste disparu a celui du glorieux auteur qui lui fit rendre ce
public hommage par l'admirable Cyrano d'aujourd'hui.

La Comdie-Franaise a enrichi son rpertoire de pices en un acte d'une
dlicieuse petite comdie de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet,
_Venise_, et elle a mont _Riquet  la Houppe_, une des comdies de
Thodore de Banville o s'affirment le plus brillamment les prestigieux
dons potiques, et la souplesse verbale, l'incessante fantaisie,
l'esprit toujours jaillissant de ce roi du Parnasse. On a fait fte 
l'une et  l'autre de ces oeuvres, joues  ravir, la premire par Mlle
Leconte et MM. Numa et Le Roy, la seconde par Mmes Lara, Delvair,
Robinne, Bovy et MM. Berr, Brunot, Crou.

_Panurge_, reprsent  la Gat-Lyrique, est la dernire partition
crite pour la scne par Massenet. Dans cet opra-comique, vivant,
joyeux et pittoresque, le compositeur regrett semble avoir voulu
renouveler sa manire. Tour  tour allgre, comique, amoureuse,
sentimentale, sa musique charme et meut. Le livret, d'une tenue trs
littraire, est d  la collaboration de MM. Georges Spitzmuller et
Maurice Boukay. Le succs de cette oeuvre a t vif. Il convient d'y
associer les excellents artistes qui l'interprtent: Mlles Lucy Arbel et
Doria, MM. Vanni, Marcoux, Gilly, Martinelly.

A l'Odon, M. Andr Antoine a eu l'ingnieuse ide de prsenter
l'_Esther_ de Racine dans une mise en scne inspire des tapisseries de
Troy. Les artistes, revtus de costumes dessins par M. Ibels,
reproduisaient les attitudes des personnages imagins par le clbre
peintre, et le dcor, d  M. Paquereau, tait une copie fidle de celui
qu'il composa. La musique de Jean-Baptiste Moreau accompagnait les
choeurs.

D'un roman qu'il avait publi dans le Figaro sous le titre _l'Ile
fantme_, M. Charles Esquier, ex-pensionnaire de la Comdie-Franaise, a
tir une pice, _l'Entraneuse_, joue avec succs  Bruxelles et
reprise ces jours derniers au thtre Antoine. Un musicien, pauvre et
mconnu, mais encourag, soutenu, entran par sa femme, aimante et
dvoue, n'arrive finalement  faire reprsenter sa premire oeuvre et
ne parvient par l  la fortune,  la clbrit, qu'au prix d'un
douloureux sacrifice de sa compagne, sacrifice dont elle double la
valeur en le tenant secret mme lorsque, aprs le triomphe, son mari la
dlaisse et la trahit. On a applaudi cette pice qui nous prsente une
tude, trs scniquement compose, d'un intrieur d'artistes; on a
beaucoup applaudi aussi les interprtes, au premier rang desquels il
faut citer Mlle Margel, d'une sincrit ardente et pathtique et dont la
renomme s'accrot lgitimement  chaque nouvelle apparition, et un
dbutant--du moins  Paris--M. Francen, auquel son jeu sobre, vigoureux
et juste, peut faire prdire  coup sr le plus bel avenir.

Au thtre Michel, _Manche Cline_, la comdie de M. Pierre Frondaie,
est accompagne hormis quelques jours d'une fantaisie, _Pas davantage_,
de M. Nozire, tout  fait dans le ton voluptueux et sentimental, galant
et badin, que le spirituel auteur a transpos du dix-huitime sicle
(mme quand il s'agit du Second Empire, comme c'est ici le cas) en
l'adaptant au got moderne; une musique facile et d'ailleurs agrable,
de M. Marcel Latts, accompagne cette jolie fantaisie.

Le thtre Sarah-Bernhardt a fait une reprise du _Bossu_, pice qui fut,
il y a juste un demi-sicle, tire du roman de Paul Fval par l'auteur
lui-mme, aid du dramaturge Anicet Bourgeois; c'est un mlodrame
historique attendrissant et divertissant, l'un des modles de ce genre
qui fit fortune de 1850  1865. Dans le rle de Lagardre, cr par le
fameux Mlingue, M. Joub dploie la fougue qui convient au
chevaleresque et romanesque hros.

La Socit des Escholiers, prside par M. Auguste Rondel, nous a donn
un intressant spectacle compos de deux petites comdies la _Bonne
cole_, de M. Jean Hermel, et _Ainsi soit-il_, de MM. Gallo et
Martin-Valdour, et d'un ouvrage plus important de M. Franois de Nion,
_l'tat second_; c'est l'expos curieux, tonnant, d'un cas d'hypnose
assez rare et exceptionnel, mais trait avec une ingniosit et une
sobrit dramatiques qui ont valu  l'auteur de sincres
applaudissements.

M. Octave Bernard fait reprsenter en ce moment, au Thtre Nouveau de
Belleville, _Mirka la Brune_, soeur cadette des _Deux Orphelines_ et de
_la Porteuse de pain_. Le public populaire a paru s'intresser  ce
drame o, aprs bien des pripties mouvantes ou comiques, les mchants
sont punis et les justes rcompenss.

Avec les premiers jours de mai, les Folies-Marigny ont ouvert leurs
portes aux Champs-Elyses sur _la Revue de Marigny_ de MM. Michel Carr
et Andr Borde, o dfilent, selon l'usage, dans des dcors somptueux,
et en costumes pittoresques et varis, d'innombrables virtuoses de la
comdie, du chant et de la danse,--et il en est mme, comme miss
Campton, qui cumulent et sont  la fois comdiennes, chanteuses et
danseuses.

[Illustration: Le transmetteur tlphonique  deux microphones, un pour
la bouche, un pour le nez.]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE TLPHONE INTENSIF.

La nettet des transmissions tlphoniques est fort irrgulire; elle
dpend en grande partie des phnomnes lectriques dont les
constructeurs cherchent  diminuer l'influence en rglant convenablement
la sensibilit des microphones et en apportant le plus grand soin dans
l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont
aussi un rle qui semble avoir jusqu'ici fort peu proccup les
constructeurs.

D'aprs le docteur Jules Glover, mdecin du Conservatoire, ce rle
aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant rcepteur
du tlphone, non point par son intensit propre, mais par ses
variations. On doit donc s'attacher  reproduire aussi exactement que
possible les variations de la voix.

Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du
palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins ingaux: les unes
s'chappent par le nez, les autres par la bouche. La thorie indique ds
lors la ncessit de transmettre, avec une gale perfection, ces deux
groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas ralise dans
les appareils actuels qui reoivent seulement les ondes buccales.

Le docteur Glover a donc tabli un transmetteur tlphonique se
distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux
microphones de sensibilit diffrente, dans lesquels on parle
respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, prsent 
l'Acadmie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une
amplification sonore importante et une nettet de la voix
particulirement prcieuse dans les transmissions  longue distance.

Ajoutons que l'hygine peut tre assure dans les postes publics au
moyen d'un drouleur automatique permettant d'interposer,  chaque
communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les
microphones.

A PROPOS DE LA STATION DE TRAPPES.

La presse a rcemment racont que l'Institut avait refus la station
mtorologique de Trappes que l'minent savant Teisserenc de Bort avait
voulu lui laisser pour qu'on y pt continuer les recherches entreprises
sur la haute atmosphre.

La raison donne tait, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort
laissait, en outre de la station,  l'Institut, ne suffisait pas 
assurer le fonctionnement de celle-ci.

Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vrit, et
on aurait tort de croire, d'aprs ce qui vient d'tre dit, que la
station de Trappes est perdue pour la science.

Comme la famille du regrett savant tient avant tout  ce que Trappes
vive et continue  tre utile, des ngociations ont t entames, par M.
H. Deslandres en particulier, grce auxquelles le voeu de Teisserenc de
Bort sera exauc, sans que l'Institut soit charg d'un fardeau qu'il ne
pouvait accepter.

La combinaison adopte, tout en conservant  Trappes son caractre
scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commence,
donne, en outre,  la station un caractre pratique, et du plus haut
intrt.

Les progrs, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aronautique
font qu'il est devenu trs dsirable de connatre au jour le jour, les
variations qui se font dans les mouvements ariens. On a besoin de jeter
sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphre pour savoir si elle est
calme, ou agite, quels courants s'y trouvent et  quelle hauteur. Pour
obtenir ces renseignements, il faut des stations organises pour
l'examen de l'atmosphre, stations d'o chaque jour il sera envoy aux
centres d'aviation et d'aronautique intresss, des renseignements
prcis.

Trappes est tout indiqu pour tre une de ces stations, et c'est  ce
titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'tat.
Sera-t-il rattach au ministre de l'Instruction publique, ou  celui de
la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant 
l'exploration quotidienne de l'atmosphre jusqu' 3.000 mtres de
hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les
recherches entreprises dj sur la haute atmosphre, et ce sera
probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette
besogne essentiellement scientifique, mais trs instructive et utile
aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.

Les admirateurs et amis du trs regrett savant, trop tt enlev  la
science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se
poursuivra, et, sans perdre son intrt scientifique, acquerra un
intrt national.

PRODUCTION D'ENGRAIS AU MOYEN DE L'ALUMINIUM.

Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de
produire de l'aluminium  1.200 francs le kilo, il pensait bien que,
dans un avenir plus ou moins rapproch, on trouverait des procds
conomiques pour obtenir industriellement le nouveau mtal; il ne se
doutait gure sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un
jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.

On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge trs
riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en
France dans le dpartement du Var. M. Serpek, ingnieur autrichien, a
constat que si l'on chauffe la bauxite  1.500 degrs, en prsence de
charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium
d'o l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme
engrais. L'aluminium revient alors  1 fr. 05 le kilo au lieu de 1
fr. 50, prix actuel; et l'on espre raliser une conomie encore plus
considrable.

Le procd tant protg par un brevet, il est probable que le
consommateur n'en bnficiera gure avant quelque temps. On peut,
nanmoins, entrevoir  bref dlai un nouvel essor de l'industrie de
l'aluminium, industrie essentiellement franaise qui suit un
dveloppement constant.

De 750 tonnes en 1902, notre production a pass  4.400 tonnes en 1909,
pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquime de la
production mondiale qui s'est chiffre par 60.000 tonnes.

L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs
en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il cote actuellement 1 fr.
95, le prix de revient ne dpassant pas 1 fr. 50. Le procd Serpek fera
sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.

LA CHALEUR SUPPORTE PAR LE CORPS HUMAIN.

L'homme supporte dans certaines rgions une temprature  peu prs
double de la temprature maxima qui lui parat effroyable sous les
climats temprs. Dans l'Australie centrale on a constat frquemment
une temprature moyenne de 46 degrs centigrades  l'ombre et de 60
degrs au soleil; on a mme relev 55 et 67 degrs. Dans la traverse de
la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomtre des paquebots se tient
couramment entre 50 et 60 degrs, malgr une ventilation continuelle. Un
des rcents explorateurs de l'Himalaya a constat, au mois de dcembre,
 9 heures du matin, et  3.300 mtres d'altitude, une temprature de 55
degrs.

Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherch  dterminer la
temprature limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermrent dans un
four dont la chaleur fut leve progressivement, et ils supportrent une
temprature dpassant un peu le point d'bullition de l'eau,
c'est--dire 100 degrs.

Cette endurance s'explique par la transpiration norme que provoquent
les tempratures leves; l'eau qui perle  la surface de la peau se
transforme instantanment en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'tat
une notable partie de la chaleur qui entoure immdiatement le corps.

En rsum, on peut affirmer, sans paradoxe, qu' condition d'tre
protg de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps
humain est capable de supporter une temprature presque suffisante pour
cuire une ctelette.

LA PRTENDUE SOLIDARIT OUVRIRE DES FOURMIS.

La fourmi n'est point prteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique
nullement la solidarit ouvrire, croit pouvoir affirmer M. Cornetz,
observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons  ces
insectes si admirs n'existerait que dans notre imagination.

A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une exprience aise 
rpter. Offrons  une fourmi un brin de fromage taill en forme de
navette, elle s'agrippe  la pointe, le fait tourner, puis l'entrane
dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche 
la pointe, les autres se cramponnent  droite et  gauche, et le fromage
continue  avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas runion
d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche  faire tourner la
miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitt
dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si
l'on carte seulement les fourmis de droite. Fait-on lcher prise 
toutes les fourmis latrales, l'objet est entran par la fourmi de
pointe aussi vivement qu'avant l'arrive des prtendues collaboratrices.
Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le
fromage s'arrte net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un
travail utile.

D'o il semblerait rsulter que l'instinct des fourmis les porte surtout
 prendre le bien du voisin.

BILAN DE GRVES.

Une tude documentaire, publie rcemment par le _Times_ sur le
mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apport des chiffres
particulirement intressants.

L'anne 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grves qui ont
englob 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de
40.346.400 journes de travail. Ces deux derniers chiffres constituent
des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux annes
1894 et 1896 avaient t marques chacune par 929 grves.

L'anne 1911, seule, pourrait tre compare  1912 avec 903 grves,
961.980 personnes et 10.319.591 journes perdues. Mais on voit que le
bilan de l'anne dernire fut beaucoup plus important grce  la grve
gnrale des mineurs (quatre fois plus de journes perdues). Le total
des personnes englobes dans les grves de ces deux dernires annes a
t suprieur au total correspondant des dix annes prcdentes, soit de
1901  1910. La seule anne que l'on puisse comparer  cette priode
1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grves entranant la perte
de plus de 30 millions de journes de travail.



[Illustration: Gestes du Mexique: la rconciliation officielle et
publique des gnraux Huerta et Orozco, au palais prsidentiel de
Mexico.]

LA POLITIQUE AU MEXIQUE

A la veille de la runion du congrs qui doit procder  l'lection
rgulire du prsident de la Rpublique mexicaine, les troubles
renaissent en ce pays qui, aprs avoir t si longtemps maintenu dans
l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir  la
tradition des pronunciamentos. On considre, nanmoins, jusqu' prsent,
que le neveu de Porfirio, le gnral Flix Diaz, qui, avec le gnral
Huerta, fit la dernire rvolution, conserve les plus grandes chances
d'tre lu. En attendant, c'est le gnral Huerta qui continue de
dtenir le pouvoir. C'est--il l'a prouv--un homme rude, et que les
scrupules de lgalit embarrassent peu. On le dit habile  pratiquer la
politique intrieure mexicaine. En tout cas, il a russi  amener 
composition le fameux gnral Orozco, celui-l mme dont nous avons
publi rcemment le portrait, un fusil  la main et une cartouchire 
la ceinture. Les rebelles d'Orozco taient en principe des gens
paisibles, puisqu'ils rclamaient simplement l'application des lois
agraires! Le gnral Huerta lui-mme n'en dut pas moins tenir contre eux
dans le Nord une campagne trs pnible ces derniers temps. Enfin, les
deux ennemis se sont rconcilis. Le 17 mars dernier, au palais
prsidentiel, Orozco, en redingote, a reu de son ex-adversaire une
large accolade,  la mode hispano-amricaine.

Ce qui ne veut pas dire, hlas! que la rvolution soit termine. Le chef
Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-tre gouverneurs ou
ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un rcent tlgramme
annonait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous
les Mexicains d'ordre et de travail et les trangers souhaitent-ils
qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rtabli sans tarder
et que l'on puisse  nouveau connatre la scurit que sut maintenir la
longue prsidence de Porfirio Diaz.



LA TOURNE DE M. SILVAIN

C'est le propre des incidents de thtre d'tre aussi retentissants que
promptement oublis... Peut-tre a-t-on dj un peu perdu le souvenir
des dmls qu'eut, le mois dernier, au moment de son dpart pour une
longue tourne, M. Silvain avec la Comdie-Franaise. Ayant commenc son
voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragdien, socitaire
infatigable, dut par deux fois, et  deux jours d'intervalle, regagner
Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le
vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomtres en
quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique
chariot de Thespis.

Depuis lors, la tourne de M. Silvain en Algrie et en Tunisie s'est
poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui
l'cho de ses succs. Il y a reprsent, le 1er mai, sur la scne du
thtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en
collaboration avec M. Jaubert, l'_Andromaque_ d'Euripide, traduite et
adapte par leurs soins. L'clat de l'interprtation, en tte de
laquelle figurait, aux cts de M. Silvain dans le rle du vieux Pele,
Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveaut de la pice, non encore
donne en public, avaient attir de nombreux spectateurs, qui firent
fte aux deux artistes et  leur troupe. Une de nos photographies montre
une scne de la pice, dans un dcor adroitement reconstitu, o l'on
voit,  gauche, le palais de Noptolme et  droite le temple de Thtis,
 Phtie, en Thessalie.

[Illustration: Le socitaire de la Comdie-Franaise en voyage: M.
Silvain.]

[Illustration: Une reprsentation d'_Andromaque_ (d'aprs Euripide) au
thtre romain de Calama: Mme Silvain, sur les marches du temple de
Thtis.]

LA TOURNE DE M. ET Mme SILVAIN EN TUNISIE.--_Photographies C. Nataf._



LE RAID HIPPIQUE BIARRITZ-PARIS

Le raid hippique des officiers de la rserve et de l'arme territoriale
avait fait ressortir, en 1911 et en 1912, des qualits d'endurance
remarquables; la course de 1913 adonn des rsultats tout  fait
exceptionnels.

L'preuve comportait le voyage de Biarritz  Paris; mais le trajet de
Biarritz  Bordeaux constituait un exercice d'entranement n'appelant
aucun classement; la vritable course commenait  Bordeaux. Pour la
premire fois, aucune limite de vitesse n'avait t impose aux
concurrents. Guids par une science hippique dj prouve, nos
officiers purent ainsi demander  leurs chevaux l'effort maximum, et,
malgr cela, sur 84 concurrents partis de Biarritz, 62 arrivrent 
Versailles.

[Illustration: Biarritz-Paris  cheval: le sous-lieutenant Crespiat et
sa jument _Bibi_.]

La premire place est revenue au sous-lieutenant Crespiat, du 1er
rgiment de chasseurs, qui, parti de Bordeaux le lundi 21 avril,  5
heur s du matin, arrivait  Versailles le jeudi  3 heures de
l'aprs-midi, ayant couvert exactement 560 kilomtres en quatre-vingts
heures, soit une moyenne d'environ 163 kilomtres par jour pendant trois
jours et demi.

Les capitaines Lebrun, Nathan, Doussaud et les lieutenants d'Amboix de
Larbon, Pichon, Jabat, Guyot, Fabre, du Halgout, Caillt, classs
immdiatement aprs le vainqueur, avaient eux-mmes soutenu un train
d'environ 140 kilomtres par 24 heures.



[Illustration: QUAND ON EST DE MAUVAISE HUMEUR, par Henriot.]








End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various

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